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Monday, September 21, 2026

Planète bleue, idées vertes | Des chèvres pour contrôler la végétation envahissante

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(L’Île-Bizard) Contrôler les plantes envahissantes avec des chèvres plutôt qu’avec des moyens chimiques ou mécaniques, c’est le service que propose l’organisme à but non lucratif Amitonte. Une méthode à l’essai dans la région de Montréal, mais qui est déjà utilisée en plusieurs endroits dans le monde.

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Anna, Koza, Vincent Van Goat, Milky Way… une dizaine de chèvres déboulent de leur remorque et se précipitent sur le feuillage qui borde le fond du parc Cardinal, à L’Île-Bizard. Elles broutent un arbuste avec avidité, mais après moins d’une minute, laissent le plant en plan pour recommencer plus loin.

« La première chose que les chèvres font en arrivant dans un nouvel endroit, c’est explorer. Elles vont goûter à tout », explique Marina Privorotsky, vice-présidente d’Amitonte, le service d’écopâturage qui a amené le troupeau.

Ces chèvres ne sont pas ici pour tailler le gazon comme on voit parfois des moutons le faire dans des parcs. Elles ont une mission : contrôler la végétation envahissante qui traverse la clôture depuis la berge de la rivière des Prairies.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les chèvres apprécient une grande variété de plantes, y compris des espèces exotiques envahissantes coriaces comme le nerprun.

« Les bancs sont placés pour regarder la rivière des Prairies, mais tout ce qu’on voit, c’est de la vigne. On va faire un test avec le service d’écopâturage pour essayer de redonner des percées visuelles », explique la mairesse de l’arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Danielle Mayrand.

Les chèvres apprécient une grande variété de plantes, y compris des espèces exotiques envahissantes coriaces comme le nerprun (bien présent au parc Cardinal) ou le phragmite (roseau commun). Encadrées par une clôture mobile, elles se concentrent sur la tâche et épargnent le reste de la végétation, sans faire de bruit ni consommer de carburant fossile.

« On est dans l’économie circulaire, on est dans l’écopâturage, ça s’enligne super bien avec notre mission et notre vision d’arrondissement », s’enthousiasme la mairesse.

Brouter en ville

L’arrondissement envisage un deuxième test dans le secteur Sainte-Geneviève, au parc de l’Anse-aux-Rivard, aménagé il y a à peine cinq ans et déjà obstrué par la végétation.

La Ville de Baie-d’Urfé a aussi utilisé les chèvres d’Amitonte à quelques reprises depuis le printemps, à la suggestion d’une résidante, Wine Mansfield, dont le terrain commençait à être colonisé par l’herbe à puce du parc John-Weir adjacent. Avec cette intervention, Mme Mansfield n’a pas eu d’herbe à puce cet été. « C’est une idée brillante et j’espère que la Ville va poursuivre le projet », dit-elle au téléphone.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Des employés de l’organisme à but non lucratif Amitonte travaillent au parc Cardinal.

L’arrondissement de LaSalle les a aussi fait venir une journée au parc de l’Aqueduc pour qu’elles s’attaquent à des espèces envahissantes.

LaSalle est encore en train d’analyser les résultats de son projet pilote, et Baie-d’Urfé n’a pas souhaité commenter le sien.

Intervenantes tout-terrain

Plusieurs de ces chèvres sont allées en Ontario l’automne dernier, au marais Cooper, non loin de Cornwall. « Beaucoup de zones sont difficiles d’accès avec de la machinerie ou d’autres méthodes de contrôle, alors que les chèvres peuvent rentrer là et manger beaucoup de phragmites […]. Ce projet pilote a été un véritable succès », explique Scott Braithwaite, coordonnateur à la Raisin Region Conservation Authority.

Au printemps, une partie du phragmite avait repoussé, sans surprise pour l’organisme puisque « c’est quand le pâturage est effectué durant plusieurs années qu’il est le plus efficace ». M. Braithwaite aimerait trouver du financement pour réitérer l’expérience.

« La plante a des racines, elle va repousser. Les chèvres vont la remanger et éventuellement, après deux ou trois années, elle sera affaiblie », précise Mme Privorotsky.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Marina Privorotsky, vice-présidente de l’organisme à but non lucratif (OBNL) Amitonte, qui offre un service d’écopâturage pour contrôler les plantes envahissantes.

C’est beaucoup plus efficace d’amener des chèvres en avril ou en mai, quand les plantes sortent – ainsi elles vont moins pousser –, puis de ramener le troupeau une ou deux fois durant l’été.

Marina Privorotsky, vice-présidente d’Amitonte

En France, des chercheurs qui ont fait brouter une variété de ronce par des chèvres durant trois ans ont vu cette plante reculer et la végétation se diversifier. Aux États-Unis, une expérience dans un marais du Maryland a réduit la présence de phragmite de manière notable. Une recherche au Minnesota a montré que le système digestif des chèvres détruit les semences de nerprun, empêchant la plante de se répandre par leurs excréments.

On ne trouve cependant pas d’article scientifique comparant l’efficacité des chèvres à celle de méthodes mécaniques ou chimiques. « J’adorerais faire de la recherche là-dessus […], mais je ne vois pas beaucoup de sources de financement qui ciblent ce sujet. Si vous connaissez une municipalité qui voudrait accueillir une telle expérience, dites-le-moi », nous a mentionné Huong Nguyen, professeure au département de sciences végétales de l’Université McGill et spécialiste de la lutte intégrée contre les mauvaises herbes.

En attendant, les chèvres sont déjà utilisées en plusieurs endroits.

Amitonte utilise les chèvres de la ferme PACE, qui élève une grande variété d’animaux à L’Île-Bizard. Cette ferme, qui appartient aux parents de Mme Privorotsky, offre des visites guidées et des services de ferme mobile. Ses chèvres ont donc déjà plusieurs engagements et ne pourraient pas faire du contrôle de végétation à temps plein.

« Idéalement, Amitonte serait le coordonnateur pour plusieurs fermes. Comme ça, on pourrait amener des chèvres partout, tout l’été », rêve Mme Privorotsky.

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