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Monday, October 19, 2026

Des albums québécois racontés intimement

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La librairie Résonance, sur la rue Beaubien, est la seule de son espèce à être entièrement consacrée à la musique. Des bouquins en français et en anglais, au sujet d’artistes d’ici et d’ailleurs, se côtoient sur les tablettes blanches, en dessous d’affiches de spectacles et de portraits de vedettes.

Le propriétaire, Jean Lavigne, se réjouit de l’ajout — enfin ! — des premiers livres d’une collection consacrée à des albums québécois. C’est lui qui avait lancé l’idée sur les réseaux sociaux, inspiré par la série anglophone 33 ⅓, qui compte plus de 200 titres.

« C’est comme une biographie d’un album. Ça existait en France, aux États-Unis, mais pas ici, explique le libraire. C’est un petit format qui ne coûte pas tellement cher et, pour la mémoire collective du Québec, c’est superintéressant. »

Les Éditions du Boréal ont adhéré à sa proposition avec enthousiasme et ont recruté le journaliste culturel à La Presse Dominic Tardif, client régulier de M. Lavigne, pour diriger la nouvelle collection. Limoilou, de Safia Nolin, D’eux, de Céline Dion, et L’heptade, d’Harmonium, constituent la première offrande.

« Microsillon », ça raconte des albums, mais ça raconte aussi, beaucoup, les auteurs. Deux d’entre eux, la journaliste Laïma Abouraja Gérald et le romancier Jean-Michel Fortier, s’installent sur des fauteuils près de l’entrée du commerce pour une entrevue avec Le Devoir. La voix chaude de Safia Nolin se fait entendre en toile de fond sonore, grâce à une attention spéciale de M. Lavigne.

Pour les deux auteurs millénariaux, le processus de rédaction a été une expérience nouvelle et personnelle. L’une peut brandir son premier livre, alors que l’autre a accouché de son premier essai.

« Quand Dominic Tardif m’a approché et m’a demandé de quel album j’aimerais parler, instantanément, c’était clair que c’était Limoilou », rapporte Mme Abouraja Gérald au sujet de cet album qui l’habite depuis dix ans. « C’était comme si magiquement tombait du ciel le prétexte pour que je raconte cette histoire que je portais depuis des années. »

Des ressemblances troublantes

L’autrice dresse plusieurs parallèles entre sa vie et celle de la musicienne originaire de Québec. Élevées par leurs mères célibataires peu fortunées, elles n’ont plus de contact avec leur père d’origine maghrébine.

« Safia a accompagné beaucoup de réflexions personnelles de ma vie, notamment sur ma relation avec mon père, sur mon identité culturelle un peu floue et un peu complexe », souligne-t-elle. Elle admet avoir beaucoup pleuré en rédigeant son manuscrit.

Son essai raconte la genèse du premier album de l’autrice-compositrice-interprète, de sa prestation remarquée au Festival international de la chanson de Granby jusqu’à son enregistrement non traditionnel en studio, en passant par un moment de découragement au dépanneur de Saint-Ferréol-les-Neiges. Il aborde aussi les controverses et la haine dont elle a été victime dans les mois qui ont suivi. Mais en mettant l’accent sur sa musique, l’autrice estime que son livre contribue à la « repositionner comme une artiste ». L’œuvre de Laïma Abouraja Gérald s’ouvre d’ailleurs sur l’émotion qu’elle a ressentie lors de sa première écoute de Limoilou.

« Toutes les personnes qui aiment Safia ont vécu une expérience vraiment similaire la première fois qu’ils l’ont entendue chanter », a-t-elle constaté. Laquelle ? « L’impression de ne jamais avoir rien entendu qui sonnait comme ça. L’impression aussi que le temps était suspendu. La force, mais en même temps la fragilité. »

Jean-Michel Fortier a lui aussi un lien très personnel avec Céline Dion, pour qui il se passionne depuis l’enfance. Son roman Tout me revient maintenant rend d’ailleurs hommage à la diva. Pour raconter D’eux, il a puisé dans ses souvenirs liés aux chansons qu’il a découvertes grâce à ses parents.

« En 1995, quand l’album est sorti, j’avais sept ans. J’ai beaucoup d’images en tête, parce que Céline Dion a tellement été une trame sonore importante de ma vie », dit l’auteur. Il consacre un passage à chaque chanson de l’album, même Cherche encore, dont personne ne parle jamais et que Céline Dion n’aurait jamais interprétée sur scène. Il analyse les textes, la voix et le contexte comme seul un vrai fan peut le faire.

« Il y a des passages qui sont très geeks », lance M. Fortier, qui a réécouté le disque « 356 fois » au cours des derniers mois.

Instructif

Pour cette collection, il était important que les lecteurs, y compris les plus grands admirateurs des artistes concernés, apprennent des choses. C’est un pari réussi.

Laïma Abouraja Gérald a eu la chance de s’entretenir plusieurs fois avec Safia Nolin, de même qu’avec le producteur et directeur musical Philippe Brault et le guitariste Joseph Marchand. Ça lui a permis de récolter des histoires inédites, dont des pépites de détails et d’anecdotes que Safia Nolin croyait inintéressants.

Jean-Michel Fortier, lui, n’a pas eu accès à la star internationale. Qu’est-ce qui peut être dit de nouveau sur l’album francophone le plus vendu de tous les temps ? Par ses recherches d’archives, il a réussi à dénicher des entrevues, des captations de spectacles et des coupures de journaux largement oubliées aujourd’hui.

« C’est un album qu’on voit maintenant comme étant consensuel. On se dit même que c’est le chef-d’œuvre de Céline Dion, un peu. Mais à l’époque, il y avait de la dissension. J’ai trouvé en particulier une critique du Voir qui disait : “Bon, ça va, mais Céline Dion, ça reste une mauvaise chanteuse” », souligne-t-il.

Pour L’heptade, Jean-Christophe Laurence, journaliste à La Presse, a quant à lui réalisé des entrevues avec une quarantaine de personnes pour raconter le plus fidèlement possible la création de cet album mythique. Le grand absent, malheureusement, est le regretté Serge Fiori.

Les trois livres, d’une centaine de pages, sont très différents par leur traitement et leur style. Cette série qui valorise le patrimoine musical québécois risque donc de continuer à surprendre. « J’ai hâte de voir qui seront les prochains artistes sélectionnés », dit Laïma Abouraja Gérald. Une impatience que plusieurs mélomanes partageront sans aucun doute.

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