À Ceuta, l'explosion des discours et des actes racistes contre les Marocains

Après l'entrée de plus de 70 000 personnes en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole d'Afrique du Nord, les 30 et 31 juillet 2026, le racisme explose à Ceuta. Attisée par l’extrême droite, cette violence s’exprime ouvertement et plus spécifiquement envers les Marocains, alors qu’une grande partie de la population ceutienne est originaire du royaume. C’est cette société profondément fracturée qui a reçu en grande pompe le couple royal espagnol à la mi-octobre.
De notre correspondant de retour de Ceuta,
Dans son discours de fin de visite, le mardi 13 octobre, le roi Felipe VI déclare devant la population et les autorités de Ceuta : « Vous démontrez par votre tradition et votre pratique quotidienne de la coexistence que vous transcendez les races, les langues et les religions, cela constitue une leçon précieuse. »
C’est là le cœur du roman national espagnol sur Ceuta qui serait exemplaire pour sa cohabitation religieuse entre islam, christianisme, judaïsme et même hindouisme. Elle est ainsi surnommée « la ville aux quatre cultures ». L’islam y est pratiqué par près de 43 % de la population. La grande majorité a la nationalité espagnole, mais trouve ses racines au Maroc.
L’arrivée de plus de 70 000 personnes au milieu de l’été a fait voler en éclats le mythe de la cité harmonieuse. « Nous vivons dans un pays raciste, dénonce Aicha, 52 ans, qui est née et vit à Ceuta. Nos enfants hispano-marocains, quand ils sortent, on les agresse et après on te dit : "Ah désolé, on les a confondus avec des migrants." Mais pourquoi ils frappent les migrants ? Il n’y a aucune différence entre un migrant et mon fils. »
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« Ce n’est pas possible de sortir frapper des jeunes Marocains, en disant : "Partons à la chasse au Moro", "Allons chasser les musulmans de Ceuta" !, poursuit, furieuse, cette native de l'enclave. Et nous, on supporte ça, mais eux, ils abusent. Imagine où en est arrivé ce pays. »
Un journaliste local agressé durant son travail, une adolescente de Ceuta prise à partie lors d’une manifestation… Leur point commun ? Ce sont des habitants racisés de Ceuta. Et c’est pour ça qu’ils ont été ciblés, à chaque fois assimilés à des migrants.
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Une crise qui révèle les fractures internes
Amnesty International a publié un rapport fin septembre documentant l’explosion des actes racistes dans la ville et notamment un harcèlement quotidien commis par les militaires espagnols. « Finalement, il y a du positif là-dedans. Cette crise a montré que le monde dans lequel on vivait n’avait rien à voir avec la réalité d’une vraie cohabitation entre musulmans, juifs et chrétiens, pointe Mahmoud, un habitant. Ce n’est qu’un slogan, pour faire croire à l’extérieur, à l’Europe et à la société, que nous sommes une famille. »
L’extrême droite européenne est accusée d’alimenter les discours de haine. Lors de sa visite à Ceuta, le chef de Vox, le parti anti-immigration espagnol, a dénoncé « une invasion ». Un terme que les socialistes de Ceuta ont pointé du doigt. Il risque, selon eux, de fragiliser davantage la coexistence entre les différentes communautés de la ville.
À écouter dans Grand reportageCrise migratoire à Ceuta, l'impossible cohabitation
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