Féminicide à Saint-Gilles : une mère de deux enfants violemment tuée

Le corps sans vie de cette maman de deux fillettes, âgées de 3 et 6 ans, a été découvert hier soir à Saint-Gilles. C’est l’école de la fille aînée qui a donné l’alerte, après que personne ne soit venu la chercher en fin d’après-midi. La police locale s’est rendue au domicile de la famille vers 22h30 et a découvert le corps de la mère, violemment tuée. Le suspect est toujours en fuite ce mercredi soir.
Une famille bien intégrée dans la commune, malgré une situation précaire
Très connue dans la commune pour son engagement associatif, la jeune femme d’origine africaine était appréciée dans son quartier. Elle conduisait elle-même ses enfants à l’école chaque matin. Les deux fillettes étaient scolarisées dans des établissements différents : l’aînée fréquentait une école communale francophone, la cadette une école néerlandophone. Selon Catherine François, échevine PS de l’enseignement à Saint-Gilles, la victime était "très investie au niveau de la vie de l’école comme de la vie locale". La famille était "très bien intégrée dans la commune", a confirmé le bourgmestre Jean Spinette.
Malgré l’absence de titre de séjour, la commune avait choisi de ne pas laisser cette famille à la rue. La régie foncière avait mis à disposition un bâtiment en occupation précaire. "On ne voulait pas qu’elle dorme dehors avec ses deux enfants, surtout à l’approche de l’hiver", a expliqué Catherine François. L’échevine socialiste précise aussi que l’occupation était accompagnée par un service spécialisé dans ce type de situation. La mère était par ailleurs en contact avec le tissu associatif local, et plusieurs réseaux de solidarité s’étaient tissés autour d’elle et de ses enfants.
Le "tonton", principal suspect
Mardi matin, c’est un homme se présentant comme leur "tonton" qui avait déposé les fillettes dans leurs écoles respectives. C’est lorsque personne n’est venu les récupérer en fin de journée que l’école de la fillette de 6 ans a alerté la police. Selon le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, cet homme "n’habitait pas officiellement avec la mère et ses deux enfants". Il n’avait aucun antécédent judiciaire et n’était pas connu du parquet.
Le parquet de Bruxelles a confié l’enquête à la police judiciaire fédérale. Julien Moinil a indiqué à la RTBF que "tant que le suspect n’aura pas été retrouvé, le parquet restera très discret afin de ne pas compromettre son arrestation". À ce stade, les circonstances précises de ce féminicide présumé ne sont pas communiquées.
Les enfants hébergés provisoirement chez une institutrice
Dans l’immédiat, les deux enfants ont été hébergés par l’institutrice de la plus jeune fillette. Catherine François a expliqué ce choix par le manque criant de places dans les structures d’accueil : "Pour éviter que les enfants soient deux fois violentés dans un placement à l’hôpital, ce n’est pas la première fois que les instituteurs ou les directions reprennent un enfant à la maison." L’institutrice, déjà connue des enfants, représentait selon elle un lien affectif rassurant dans l’immédiat.
Cette solution reste toutefois provisoire. Le procureur Julien Moinil a confirmé que "le juge de la jeunesse a été requis" et que les enfants seront placés dans une famille d’accueil. Il a tenu à préciser que "les enfants, même en situation irrégulière, bénéficieront de la même protection que n’importe quels enfants. On ne fait pas de différence pour les mineurs en danger."
Les deux fillettes n'ont pas de famille en Belgique
Les deux fillettes se retrouvent aujourd’hui sans papiers et sans proches identifiés en Belgique. Catherine François a rappelé le cadre légal applicable : en tant que mineurs non accompagnés (MENA), ils bénéficient en Belgique d’une prise en charge jusqu’à leur majorité, que ce soit en famille d’accueil ou en centre d’hébergement. "Il serait inimaginable qu’à leurs 18 ans, ils soient renvoyés dans leur pays d’origine. Leur maman était déjà seule à affronter une migration difficile. Il n’est pas question d’abandonner les enfants", a ajouté l’échevine.
Nous devons continuer à nous battre contre les violences faites aux femmes.
Par ailleurs, une solidarité spontanée s’est organisée dans la commune. Depuis le matin, Catherine François dit être "interpellée par les habitants et les parents des écoles que fréquentent les enfants" qui souhaitent être informés des funérailles. Le bourgmestre Jean Spinette, lui, a exprimé toute sa solidarité dans un communiqué : "Ce drame s’est produit à deux pas de la place Marie Janson, où nous avons fait ériger une stèle à la mémoire des victimes de féminicides. Aujourd’hui plus que jamais, elle nous rappelle pourquoi nous devons continuer à nous battre contre les violences faites aux femmes."
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.