La tradition du Canadien est devenue une saucisse gonflable

Invité à identifier le meilleur endroit au monde pour assister à un match de hockey, le commentateur torontois Chris Johnston estimait récemment que pour les amateurs, voir le Canadien de Montréal jouer au Centre Bell équivaut à l’expérience que vivent les catholiques lorsqu’ils visitent le Vatican.
Attrapons cette amusante balle au bond, si vous le permettez.
Imaginez-vous maintenant à Rome par une belle journée ensoleillée. Vous êtes au beau milieu de la place Saint-Pierre et la perspective de vous imprégner de plus de 2000 ans d’histoire vous fascine. Mais en lieu et place, vous vous retrouvez au beau milieu d’une ambiance de fête foraine.
À votre gauche, des touristes sont invités à parcourir 100 mètres le plus rapidement possible en portant une croix de 75 kilogrammes sous les encouragements d’un animateur peu subtil. Et à votre droite, un autre concours vous met au défi de boire tout d'un coup une grosse coupe du vin officiel
de la basilique. Vous observez la scène. Et à juste titre, vous vous demandez comment on a pu en arriver là.
S’il y a un peu de vrai dans l’amusante comparaison faite par Chris Johnston, ça résume assez bien le genre de désolation qu’ont ressenti beaucoup de gens samedi soir en voyant une immense saucisse à hot-dog gonflable atterrir sur la patinoire du Centre Bell durant une pause publicitaire.
Le point d’exclamation est survenu quelques secondes plus tard quand les joueurs du Canadien, rassemblés à leur banc, ont reçu par la tête le pain à hot-dog géant que les spectateurs étaient censés marier à la saucisse.
Comment la grande tradition du Canadien a-t-elle pu en arriver là? Signe que cette promotion était aussi anormale qu’une course de futurs crucifiés sur la place Saint-Pierre, ce moment malaisant a été rapporté dimanche par plusieurs médias nord-américains.
Après les courses de tricycles et les compétitions de bulles entrant en collision, organisées entre les périodes, après la création de la mascotte Métal, après le concours de celui qui enfile un équipement de hockey le plus rapidement possible, puis le défi de deviner le prix qu’exige une chaîne d’épicerie pour une boîte de gruau ou un sac de fromage en grains, quelqu’un parmi le département de marketing a jugé qu’il s’agissait d’une bonne idée de confier les deux pièces gonflables d’un hot-dog géant aux spectateurs.
La promotion consistait à placer les deux pièces gonflables aux extrémités des gradins et de mettre les spectateurs au défi de collaborer pour assembler ledit hot-dog en 30 secondes. En cas de réussite, tous les spectateurs présents allaient recevoir un coupon donnant droit à un hot-dog gratuit. Cette promotion est très prisée dans certains stades du baseball majeur, semble-t-il.
Mais bon, quand vous payez votre billet 300 dollars, la perspective de lancer une saucisse de quelque 3 mètres sur la patinoire est sans doute plus amusante que la possibilité de recevoir gratuitement un hot-dog de 5,25 dollars.
Martin St-Louis, qui se désolait il y a trois ans de voir les joueurs de son équipe disputer des matchs vêtus de chandails bleu poudre, ne l’a probablement pas trouvé très drôle.
C’est une franchise historique… Il y a probablement des gars qui ont porté ce chandail il y a 50 ans, en rouge et blanc, et qui nous regardent d’en haut en se disant : “Qu’est-ce que vous faites en bleu?”
, avait commenté l’entraîneur-chef du Canadien.
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Cette déclaration m’est revenue en tête samedi soir. Et je me demandais ce que Jean Béliveau, Guy Lafleur ou Maurice Richard auraient pensé en voyant un pain à hot-dog en plastique tomber sur le banc de leur équipe.
Le Centre Bell est considéré à travers le monde comme l’une des grandes cathédrales du hockey. Le Canadien existe depuis 117 ans et les gens qui déboursent un rein et un bras pour assister aux matchs connaissent le hockey.
L’organisation a-t-elle vraiment besoin de toutes ces promotions lamentables pour créer de l’ambiance et remplir ses coffres? Le Canadien n’est-il pas censé être plus grand que ça? Les propriétaires sont-ils fiduciaires d’un joyau du patrimoine québécois ou juste les exploitants d’une machine à imprimer de l'argent?
Bien sûr, il y a beaucoup d’équipes professionnelles qui ont recours à des promotions loufoques durant leurs matchs. Grand bien leur fasse. Si les Brewers de Milwaukee présentent des courses de types déguisés en saucisses entre deux manches, on s’en fout un peu. Les Yankees de New York, par contre, ne présentent pas de courses de saucisses pour la simple et bonne raison qu’ils sont les Yankees de New York et qu’ils estiment que leur histoire et leur tradition parlent d’elles-mêmes.
Après avoir assisté à l’épisode du hot-dog gonflable, le collègue Alexandre Gascon m’a montré des images d’une course de types enfermés dans des toilettes portatives! C’est un recruteur de la Ligue nationale de hockey, qui, abasourdi, avait assisté à cette promotion à Saint-Jean il y a quelques semaines à l’occasion d’un match de la Ligue de hockey junior Maritimes Québec.
Au train où vont les choses, il ne serait nullement étonnant de voir cette nouvelle attraction débarquer au Centre Bell.
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