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Wednesday, October 7, 2026

Ce que nous dit le rebrassage de cartes

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Ça y est, la campagne électorale de 2026 est terminée et, après cette soirée électorale enlevante, le Parti québécois (PQ) a réussi à former un gouvernement minoritaire avec 28 % des appuis parmi les électeurs s’étant déplacés aux urnes. Quel revirement pour ce parti — une victoire certaine — qui n’avait fait élire que trois députés et qui avait obtenu seulement 15 % des votes lors du scrutin général précédent, en 2022 ! Le PQ est parvenu à doubler ses appuis en quatre ans, ce qui est remarquable. Que retenir de ces élections du point de vue de la démocratie et de la participation électorale ?

Dans le nouveau multipartisme en place depuis 2003 au Québec, le PQ n’est pas encore parvenu à former de gouvernement avec plus de 32 % des votes, score obtenu par Pauline Marois en 2012. Par comparaison, durant ce même quart de siècle, tant le Parti libéral (PLQ) que la Coalition avenir Québec (CAQ) sont arrivés à prendre le pouvoir avec des taux d’appui allant de 37 % à 46 % (à la seule exception du mandat minoritaire de Jean Charest en 2007, avec 33 % du vote).

Il semble donc que, en l’absence d’élan populaire fort en faveur de son programme de gouvernement et de son option constitutionnelle, le PQ a besoin, pour prendre les rênes du pouvoir, d’une division marquée du vote fédéraliste, comme ce fut le cas en 2012 et cette année. L’existence de Québec solidaire (QS), parti indépendantiste de gauche, limite également les perspectives de croissance du PQ dans ce nouveau système compétitif. Cette situation paraît symptomatique des divergences de vues actuelles au sein du mouvement souverainiste quant aux modalités d’accession à l’indépendance et quant à la définition même des valeurs sur la base desquelles bâtir un éventuel pays du Québec.

L’effondrement de la coalition de souverainistes et de fédéralistes que le chef fondateur de la CAQ, François Legault, avait réussi à mettre sur pied est certainement ce qui risque de caractériser encore davantage les élections québécoises de 2026. Les déceptions accumulées durant le second mandat de la CAQ auront incité une vaste majorité de Québécois à rechercher une solution de rechange à ce gouvernement marqué par l’usure du pouvoir.

Dans ce contexte, plusieurs électeurs nationalistes, dont des souverainistes, ont renoué avec le PQ dès 2023, au moment où Paul St-Pierre Plamondon était le seul chef de parti dans l’opposition à accaparer régulièrement une part d’attention significative. Le PLQ regrettera sans doute sa décision d’avoir attendu 2025 pour sélectionner un successeur à Dominique Anglade, et QS, ses querelles intestines qui ont détourné l’attention de son travail concret.

Par ailleurs, durant la campagne électorale qui vient de se terminer, Éric Duhaime, du Parti conservateur du Québec (PCQ), paraît avoir réussi à incarner la voie autonomiste de manière plus convaincante que Christine Fréchette. Duhaime semble aussi être parvenu à rallier une part des anciens électeurs adéquistes déçus du bilan de la CAQ sur le plan de la gestion des finances publiques et de la taille de l’appareil d’État.

L’année 2026 aura ainsi donné lieu à un remarquable et surprenant jeu de vases communicants. Tant le PQ que le PLQ et le PCQ se seront partagé les appuis d’une grande part de la coalition caquiste originelle, affaiblie par huit années d’exercice du pouvoir.

Il faut toutefois se rappeler que le rebrassage de cartes qu’avait suscité la percée de la CAQ en 2018 était le résultat d’un changement profond au sein de l’électorat québécois. Le nouvel électeur québécois du XXIe siècle fait reposer son choix électoral sur une multitude de considérations, dont essentiellement ses préférences personnelles à propos de trois grands débats idéologiques (ou clivages).

Le premier de ces débats — et le plus récent des trois — concerne la question identitaire. Les hausses des flux d’immigration qu’ont connues le Canada et le Québec ces dernières décennies ont accentué, à tort ou à raison, un sentiment d’insécurité au sein de la population francophone native de la province. Ce sentiment a été mobilisé par les partis à des fins électorales, la question des taux d’immigration faisant dans ce contexte l’objet de débats. Elle a notamment mené à des discussions croisées sur l’incidence (réelle ou appréhendée) de la hausse de l’immigration sur la disponibilité des logements et des services publics au Québec.

Ce clivage identitaire, qui renvoie également à l’insécurité linguistique des Québécois francophones, a occupé une place grandissante dans la vie politique québécoise des vingt dernières années. Il n’a toutefois pas éclipsé complètement le second grand débat électoral, celui du statut constitutionnel du Québec. Le « clivage Oui-Non » est revenu en force avec l’intention de Paul St-Pierre Plamondon de tenir coûte que coûte un troisième référendum sur la question, quelque part en 2029-2030. L’importance moindre accordée à l’indépendance avait contribué à la montée de la CAQ durant la dernière décennie. La place plus grande que cet enjeu a tenue cette année a certainement participé au rebrassage de cartes auquel on a assisté lundi.

Le troisième et dernier grand débat d’idées concerne la question du rôle de l’État dans la régulation économique et sociale de la province. Le discours conservateur d’Éric Duhaime semble avoir fait bouger la « fenêtre d’Overton » au Québec vers une position plus favorable à une remise en question de notre État et de ses manières de faire. Pas moins de quatre des cinq principaux partis en compétition dans cette campagne ont présenté des plans de réduction des dépenses publiques et de la taille de l’État, cela afin de retrouver l’équilibre budgétaire d’ici la fin de la décennie, comme le requiert la loi sur le « déficit zéro ». Néanmoins, ce débat n’est pas aussi enlevant que celui portant sur l’indépendance et n’est pas devenu la fameuse question décisive des élections.

Une telle réévaluation du « modèle québécois » de gouvernance laisse malgré tout entendre que bien des Québécois auraient perdu foi en leur État et sont déçus par le contrat social brisé de l’État-providence. Ce faisant, ils seraient ouverts à des solutions reposant sur le privé pour pallier ses insuffisances. C’est ici que prend probablement tout son sens la présence continue à l’Assemblée nationale d’une formation politique comme QS, qui peut assurer un certain équilibre dans le nouveau jeu de cartes de l’après-2026. Ruba Ghazal a bien montré, à Tout le monde en parle, qu’elle entendait travailler avec ses collègues pour faire du Québec un endroit où il fait bon vivre.

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