Un vortex polaire va nous plonger dans une vague de froid historique ces prochains jours ? On a vérifié l’info

C’est peut-être apparu sur vos réseaux sociaux. Des publications massivement relayées, qui attirent l’œil et arrêtent notre envie de scroller. Avec des superlatifs qui peuvent inquiéter au premier abord : "hiver glacial", "vague de froid exceptionnelle, historique et particulièrement précoce." L’origine ? Un vortex polaire perturbé, qui pourrait complètement "bousculer" la météo.
Ce type de publications commencent généralement avec des phrases fortes ponctuées d’émojis alarmants : "ALERTE MÉTÉO : UN PHÉNOMÈNE ATMOSPHÉRIQUE EXCEPTIONNEL SURVEILLÉ DÉBUT NOVEMBRE…
LA MÉTÉO POURRAIT ÊTRE BOUSCULÉE !
"
Ça fait… froid dans le dos.. Alors va-t-on vraiment plonger dans un froid glacial à cause du vortex polaire ? Pour y voir plus clair, faisons un petit vrai ou faux, c’est parti !
Cette publication sur les réseaux sociaux suggère que le décrochage du vortex polaire pourrait provoquer une terrible vague de froid ce week-end. Mais qu’en est-il vraiment ? © Capture d’écran Facebook
Y a-t-il vraiment un vortex polaire ?
Commençons par le début : ce fameux vortex polaire. Si l’on en croit ces publications, il s’est formé dans la stratosphère et est historiquement précoce. Alors, vrai ou faux ?
Et bien, c’est vrai ! Qu’il y ait un vortex polaire est tout à fait normal : cette immense bulle d’air froid située sur le Pôle Nord revient chaque automne dans la stratosphère. "Le vortex polaire a une saisonnalité", détaille Xavier Fettweis, climatologue à l’ULiège. "Il naît au mois d’octobre et puis il va mourir au printemps prochain. Au tout début de sa vie, il est encore très faible et il va commencer à prendre de la maturité pour arriver à un pic en décembre, janvier, février. C’est à ce moment-là que le vortex polaire va influencer la météo."
© RTBF
Un phénomène historiquement précoce ?
Ce vortex polaire peut être parfois déformé, perturbé. "Ce sont des processus naturels", affirme Fabien Debal, météorologiste principal à l’Institut Royal Météorologique (IRM). "Donc il est parfois amené à se scinder ou à se déplacer ou à ralentir, sa circulation peut même s’inverser. Ces perturbations dans la stratosphère peuvent ensuite se propager vers l’atmosphère plus basse dans laquelle nous vivons. Et là, à ce moment-là, provoquer des vagues de froid, par exemple. Mais ce n’est pas systématiquement le cas."
Alors, comme on peut le lire dans ces publications, le vortex polaire vit-il une perturbation "historiquement précoce"? Là aussi, c’est vrai. "Les prévisions envisagent effectivement une perturbation importante de ce vortex polaire, avec une fiabilité assez importante, donc il est très probable que cela va se produire dans les prochains jours. C’est très précoce en effet, puisque l’événement le plus précoce était autour du 28 novembre 1968 très exactement. Ici nous sommes début novembre, donc c’est très précoce, c’est vrai", nous confirme Fabian Debal.
Ça nous fait une belle jambe. Un vortex polaire historiquement précoce… avec quelles conséquences chez nous, alors ?
Voici un exemple d’un vortex polaire en janvier 2019. © NASA
Il va faire glacial très prochainement, alors ?
Va-t-on vivre dans les prochains jours une vague de froid due à cette déformation du vortex polaire ? Là… c’est faux ! Déjà, car il faut plusieurs semaines pour sentir les effets de cette perturbation du vortex polaire. Et ensuite, car il n’y a aucune certitude sur les zones où une potentielle vague de froid pourrait se faire sentir.
"Ce n’est pas certain", confirme Fabian Debal. " La perturbation à basse altitude peut très bien intervenir dans d’autres régions du monde, comme l’Amérique du Nord ou d’autres parties de l’hémisphère nord. […] Et s’il y a un impact à plus basse altitude, il pourrait alors se produire plutôt vers le début du mois de décembre, par exemple, donc plusieurs semaines après le début de la perturbation dans la stratosphère."
Et si le thermomètre va effectivement descendre prochainement, cela n’a pas de lien direct avec le vortex polaire. "On associe le froid qui arrive ces prochains jours comme un froid exceptionnel. Ce n’est pas du tout le cas", nous explique le climatologue Xavier Fettweis. "Ça m’a fait rire. C’est juste un temps de saison. Au mois de novembre, on a oublié qu’il peut geler, mais c’est tout à fait normal. Sur les réseaux sociaux, tout le monde associe ce froid à un vortex polaire qui serait en train de se désagréger et qui amènerait de l’air très froid ici, ce qui n’est pas du tout le cas."
"On exagère chaque hiver"
Pour ces deux spécialistes, ce type de publications sur les réseaux sociaux cherchent avant tout à susciter des réactions, du clic, en oubliant parfois la nuance. "Nous voyons de temps en temps ce genre d’annonces plus sensationnelles ou des hivers du siècle qui sont parfois annoncés", confie Fabian Debal. "Mais nous, en tant que météorologistes, nous nous référons à ce que la science produit, à ce que les techniques mises au point avec des approches scientifiques produisent. Et donc, ces méthodes amènent des conclusions souvent beaucoup plus nuancées quant à l’évolution induite par une perturbation du vortex polaire comme celle qui est en train de s’amorcer."
Même sentiment chez Xavier Fettweis. "Sur les réseaux sociaux, on exagère chaque hiver, on prédit l’hiver du siècle et en fait il n’y a rien qui se passe. Le réchauffement climatique domine le signal et nos hivers sont de plus en plus doux. […] A priori, cet hiver-ci va être très chaud et très doux et très humide. Il n’est pas prévu de découler d’air froid comme on mentionne dans les réseaux sociaux."
Bref, ne sortez pas encore vos luges… Et méfiez davantage des messages trop alarmistes que du vortex polaire…
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