Diversifier les possibles sur la scène jeunesse
Entre une ode au Québec et à ses beautés, l’exil d’une fillette partie retrouver sa mère biologique, la place que l’on réserve à nos morts, une immersion dans les ruelles de Québec et un spectacle «à poils», les arts de la scène s’annoncent aussi explosifs que tendres, aussi profonds qu’empreints de légèreté.
Deux bombes au festival La mèche courte
Quelle place réserve-t-on aux morts dans notre monde de vivants ? Pourquoi la mort d’un parent ou d’un animal semble-t-elle rester taboue chez les adultes ? Écrit, adapté et mis en scène par Anna Nozière, Oiseau rend hommage à l’idée de libérer la parole autour de ce qui demeure sans doute l’épreuve la plus difficile d’une vie. Produite par La POLKa, la pièce est à voir pendant le festival, du 4 au 6 novembre à la Maison Théâtre, et à La Caserne du 11 au 15 novembre (9 à 14 ans). À poils, « un objet velu non identifié », sera aussi de la programmation du festival, du 5 au 8 novembre à l’Usine C. Sur une scène vide, trois techniciens « barbus vêtus de cuir » invitent les petits de 3 à 8 ans à construire le décor et à « vivre une expérience multisensorielle ». Un vrai chien, Nina, intégré dans cette folie théâtrale, vient ici et là participer à ce grand tout qui célèbre les possibles de la dramaturgie et l’émerveillement de la scène. Écrit et mis en scène par Alice Laloy, le spectacle sera aussi présenté au Centre national des arts le 31 octobre et le 1er novembre, et au Grand-Espace le 14 novembre.
L’exil et l’amour maternel
Depuis qu’elle est toute petite, Nour est dorlotée et chouchoutée par Youmna, sa nourrice sourde. La vie de la fillette est douce et confortable dans les bras de cette femme chaleureuse, jusqu’à ce que l’adolescence pointe son nez, moment où elle doit prendre le large et rejoindre sa mère biologique. Traversée, la toute nouvelle création du théâtre Carrousel, évoque le déchirement lié à la migration et à l’éloignement, tout en mettant en lumière les thèmes de l’identité et de l’amour infini d’une mère pour sa fille. Le texte d’Estelle Savasta est mis en scène par Marie-Eve Huot et interprété par Alicia Mbesha et Zoé Ntumba, que l’on a pu voir dans Lueurs en 2024. Pour ajouter à la sensibilité de l’ensemble, un mariage heureux est conclu entre théâtre d’objets, langue des signes (québécois) et paroles, ce qui permet de faire jaillir, dit-on, l’humanité vibrante du récit. À voir le 7 novembre au Grand-Espace, puis du 18 au 29 novembre à la Maison Théâtre. Une pièce conçue pour les jeunes de 9 ans et plus.
Le pays en toile de fond
Le Québec et ses espaces inspirent cet automne deux créateurs qui dévoilent à leur façon les beautés du pays. D’un côté, Roadtrip d’Audrey Marchand et Laurence P. Lafaille est une performance inspirée du road movie qui invite les petits de 1 à 4 ans à ouvrir l’œil, à éveiller leurs sens grâce aux projections vidéo et à la chanson. Cette expérience offre une traversée des territoires exceptionnels du Québec. Produit par la compagnie Les Incomplètes, le spectacle est présenté du 28 septembre au 11 octobre à la Maison Théâtre. Flo des rives — 66e création du Gros Mécano — nous conduit pour sa part sur les îles du Bic, où l’on rencontre Florence, une petite fille née sur les flots et partie de loin pour venir vivre sur les rivages du fleuve Saint-Laurent. Il s’agit, dit-on, d’un hommage aux femmes du pays, à la mère tout autant qu’à la mer. Le texte de Carol Cassistat est mis en scène par l’auteur Pierre Robitaille et interprété par Jasmine Dubé et Marjorie Robitaille. Musique et marionnettes complètent ce portrait invitant offert aux 8 à 12 ans. À voir du 27 octobre au 7 novembre à La Caserne.
Dans une ruelle de la ville de Québec
Alors que Michelle et son chat Moustache viennent tout juste d’emménager dans un nouveau quartier, Moustache prend la clé des ruelles et disparaît. Sa maîtresse, inquiète de tout ce qui pourrait lui arriver, part à sa recherche. Dans cette traversée, elle fait plusieurs rencontres félines qui lui donneront moult indices quant à l’endroit où pourrait se trouver son compagnon poilu. Dans cette toute nouvelle création, le Théâtre des Confettis transporte le spectacle à l’extérieur de La Caserne — anciennement Les Gros Becs — et convie les spectateurs dans la ruelle de la mythique rue Sous-le-Cap à Québec, tout près du théâtre. Tout se passe au coucher du soleil, alors que les lueurs du jour pointent encore à l’ouest. Les spectateurs de 5 à 10 ans sont ainsi invités à prendre part à l’enquête menée par le personnage principal et à résoudre l’énigme avec lui. Écrite par Marianne Marceau et mise en scène par Maxime Robin, Michelle et les chats de ruelles est présenté du 25 septembre au 10 octobre.
À (re)voir au théâtre Aux Écuries
Créé en 2023 par Claudine Rivest en coproduction avec Les Sages Fous, Les veuves parallèles sonde les ramifications insaisissables de la mémoire. Dans ce spectacle de marionnettes et d’objets sans paroles, un dîner étonnant est prétexte à s’interroger sur la transmission de la mémoire entre des femmes de différentes générations. Dans une mise en scène de Sophie Deslauriers et de Claudine Rivest, la musique en direct assure une ambiance énigmatique. Présenté du 24 novembre au 5 décembre (12 ans et plus). Pour sa part, Francis Monty revient avec Léon le nul du 20 au 24 octobre. Léon (Étienne Blanchette) est persécuté à l’école et il n’est pas à l’aise à la maison. Pour s’endurcir et se sortir de ce mauvais état, il a l’idée de se transformer en train, bête puissante et solide. Il mange alors des clous, attendant que ses jambes prennent la forme de roues. Écrite en 2001 et retravaillée en 2018, la pièce fait appel à un comédien et à quelques effets sonores pour dépeindre le rejet, la quête d’identité et le courage d’avancer (8 ans et plus).
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