Décolonisation : la Belgique sur le chemin de la restitution des restes humains aux anciennes colonies

Après plusieurs années de blocage, la ministre de la Politique scientifique, Vanessa Matz, affirme vouloir faire avancer le travail de restitution des restes humains récupérés dans les anciennes colonies belges. Pour l’instant, les ossements sont conservés dans différents établissements scientifiques fédéraux. Jusqu’à assez récemment, des recherches étaient encore réalisées sur ces restes. Le gouvernement prépare un projet de loi permettant aux États de rapatrier les dépouilles.
Ghizlane Kounda : y a-t-il des réticences de la Belgique à rendre les restes humains ?
Vanessa Matz : Non, pas du tout. Indépendamment des demandes qui auraient pu avoir lieu, indépendamment de ce que mes prédécesseurs avaient pu faire, c’est une question évidemment qui était centrale dans la politique scientifique et sur laquelle d’emblée je me suis penchée pour trouver la meilleure formule juridique qui respecte, qui rend effective les demandes qui pouvaient à ce moment-là surgir. Il y a eu depuis une demande qui a été adressée de la part du Congo, à laquelle le Premier ministre a répondu et s’est engagé sur cette demande, et également au travers du ministère des Affaires étrangères et de Maxime Prévot. Donc il y a une volonté, évidemment, d’avancer sur ce dossier.
Quel est le contenu du projet de loi sur lequel vous travaillez ?
Nous avons assez vite travaillé sur un projet de loi. La difficulté, c’est qu’on est dans une matière extrêmement sensible par rapport au passé colonial, et ce n’était pas de devoir écrire quelque chose sur un coin de table. Globalement, il y a deux options possibles. C’est d’abord la voie consulaire diplomatique : on désaffecte les restes humains de nos collections fédérales et on les rapatrie vers l’État d’origine. C’est une solution assez pragmatique et assez rapide. Et d’autre part, il y a une solution plus ambitieuse qui implique qu’il y ait de la recherche scientifique autour, qu’il y ait un rapport de l’administration sur la provenance, sur l’aspect historique et juridique de ces restes humains. Et une fois ce rapport établi, on procède à la restitution. Le mot n’est pas employé de manière farfelue : restitution, ça implique évidemment une portée symbolique importante pour l’État qui est demandeur.
Le terme "restitution" fait débat. Le PS préfère parler de "rapatriement". Quelle est la différence ?
En fait, il y a deux choses. La restitution, c’est un geste de portée symbolique et profondément respectueux par rapport à ce passé colonial. Et le rapatriement, c’est l’acte technique qui fait qu’à un moment donné, on rapatrie effectivement ces dépouilles vers l’État d’origine. Ce sont en fait deux concepts différents et je pense qu’il faut employer les deux, parce qu’il y a d’abord un acte que l’État pose de restitution, et puis il s’exécute dans cette restitution par un rapatriement qui est l’acte technique. Et ce ne sont pas des objets. Pour les objets culturels, il y a une autre législation qui est en cours en Belgique.
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