Avec son nouvel album «WpointM», Tiakola rend hommage à ses racines africaines

Le deuxième album du « Prince de la mélo », WpointM, marque un nouveau temps dans la trajectoire fulgurante de Tiakola. Entre La Courneuve et le Congo, l’artiste revient sur son parcours, ses origines et ses engagements, en faisant dialoguer rap, r’n’b, rumba, afrobeats et coupé-décalé. Un disque où le succès devient prétexte à regarder derrière soi, sans jamais cesser d’aller de l’avant.
À seulement 27 ans, Tiakola semble déjà avoir fini le jeu. Quatre ans après son premier album Mélo, il est devenu entre-temps l’un des artistes phares de la scène francophone. Le voilà de retour avec WpointM, un titre qui évoque son vrai nom, William Mundala, et symbolise un projet se voulant plus personnel que jamais.
Celui qui s’est imposé comme l’un des visages les plus populaires du rap mélodique français y parle de son parcours, faisant se côtoyer récits de la Courneuve, souvenirs familiaux et références au Congo. Entre rap, r’n’b, afrobeats, coupé-décalé et rumba congolaise, Tiako cherche moins à démontrer sa polyvalence qu’à raconter ce qui se cache derrière le succès.
Car le natif de Bondy n’est plus vraiment le « jeune talent » qu’il était encore il y a quelques années. William Mundala grandit dans la cité des 4000 à La Courneuve, dernier d’une fratrie de huit enfants, et commence la musique à l’église.
À la maison, le gospel congolais côtoie la rumba, les musiques ivoiriennes, le rap français et le r’n’b américain. En 2015, il rejoint 4Keus, collectif avec lequel il connaît ses premiers succès. En solo, Tiakola multiplie les collaborations avec Dadju, Niska, Dinos, MHD ou Gazo et finit par imposer une voix immédiatement reconnaissable, capable de passer du chant au rap avec une facilité déconcertante.
Mélo (2022) transforme le phénomène en vedette. Devenu Disque de diamant, l’album s’impose comme l’un des grands succès du rap français des dernières années et fait de Tiakola l’un des principaux artisans d’un rap où mélodies et influences africaines occupent une place centrale. Après La mélo est gangx, projet commun avec Gazo, il enchaîne avec BDLM Vol. 1 en 2024. Cette mixtape collective ne se contente plus de mettre en avant son propre univers : il y invite SDM, Hamza, Niska ou le Britannique Dave, mais aussi des artistes plus émergents comme Jolagreen23, Prototype ou Genezio, avec lequel il signera ensuite un EP commun.
Entre-temps, il crée également son propre label, M3lo World, et remplit deux fois l’Accor Arena à Paris. Une ascension qui se mesure aussi en certifications et en récompenses, avec un nombre incalculable de Flammes, notamment dans les catégories Album de nouvelle pop et Artiste masculin de l’année.
De La Courneuve à Kinshasa
C’est donc avec un statut de tête d’affiche que Tiakola abordait WpointM. Et le dispositif promotionnel donnait le ton. À la veille de la sortie de l’album, Tiakola publie WpointM – 93120, un EP de six titres très rap, pensé comme une sorte de préface au disque et accompagné de six clips réunis dans une même vidéo.
Il organise aussi une listening party secrète sur les parkings de plusieurs villes de France, transformant la découverte de l’album en événement. Une manière, comme avec BDLM, de penser la musique dans une logique collective.
Dès l’introduction du projet, Tiakola laisse entendre une volonté de raconter sa propre histoire et celle des siens, entre violences policières, précarité et « mentalité Seine-Saint-Denis ». Dans « Savage », Tiakola revendique son « 93 dans le sang » et affirme que l’industrie ne lui a pas volé son identité.
Entouré de jeunes rappeurs du 93 comme Kuluna, TVLM et Nooche sur « Bottega », il rappelle que la réussite individuelle n’efface pas le quartier d’où elle vient. Sur « AF1 NOUVO », le propos devient explicitement politique : « Fuck le RN c'est ma position / Qui prétend faire de la mélo sans prendre position ? », référence directe au regretté Calbo du groupe Ärsenik. Une dimension engagée nouvelle chez l’artiste, que le disque assume sans pour autant abandonner son goût pour les refrains efficaces et les morceaux sentimentaux.
Les revendications de Tiakola s’expriment surtout en portant son regard vers l’Afrique et le Congo. « Mélo Décalé », sorti en single déjà certifié Single d’or, rend hommage au coupé-décalé tout en adressant un message aux plateformes : Tiakola y réclame la monétisation des clips des artistes afro-francophones sur YouTube. Le morceau illustre sa manière d’agréger ses multiples influences sans chercher à choisir entre ses identités.
Une question qui devient centrale dans « Caméléon », dont le clip a été tourné en République démocratique du Congo. Entre gospel congolais, rap et références à Papa Wemba, aux sapeurs, aux shégués ou encore aux Léopards, Tiakola y raconte son retour au pays après être devenu célèbre en France. Le terme « caméléon » symbolise alors cet enfant de la diaspora qui apprend à se déplacer entre plusieurs mondes avant de comprendre qu’ils ne sont pas forcément contradictoires.
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Cette ouverture africaine se prolonge jusque dans les invités. La superstar nigériane Rema apparaît sur « Best », tandis que le groupe mythique de Kinshasa Zaïko Langa Langa vient poser sa rumba sur « La vie d’un homme », un morceau qui fait dialoguer les guitares avec le hip-hop de Tiakola.
Parmi les autres têtes d’affiche, on retrouve Jorja Smith sur « Jet Lag », Theodora sur « La Nocturne », mais aussi Bné, son ex-acolyte des 4Keus. Le casting prolonge ainsi la logique de BDLM, qui consiste à faire circuler les générations et les scènes plutôt qu’à rester enfermé dans un seul cercle. Musicalement, Tiakola conserve d’ailleurs cette capacité à passer du rap à la mélo, d’une production afrobeats ou coupé-décalé à une rythmique plus pop ou r’n’b, sans perdre son fil mélodique.
WpointM demeure pourtant un album largement tourné vers Tiakola lui-même. « Sans toi » revient sur l’échec scolaire, la solitude née du succès et la volonté de fédérer pour rendre ce qu’on lui a donné. « Juda » évoque les trahisons et le rapport au mérite.
Et puis vient la pièce maîtresse du disque, le titre éponyme « WpointM ». Sur un piano-voix, le rappeur Niro raconte à la première personne l’intégralité du parcours de William Mundala, né le 4 décembre 1999, ayant grandi entre Bondy, La Courneuve et l’héritage congolais de sa famille. Comme si Tiakola avait besoin de la voix d’un autre pour dire enfin ce qu’il ne parvient pas toujours à formuler lui-même.
Avec ce deuxième album, Tiakola demeure le mélodiste-rappeur capable de se couler dans presque tous les rythmes, mais regarde désormais davantage derrière lui, conséquence inévitable du succès. La France, le 93, le Congo, la famille, les artistes qu’il accompagne et ceux avec lesquels il rêve de construire… Derrière le « Prince de la mélo » apparaît désormais un artiste qui cherche à comprendre ce que signifie être devenu William Mundala.
Tiakola WpointM (Atlantic/Warner) 2026
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