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Thursday, October 8, 2026

Avant Francis Halzen, quels étaient les onze autres prix Nobel belges ?

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Francis Halzen dégage un certain sérieux avec ses lunettes et ses yeux bleu glacier. Et pourtant, l’audace, il connait. L’homme est un avant-gardiste de la physique, un pionnier des particules. Son objet recherche, ce sont les neutrinos. Un neutrino, c’est une particule élémentaire avec des propriétés particulières : pas de charge électrique, presque pas d’interaction avec la matière qu’il traverse. Le neutrino va "tout droit". Et ça, c’est génial, parce que ça veut dire... qu’on peut observer d’où il vient. C’est comme un fil d'Ariane cosmique ; il "suffit" de remonter le chemin du neutrino pour observer sa source. Parce que oui, les neutrinos qui intéressent Francis Halzen, sont ceux d’origine cosmique. Soleil, supernova, trous noirs et autres... Imaginez les perspectives de recherche.

Francis Halzen était pressenti pour ce Nobel car il mène un projet un peu fou, en Antarctique : IceCube. Un gigantesque détecteur de neutrinos enfoui sous la glace. 5000 capteurs en sous-sol sur un kilomètre cube. Pourquoi là ? Parce que Francis Halzen s'est dit qu'on pourrait peut mieux les observer dans le milieu spécifique de la glace. Et cette idée est devenue un pari gagnant. Parce qu’au départ, l’existence des neutrinos était une pure hypothèse mathématique. "Pour moi, le principal plaisir que j'en retire, au-delà du fait de recevoir le prix Nobel, c'est l'espoir que cela mette en valeur les personnes vraiment courageuses qui m'ont rejoint au début de ce projet", a réagi Francis Halzen à l’annonce du prix. "À l'époque, vous savez, je ne peux évidemment plus dire cela maintenant, mais aucun physicien conservateur vraiment digne de ce nom ne voulait me rejoindre".

L'annonce du Nobel de physique 2026 par les membres du comité le 6 octobre 2026. © Atila Altuntas/Anadolu via Getty Images

Précédent prix Nobel de physique belge : encore une affaire de particules !

C’est la deuxième fois qu'un Belge remporte le prix Nobel de physique. La première fois, c’était avec le fameux "Boson de Higgs". En 2013, et François Englert, physicien de l'ULB, décroche le Nobel avec le britannique Peter Higgs.

Un an plus tôt, l'accélérateur de particules du CERN, en Suisse, validait leur hypothèse, à savoir l'existence de ce boson, particule élémentaire qui permet de "donner une masse à une multitude d'autres". Vous n'avez pas compris ce que vous venez de lire ? C'est normal, François Englert, malicieux, disait lui-même qu'il était impossible d'expliquer ce qu'était le boson de Higgs en deux minutes aux journalistes. Retenons que c'était un chainon manquant dans la physique des particules. Ça, il voulait bien l'expliquer aux journalistes : "Ce n’est pas par hasard évidemment qu'il y a 50 ans qu'on s'était posé ces questions. C'est parce qu'il y avait des problèmes fondamentaux en physique que l'on ne comprenait pas et pour lesquels il fallait des idées nouvelles. On les a eues, et on a eu les bonnes", disait-il le sourire aux lèvres. François Englert est décédé en juin dernier, il avait 93 ans.

Des "Nobelges" dans tous les domaines

Il y a évidemment d'autres catégories de Nobel dans lesquels des Belges se sont déjà illustrés : le Nobel de Médecine (ou physiologie), de chimie, de littérature et de la paix. Si on remonte à celui décerner avant 2013, il faut retourner en 1977, avec cette annonce solennelle : "L'Académie royale des sciences de Suède a décidé d'attribuer le prix Nobel de chimie de l'année 1967 au professeur Ilya Prigogine de l'Université libre de Bruxelles, Belgique, pour sa contribution à la thermodynamique irréversible, notamment à la théorie des structures dissipatives".

Prix Nobel de chimie, attribué donc à Ilya Prigogine, né en Russie et installé en Belgique depuis ses douze ans, pour ses découvertes. Le scientifique s'intéressait aussi à la biologie, à la physique, et avait une certaine idée de la science, bien moins cloisonnée que ce qu'elle ne l'est dans les cours ou les universités, comme il le dit ici dans nos archives : "Mes collègues scientifiques me le reprochent souvent, mais moi, mon approche est plutôt métaphysique, philosophique. Je veux comprendre, comprendre dans le sens, au fond, d'unir, de relier les choses entre elles". Ilya Prigogine a aussi dirigé l'Institut Solvay de physique et de chimie de 1963 à 1967 avant d'aller s'installer aux États-Unis.

Ilya Prigogine le 12 octobre 1977 serrant la main du ministre de la politique scientifique, Robert Vandekerckhove, après l'annonce de son Nobel de chimie. © BELGA PHOTO ARCHIVES

Un autre nom qui ne nous est pas inconnu, c'est celui de Jules Bordet, comme l'institut Jules Bordet à Bruxelles, prix Nobel de médecine en 1919 pour ses recherches sur l'immunité. Il était proche de Louis Pasteur, avec qui il a travaillé.

En médecine on épinglera aussi Corneille Heymans en 1938, qui a travaillé sur le rôle des sinus dans la régulation de la respiration ; et en 1974, trois scientifiques sont récompensés pour leur étude du fonctionnement et de l'organisation des cellules, dont deux Belges : Albert Claude et Christian De Duve.

L'avocat belge Henri La Fontaine (1854 - 1943), vers 1913, l'année de son prix Nobel de la paix. © Interim Archives/Getty Images

Et quatre Nobel de la Paix pour la Belgique

En 1904, c’est une institution belge qui le reçoit : l'Institut de droit international, fondé à Gand en 1873. Les juristes qui le composent œuvrent à codifier le droit international, éviter ou résoudre les conflits.

Cinq ans plus tard, nouveau Nobel de la paix, cette fois pour un homme, Auguste Beernaert, ancien Premier ministre, qui siégeait à La Haye, au sein de la cour permanente d'arbitrage. Il est salué pour son engagement dans le pacifisme.

Le troisième Nobel de la Paix belge est décerné à Henri La Fontaine, en 1913. À l'aube de la Première Guerre mondiale, cet avocat et sénateur crée le Bureau international de la paix.

Et puis un nom qui nous évoque encore beaucoup d'images, sans doute... en 1958. C'est celui Dominique Pire, qu'on connait mieux sous le nom du Père Pire, salué pour son travail auprès des réfugiés de la Seconde Guerre mondiale. Sa réaction, à la réception du prix : "C'est la joie de l'amitié, la joie de ne pas se sentir seul. La joie de se savoir sur le bon chemin, celui qui mène à la compréhension et à l'amour mutuel entre les hommes". Le Père Pire fondera entre autres les Iles de paix.

Le père Dominique Pire, prix Nobel de la paix en 1958, félicité par le prince Albert, futur Albert II, au Palais des Académies. © Belgaimage

Un Nobel de littérature en 1911

Enfin, la Belgique peut se vanter d'un prix Nobel de littérature, mais ça remonte ! C'était... en 1911. Maurice Maeterlinck est reconnu pour sa plume, sa poésie. On notera notamment ses œuvres Pelléas et Mélisande, mis en musique à l'opéra par Claude Debussy. Ou L'oiseau bleu, une pièce pour enfants.

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