Pétition pour la démission de Ruba Ghazal | Le keffieh

Bon, elle est rendue à combien de signataires, cette pétition qui demande la démission de Ruba Ghazal ?
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Attendez que je vérifie…
Oui, c’est ça : 56 935 noms.
En moins de 24 heures.
Pour avoir agité un keffieh à l’Assemblée nationale.
C’est beaucoup de noms, pour un bout de tissu.
La co-porte-parole de Québec solidaire est d’origine palestinienne. Elle se dit 100 % québécoise et 100 % palestinienne et elle est 100 % souverainiste, aussi, elle a cité Miron lors de cette même cérémonie d’assermentation de mardi : « Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver. »
Cette double identité superposée, c’est la double vie, aussi, de beaucoup d’immigrés. Mes amis français (bonjour, Gérard et Céline) sont exactement comme ça : 100 % canadiens (ils sont 100 % fédéralistes) et 100 % français.
Et c’est une double identité qui a été célébrée par Gérald Godin, le député péquiste qui a tenté tant de rapprochements avec les communautés d’immigrés, lui aussi cité par Mme Ghazal : « L’immigrant a un pied ici et un pied dans son pays d’origine. Il a deux vies qui ne s’annulent pas, mais qui s’accumulent, et dans ce sens-là, qui nous enrichissent. »
Le keffieh, donc…
C’est ce foulard moyen-oriental popularisé par les Palestiniens et devenu symbole de la lutte de ce peuple qui vit sous domination israélienne. Il est porté par des gens, hors de Palestine, qui veulent appuyer la cause palestinienne.
Alors député bloquiste, le comédien Denis Trudel a posé avec un keffieh en 2024 pour signifier son appui à une motion du NPD pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza.
Derrière lui : une photo de son ami Pierre Falardeau, qui ne s’est jamais caché de son appui aux Palestiniens, lui qui citait de la poésie palestinienne et qui a déjà porté le keffieh.
Donc, où est le problème avec Ruba Ghazal qui a agité le keffieh de l’ex-députée Manon Massé ?
Le problème, selon le libellé de la pétition (rendue à 58 343 noms depuis que j’ai commencé à écrire cette chronique), est le suivant : « Lors de moments officiels et solennels tels que l’assermentation, il est crucial que nos élus se concentrent sur les priorités de notre peuple et sur les valeurs de neutralité politique et de respect des institutions démocratiques de notre province… »
Le citoyen qui a lancé cette pétition a bien sûr le droit de considérer que d’agiter ce keffieh n’est pas « une priorité de notre peuple » et que le geste piétine « les valeurs de neutralité politique » de notre province.
C’est un point de vue. J’inscris un désaccord, mais c’est un point de vue qui se défend. Mais il n’en demeure pas moins que ce point de vue n’est que le sien. Il y a des Québécois pour qui la souffrance des Palestiniens est « une priorité » et pour qui il n’y a pas de « neutralité politique » à afficher devant ces souffrances.
En cela, Mme Ghazal les représente, ces Québécois, elle fait écho à leur point de vue. Les Québécois n’ont pas UN point de vue là-dessus.
Dans les dizaines de milliers de personnes qui ont signé cette pétition, il y a donc des gens qui, de bonne foi, pensent sincèrement qu’on ne devrait pas agiter un keffieh lors d’une cérémonie d’assermentation. Fair enough, comme on dit à Ramallah.
Mais il y a aussi toute une frange de Québécois qui pensent que la charia, c’est pour demain ; qui pensent que derrière chaque musulman et chaque musulmane se cache un ou une intégriste…
Car il y a bien sûr plus que le libellé de cette pétition. Il y a tous ces commentaires que j’ai pu lire sur Ruba Ghazal, sur le site de la pétition et ailleurs, à savoir qu’elle :
– ne serait pas une vraie Québécoise
– qu’elle est fidèle à la Palestine plus qu’au Québec
– que le keffieh serait un symbole religieux
– que le keffieh est un symbole terroriste
Là-dessus, on est dans le registre des opinions non fondées dans les faits flirtant avec le délire qui entoure si souvent les enjeux impliquant des musulmans.
Qu’on se lève quand d’authentiques islamistes font suer, j’en suis. Et nous avons été suffisamment de Québécois à se lever pour que la lumière se fasse sur les intégristes musulmans qui avaient noyauté l’école Bedford, par exemple…
Mais demander l’annulation de Ruba Ghazal pour cause de… keffieh ?
Me semble qu’on a des problèmes plus urgents, non ?
Autre question : c’était pas fini, la culture de l’annulation ?
Non, elle a juste essaimé hors de la gauche…
Et en finissant cette chronique, la pétition a désormais 59 909 noms.
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