Débat des chefs : tarifs, coût de la vie et… référendum au cœur des échanges

La dernière joute oratoire de la campagne électorale québécoise, mercredi soir, sur les ondes du diffuseur public, a donné lieu à des discussions aussi relevées qu'intenses, à un peu plus de 10 jours des élections générales qui détermineront qui gouvernera le Québec au cours des prochaines années.
Il a été question, entre autres, du président américain Donald Trump, d'insécurité économique et d'indépendance.
La guerre tarifaire en cours avec les États-Unis, sans surprise, a permis des échanges vigoureux et des critiques envers la première ministre sortante et cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, qui a assuré qu'elle [gérait] la crise
, tout en se félicitant que celle-ci n'ait pas entraîné l'hécatombe
redoutée.
La totalité des participants au débat, cela dit, se sont engagés, d'une façon ou d'une autre, à aider les Québécois à traverser la crise. On ne vous laissera pas tomber
, a résumé le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, s'exprimant au nom des cinq chefs de parti. Il y a un consensus sur le fait de vous soutenir.
Christine Fréchette a néanmoins dû défendre son leadership, dans ce contexte économique pour le moins compliqué.
Le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, lui a notamment reproché de n'avoir pas réagi assez rapidement après l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, en novembre 2024. Vous n'avez rien fait, a-t-il déploré. Vous avez attendu que la crise éclate.
Des accusations que Mme Fréchette a balayées du revers de la main. On n'a pas une hécatombe en termes de pertes d'emplois
, s'est-elle défendue.
On n'a pas rencontré les mêmes entrepreneurs
, a aussitôt ironisé le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, qui s'est par ailleurs dit en désaccord avec l'estimation de Mme Fréchette selon laquelle 30 000 emplois seraient à risque. Je pense que c'est beaucoup plus que ça
, a-t-il lancé.
Il faut respecter l'intelligence des gens qui nous écoutent à la maison, il faut rectifier les faits
, a renchéri Paul St-Pierre Plamondon, poursuivant le barrage de critiques contre Mme Fréchette. La demande du Québec, à la base, c'était d'éviter les représailles dollar pour dollar.
Or, il s'est passé exactement le contraire : même la négociatrice en chef du Québec s'est plainte de ne pas avoir été tenue informée par Ottawa publiquement, a-t-il déploré.

Le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon (à gauche), et la cheffe de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette, débattent lors du débat des chefs à Montréal.
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
Débattant de la meilleure manière d'aider les entreprises à passer à travers la crise, Christine Fréchette a notamment rappelé que ses adversaires péquistes et conservateurs avaient promis d'abolir le Fonds de développement économique (FDE).
Il a d’ailleurs été question à plusieurs reprises, dans le débat, de la volonté quasi généralisée des partis en lice de diminuer radicalement les dépenses du gouvernement pour permettre à celui-ci de renouer le plus rapidement possible avec le déficit zéro.
Ruba Ghazal, de Québec solidaire (QS), a toutefois prévenu, de manière générale, que couper dans l'État, comme le proposent ses homologues, pourrait avoir un impact sur les services. Tous les autres partis, c'est couper "un peu, beaucoup ou passionnément", a-t-elle lancé.
Les autres formations proposent en effet de supprimer des milliers de postes de fonctionnaires. Ces gens-là ne sont pas en train de brocher des feuilles! Ils donnent des services
, a fait valoir Mme Ghazal.
Que ça soit à la tronçonneuse ou au scalpel, ça va saigner dans nos services publics.
Éric Duhaime, lui, a répété que des économies sont à faire en coupant dans les réglementations et dans la bureaucratie. Il y a autre chose à faire que d"'enfantdechienniser" la vie du monde
, a-t-il lancé, un terme qui, sauf erreur, a fait sa première apparition dans l'histoire des débats des chefs.
On ne devrait pas avoir peur de la démocratie
, dit PSPP
Favori dans les sondages, Paul St-Pierre Plamondon a par ailleurs réitéré mercredi soir qu'il souhaitait bel et bien organiser un troisième référendum sur la souveraineté du Québec lorsque Donald Trump aura quitté la Maison-Blanche.
On ne devrait pas avoir peur de la démocratie
, a-t-il dit. Jacques Parizeau disait : "N'ayez pas peur de votre démocratie, d'aller aux urnes, de réfléchir à notre avenir."
Il ne faut pas mettre sous le tapis, comme vous le faites tous, sauf Mme Ghazal, qu'on vient de connaître le pire déclin du français et de notre culture de l'histoire du Québec.
Éric Duhaime n'en a pas démordu : Pourquoi vous voulez envoyer le Québec dans le mur?
a-t-il tonné.
Vous l'entendez. Il y a le camp du pessimisme et le camp de l'espoir
, a répondu le chef du PQ.
Le sprint final peut commencer
Le débat, modéré par le chef d'antenne Patrice Roy, s’est déroulé de 20 h à 22 h à la Maison de Radio-Canada, avenue Papineau, à Montréal.
Cinq thèmes étaient au menu, soit : l’avenir du Québec; l'insécurité économique; le mur budgétaire; le Québec fou de ses enfants; et la santé.
Ce rendez-vous faisait suite à l’émission Cinq chefs, une élection, au Face-à-face de TVA et au Grand débat des chefs de Bell Média.
Il s’agissait de la dernière joute de la campagne, à laquelle il reste moins de deux semaines. Le vote au bureau du directeur de scrutin commencera vendredi; le vote par anticipation dimanche; tandis que le jour des élections, lui, aura lieu le lundi 5 octobre.
Au moment d’écrire ces lignes, les chefs se préparaient à répondre aux questions des journalistes dans une série de points de presse post-débat.
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