Jusqu’où peut-on déranger le public pour le climat ?

Bloquer un pont permet-il de sensibiliser le public à la crise climatique ? Plus une action a le potentiel de perturber l’ordre public, moins la population sera tolérante, conclut une étude menée par des chercheurs québécois. Mais l’assentiment des citoyens varie aussi selon l’âge et l’importance accordée aux questions environnementales.
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Comment l’âge influe-t-il sur la tolérance aux actions perturbatrices ?
Les personnes âgées de moins de 33 ans ont un niveau de tolérance plus élevé envers les « actions perturbatrices non violentes ». Cette tolérance diminue avec l’âge, ont constaté des chercheurs de l’Université McGill et de l’Université Laval, dans une étude qui vient d’être publiée dans la Revue canadienne de science politique.
C’est quoi, une « action perturbatrice non violente » ?
Les chercheurs ont défini trois catégories d’actions dans le cadre de leur étude. Première catégorie : les « actions non violentes et non dérangeantes », comme signer une pétition, boycotter un produit ou participer à une manifestation. Deuxième catégorie : une « action perturbatrice non violente », comme bloquer un pont ou s’attacher à un arbre pour empêcher la construction d’un pipeline.
« Ce sont des actions qui perturbent le cours normal des choses », résume Alexis Bibeau-Gagnon, auteur principal de l’étude et chercheur à l’Université McGill. La dernière catégorie inclut les « actions violentes et dérangeantes », comme saboter des infrastructures, faire du vandalisme ou s’en prendre physiquement à une personne.
Quelles sont les conclusions de l’étude ?
« L’opinion publique au Canada est très favorable aux actions non violentes et non dérangeantes », signale Alexis Bibeau-Gagnon. À l’inverse, la population a un niveau de tolérance très faible pour les actions violentes et dérangeantes. Tandis que pour les gestes perturbateurs, mais non violents, les conclusions sont davantage nuancées. « C’est la catégorie intermédiaire qui est vraiment pour nous la plus intéressante de l’étude », précise le chercheur.
La tolérance du public varie alors selon l’âge et l’importance accordée aux enjeux environnementaux. Les jeunes adultes sont plus enclins à tolérer ces gestes et cette réceptivité diminue en vieillissant. Les personnes plus préoccupées par les changements climatiques sont également plus tolérantes que celles qui se disent moins intéressées par cet enjeu.
Selon M. Bibeau-Gagnon, la préoccupation environnementale « a vraiment un effet important ». Cependant, même les plus jeunes très soucieux pour l’environnement ne sont pas favorables aux actions violentes. C’est une ligne rouge que la population n’est pas prête à franchir, conclut l’étude.
Autre variable : pour les gens qui considèrent que les gouvernements et les entreprises sont les principaux responsables de la crise climatique, la tolérance est alors plus grande pour les actions qui dérangent.
En 2024, deux militants écologistes ont bloqué la circulation sur le pont Jacques-Cartier pendant plusieurs heures. Une telle action permet-elle tout de même de sensibiliser le public à la question climatique ?
L’étude ne répond pas à cette question précise, mais de façon générale, on connaît la réponse, répond Alexis Bibeau-Gagnon. « Quand on bloque un pont, ça peut effectivement attirer l’attention, mais les effets pour mobiliser le vote pour des partis plus verts ou amener les gens à changer leurs habitudes de vie, les preuves sont assez minces là-dessus. »
L’étude repose sur un sondage réalisé auprès de 1500 Canadiens à l’été 2022.
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