Pourquoi 2027 sera l'année la plus chaude jamais enregistrée

Canicules en série, ruptures de glaciers, inondations à grande échelle... 2026 va s'achever dans trois mois et, au niveau scientifique, cette année marquera le franchissement d'un nouveau palier climatique. Pour autant, malgré de nombreux excès de chaleur, il est peu probable que 2026 devienne la nouvelle année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde. Cette place est pour l'instant détenue par 2024, avec un niveau de réchauffement de +1,55 à +1,60 °C en moyenne globale comparé à la période pré-industrielle.
De janvier à septembre 2026, la température mondiale se classe au deuxième rang des périodes janvier-septembre les plus chaudes, derrière 2024, selon la NOAA, l'agence météorologique des États-Unis. Rien n'est certain pour la suite et tout va donc dépendre du niveau de réchauffement des trois derniers mois de l'année.
Une accumulation de chaleur additionnelle entre le printemps et l'été 2027
Et si l'évolution du réchauffement climatique liée à l'activité humaine est plutôt bien cernée par les climatologues, c'est plutôt l'évolution du réchauffement additionnel lié à un autre phénomène qui peut encore nous surprendre : El Niño, une phase climatique qui se caractérise par une eau de surface plus chaude que la moyenne au niveau de l'océan Pacifique équatorial.
Cette simple anomalie de température dans l'eau du Pacifique, installée depuis juin dernier, a ensuite des conséquences sur la météo mondiale pendant environ un an, voire plus. El Niño a des effets variés dans le monde, mais son « gros problème » est qu'il a tendance à ajouter de la chaleur supplémentaire dans l'atmosphère, ce dont nous n'avons vraiment pas besoin. El Niño s'intensifie actuellement de manière exceptionnelle, mais son pouvoir réchauffant prend du temps à s'installer dans l'atmosphère : son effet le plus fort intervient en général un an après son déclenchement. Cela pourrait donc avoir lieu entre le printemps et l'été 2027.
— Ben Noll (@BenNollWeather) October 14, 2026The central equatorial Pacific is experiencing its *strongest westerly wind burst* of this entire El Niño event — the 13th distinct burst across the wider Pacific this year.
It should help push Niño 3.4 temperatures toward 4°C above average by late November. pic.twitter.com/EBrloUc9yF
Selon Carbon Brief, 2026 devrait rester la deuxième année la plus chaude (derrière 2024), avec une température d'environ +1,51 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Une analyse du Washington Post, qui s'appuie sur des données de la NOAA et de Copernicus, estime à 95 % la probabilité que 2027 devienne la nouvelle année la plus chaude jamais enregistrée. Il ne s'agit pas d'une prévision, mais d'une estimation, en d'autres termes, d'un scénario probable, mais pas certain.
Le climat de notre Terre se réchauffe. Celui de notre Europe, plus vite que d’autres. Voilà pour le constat. Reste à comprendre le pourquoi.... Lire la suite
D'une manière générale, l'année qui suit le déclenchement d'une phase El Niño intense tend à établir un nouveau record mondial de température. Carbon Brief prévoit que le niveau de réchauffement atteigne +1,7 °C au-dessus de celui de 1850-1900. Les conséquences, sur la fonte des glaces, sur le renforcement des vagues de chaleur de l'été, ainsi que sur les différentes sécheresses régionales et l'aggravation de certains systèmes pluvieux, seraient majeures. Mais là aussi, rien de certain, car ce qui se passe dans l'atmosphère dépend aussi d'autres facteurs (les éruptions volcaniques, les autres phases climatiques du monde, par exemple).
Des signaux d'alerte qui pousseront à un véritable progrès dans la lutte contre le réchauffement ?
Les raisons du déclenchement d'un super El Niño ne sont pas toute connues, mais comme le précise la Secrétaire générale de l'OMM (Organisation météorologique mondiale), Celeste Saulo, « El Niño n'ajoute pas de chaleur supplémentaire à la planète. Il libère la chaleur que l'océan emmagasine déjà sous sa surface », or « l'océan dont il tire cette chaleur est plus chaud que jamais. Il y a tout simplement plus de chaleur disponible pour être libérée ».
Le 13 octobre, la température de surface de la mer a franchi la barre des 30 °C pour la troisième fois et se situe désormais à +3,3 °C de la moyenne de référence 1991-2020. Il s'agit du 22e jour consécutif où la température dépasse le précédent record absolu de 29,815 °C, établi le 17 novembre 2015, comme le montre le graphique ci-dessous.
— Prof. Eliot Jacobson (@EliotJacobson) October 14, 2026The preliminary Niño 3.4 sea-surface temperature for October 13 just broke 30°C for the third time, and is now 3.3°C above the 1991-2020 baseline.
This marks the 22nd consecutive daily temperature above the previous all-time record high of 29.815°C. set on Nov. 17, 2015. pic.twitter.com/HAiv769WwX
Si 2027 devenait effectivement l'année la plus chaude jamais enregistrée, cela pourrait-il enfin provoquer un déclic dans nos sociétés ? Car au-delà des records et des prévisions scientifiques, la véritable question est celle de notre capacité à transformer cette accumulation de signaux d'alerte en décisions concrètes. Cependant, les signaux ont déjà été nombreux ces dernières années et rien ne garantit qu'un nouveau seuil de chaleur suffira à faire évoluer les consciences, mais surtout les politiques.
Mais si 2027 franchit réellement ce nouveau seuil, il faudra espérer que l'humanité, portée par les grands dirigeants du monde, décidera de passer du simple constat à un véritable progrès collectif.
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