Marly Fontaine, à la recherche de l’identité innue
Depuis le printemps dernier, le Musée d’art contemporain (MAC) de Montréal ne présente plus d’expositions dans ses espaces temporaires de Place Ville Marie. Ce sont plutôt six artistes de la relève qui y ont aménagé leur studio pour huit mois, dans le cadre d’une résidence qui allie exploration, soutien au développement de carrière et rencontres avec le public. Deuxième d’une série de portraits de créatrices à l’identité forte et assumée en résidence au MAC.
Derrière son bureau, Marly Fontaine brandit un savon sur lequel est taillé le mot « innu ».
« Dans les pensionnats, quand on parlait notre langue, ils lavaient la bouche avec du savon. On a voulu utiliser le savon pour effacer notre langue, moi, je vais l’utiliser pour la préserver », explique doucement l’artiste originaire de la communauté d’Uashat mak Mani-Utenam, sur la Côte-Nord.
Dans son atelier aménagé comme un salon, Marly Fontaine prépare l’activité qu’elle animera les 17 octobre et 12 décembre. Elle enseignera à des publics d’adultes et d’enfants des mots en innu, qu’ils graveront sur des savons. Les participants pourront soit partir avec leurs créations, soit les laisser à l’animatrice, qui compte les inclure dans une installation artistique.
Depuis plusieurs années, Marly Fontaine se fait un devoir de propager l’histoire douloureuse des pensionnats pour Autochtones. Deux sculptures en acier sont posées dans la bibliothèque près du sofa. Elles représentent de petites ceintures de chasteté.
« La version masculine est à droite, avec le numéro de bande d’un ancien pensionnaire qui a vécu des abus. L’autre version, c’est la version féminine, avec mon numéro de bande, pour parler du fait que je me considère comme un dommage collatéral des pensionnats, ayant moi-même vécu des abus sexuels », raconte l’artiste, dont les grands-parents ont séjourné dans ces sinistres établissements.
Sur son ordinateur, Marly Fontaine montre des photos d’une performance qu’elle a réalisée lors d’une commémoration du pensionnat pour Autochtones de Pointe-Bleue, à Mashteuiatsh.
« J’arrive avec une croix, je la dépose, puis je prends des roches et je les ramène ensemble pour en faire un tombeau d’enfant, décrit-elle. Ensuite, je me purifie avec la tortue en acier que j’ai faite […] Je purifie le tombeau de l’enfant dans les quatre directions. Puis je purifie le public. »
Après sa prestation, plusieurs anciens pensionnaires l’ont prise dans leurs bras et lui ont confié avoir pleuré. Leur réaction positive l’a encouragée à poursuivre son travail dans la même voie.
La tradition orale à l’université
En 2025, Marly Fontaine a effectué une petite révolution au sein du milieu universitaire. Elle est devenue la première personne à déposer son mémoire de maîtrise de façon orale plutôt que par écrit à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Son objectif était de rendre hommage à sa culture, qui est de tradition orale. Pour ce faire, elle a demandé et reçu une dérogation de l’UQO, où elle faisait sa maîtrise en muséologie et pratique des arts.
Elle a donc enregistré son mémoire sous forme de fichier audio d’une durée de deux heures et quatorze minutes. Le symbole est particulièrement fort étant donné son sujet, qui est l’utilisation de sa propre voix pour sensibiliser les gens à la réalité des pensionnats.
À cette occasion, Marly Fontaine a fait couper sa tresse de cheveux, qu’elle a conservée dans son studio. « Lors de ma recherche, j’ai vu qu’on coupait traditionnellement nos cheveux seulement en cas de deuil ou de changement important. Moi, mon changement important, c’était le dépôt de mon mémoire oral », rapporte-t-elle.
D’autres étudiants pourront lui emboîter le pas. « La doyenne aux études m’a remerciée et m’a dit que le règlement allait être changé pour que tout le monde puisse avoir le droit de faire des dépôts oraux », affirme celle qui a fait l’objet d’un livre publié en 2017, Ma réserve dans ma chair. L’histoire de Marly Fontaine, écrit par Mélanie Loisel.
La mémoire des aînés
Marly Fontaine planche maintenant sur un projet de doctorat, pour lequel elle partira à la rencontre d’aînés de sa communauté et tentera de définir l’identité innue moderne.
« Pour les aînés, être Innu, c’est parler la langue et vivre sur le territoire. Mais on a été colonisés et sédentarisés. Alors, c’est quoi, être Innu ? » se demande l’artiste, qui suit des cours pour se réapproprier sa langue. Cette fois, sa thèse prendra une forme vidéo, à la manière d’un documentaire.
Une autre étape de son parcours sera de réaliser une exposition réunissant plusieurs de ses œuvres. À ce titre, le MAC pourrait la soutenir dans ses démarches et lui ouvrir des portes afin qu’elle puisse faire connaître son histoire, et celle de son peuple, à toujours plus de gens.
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