Niveler vers le bas en matière de climat
Parlez-en en bien, parlez-en en mal, comme le veut la maxime ? Dans le cas de l’environnement, à bien y penser, il serait finalement préférable que les partis s’abstiennent tout simplement d’en causer. Car lorsqu’il n’est pas carrément passé sous silence dans cette campagne électorale, pire encore, l’enjeu climatique donne lieu à de regrettables promesses de reculs.
Pour une lutte qui se joue pourtant jusqu’ici notamment sur le thème de la réduction des dépenses de l’État québécois, les partis en lice semblent oublier un peu trop facilement les coûts bien réels, et immédiats, des dérèglements du climat.
Laissant leurs convictions voguer au gré des sondages, les aspirants premiers ministres ont fait le choix d’expédier dans la plus grande discrétion le dévoilement de leur plan climatique avant le déclenchement des élections — comme Paul St-Pierre Plamondon, au Parti québécois (PQ) — ou de le reléguer à la deuxième moitié de la joute — comme le promet Ruba Ghazal, de Québec solidaire —, pour se dédouaner de n’en avoir à peu près pas dit mot en 20 jours de points de presse quotidiens.
Si même la conscience écologiste de l’arène politique modère ses cibles et n’ose pas trop marteler l’urgence de l’action climatique, c’est dire à quel point cette question a dégringolé dans l’échelle des priorités.
L’environnement ne représente en effet l’un des principaux défis de l’heure qu’aux yeux de 11 % des électeurs québécois, figurant au 11e rang parmi 14 enjeux ayant fait l’objet d’un sondage réalisé par Synopsis. Qu’en serait-il toutefois si la question était posée autrement, comme le soulève d’ailleurs notre Club des électeurs ? Et si ces mêmes citoyens se voyaient rappeler le coût simultané de l’inaction climatique sur leurs préoccupations premières que sont le système de santé (sursollicité en temps de canicule et d’air enfumé par des feux de forêt) et le coût de la vie (plombé par d’onéreux dégâts causés par des inondations ou au gré de sécheresses alimentant les flambées de prix à l’épicerie) ?
Si capital l’avenir économique et commercial du Québec soit-il sous la menace posée par le voisin américain, le sort du climat l’est tout autant. Que les différents partis se laissent aveugler par leur myopie électorale ne freinera rien. Et n’effacera pas davantage les répercussions financières qui guettent le Québec, bien au contraire.
Un coût vécu et connu — 2,8 milliards de dollars en pertes assurées au Québec à la suite de la tempête Debby ; 1,2 milliard en frais d’hospitalisation et de visite à l’urgence en une semaine de feux de forêt en Ontario l’année d’avant, recense l’Institut climatique du Canada. Une facture projetée de surcroît documentée — les taux d’hospitalisation lors de grandes chaleurs pourraient augmenter de 21 % d’ici 2050, les dommages causés aux réseaux de transmission électrique plus que doubler, ceux causés aux routes et aux voies ferrées s’accroître de 5,4 milliards de dollars par an à l’échelle canadienne.
Ne rien dire ni rien faire aujourd’hui, pour ménager les électeurs, ne viendra qu’alourdir cette facture de demain. Or, que trouvent à faire les aspirants premiers ministres ? Au mieux, se contenter, comme le Parti libéral du Québec, d’indispensables investissements en transport en commun. Au pire, promettre des reculs en tous genres.
Le plan climatique du PQ, qui comporte diverses mesures pourtant structurantes, vient d’être neutralisé par sa promesse de baisse du prix de l’essence doublement bancale — récompensant les plus gros pollueurs en réduisant de moitié la TVQ tout en distribuant un chèque aux moins nantis nonobstant leur consommation de carburant. La Coalition avenir Québec s’entête à maintenir le gel des tarifs résidentiels d’Hydro-Québec, sans égard pour l’inéluctable besoin de sobriété énergétique. Tandis que le chef conservateur manifeste encore et toujours contre le tramway de Québec. Ces deux derniers partis ouvrent par ailleurs la porte au gaz de schiste.
Des années d’inaction environnementale ont beau avoir limité pour chacun le réalisme d’éventuelles futures ambitions, voilà que la volonté même d’encourager le changement de comportement citoyen est désormais remisée. L’alarmisme a certes exacerbé au fil des ans l’anxiété généralisée, mais un fossé sépare catastrophisme et flagrant déni.
Céder ainsi à la fatigue climatique ne laisse pas moins présager un cauchemar à venir. En témoigne le Rapport sur le climat changeant d’Environnement Canada, publié lui aussi en catimini, qui réitérait que ces dérèglements climatiques « sont essentiellement irréversibles ». Et qu’ils entraîneront avec eux une hausse des températures et des précipitations, avec leur lot de phénomènes extrêmes en sus.
Au fédéral, le premier ministre et ex-banquier vert Mark Carney s’est converti à l’or noir, faisant la part belle à l’exploitation des hydrocarbures tout en battant en retraite et en reculs surprises en matière de réglementation environnementale. Peut-être faut-il rappeler aux aspirants premiers ministres, qui se targuent tous d’être le ou la plus nationaliste ces jours-ci, que le Québec n’est pas condamné à le suivre…
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.