Affaire Martinez Zogo au Cameroun: fin d'une audition cruciale pour le principal enquêteur du dossier

Après plusieurs semaines d'attente, l'audition du colonel Jean-Pierre Otoulou, 34e témoin dans l'affaire de l'assassinat de Martinez Zogo, s'est achevée lundi 14 septembre. Celui qui a diligenté l'enquête après la découverte du corps de Martinez Zogo sur un terrain vague en banlieue de Yaoundé, fin janvier 2023, a répondu aux questions de deux accusés.
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Avec notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena
À la barre, le colonel Jean-Pierre Otoulou a justifié son enquête. Il a assuré avoir des preuves, notamment sur le fait que le journaliste Bruno Bidjang, alors collaborateur de l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, l'un des principaux accusés du dossier, a cherché à s'informer sur des investigations le concernant.
Si ce dernier a tenté de démontrer son innocence, l'avocat des ayants droit de Martinez Zogo pointe une ingérence dans la procédure. « Ça révèle simplement ce dont on se doutait depuis le départ. Il a effectivement essayé d'infiltrer cette commission mixte dans une enquête qui était censée le concerner », affirme Maître Calvin Job.
Le lieutenant-colonel dit avoir agi sur ordre
Dans ses échanges avec le colonel Otoulou, le lieutenant-colonel de la DGRE, Justin Danwe, a reconnu avoir planifié la filature, l'enlèvement et la torture de l'animateur camerounais Martinez Zogo. Ce serait également lui qui aurait constitué les équipes opérationnelles avec des éléments de la DGRE. Il a toutefois laissé entendre avoir reçu des ordres de sa hiérarchie.
Aux yeux des avocats de Léopold Maxime Eko Eko, directeur général des renseignements généraux au moment des faits, aucune preuve ne soutient sa version des faits. « Il est allé à une mission sans recevoir d'ordre de mission ni de financement. Lorsqu'Il en revient, il ne fait aucun compte rendu à la hiérarchie. Conclusion simple : c'est une initiative personnelle du colonel Danwe », balaie Maître Ndjana Ndjana.
Le lieutenant-colonel Justin Danwe a par ailleurs réaffirmé que la torture de Martinez Zogo n'a pas eu lieu dans l'immeuble Ekang, propriété de Jean-Pierre Amougou Belinga.
Retour sur l'affaire Martinez Zogo
Le 22 janvier 2023, au matin, les Camerounais apprennent la découverte du corps sans vie de Martinez Zogo - Arsène Salomon Mbani Zogo de son vrai nom -, animateur d’une émission de radio très populaire à Yaoundé. Il avait 51 ans et laissait derrière lui une femme et des enfants. Tous les matins, en semaine, dans son émission « Embouteillages », il invectivait, dénonçait, vitupérait contre les maux de la société camerounaise et contre les puissants, à l’exception du président, Paul Biya, qu’il encensait.
Enlevé le 17 janvier, dans la soirée, il est retrouvé sans vie, nu sur un terrain à 25 kilomètres environ de la capitale, portant des traces de sévices.
En fermant l’information judiciaire, le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie, troisième juge d’instruction militaire en charge de l’enquête, a renvoyé en instance de jugement 17 accusés, tous détenus. Parmi eux : l’ancien patron de la DGRE (le service de contre-espionnage camerounais) Léopold Maxime Eko Eko, le lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations à la DGRE, le patron du groupe de presse l’Anecdote Jean-Pierre Amougou Belinga, et l’édile Stéphane Martin Savom, cadre administratif et maire de Bibey, commune de la région Centre du Cameroun.
Resté longtemps enlisé dans des questions de procédure, le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration de l'affaire Martinez Zogo s’est ouvert le lundi 25 mars 2024 au tribunal militaire de Yaoundé. Les débats sur le fonds ont commencé le 1er septembre 2025.
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