«Américain du Nord français»: Dom Babin, un p’tit gars de chez nous
L’humoriste Dom Babin est d’origine gaspésienne, mais il a grandi à Rimouski. Aujourd’hui, à 27 ans, il habite Montréal depuis six ans, plus précisément le quartier Côte-des-Neiges. « J’appartiens un peu à tous ces endroits, explique celui qui a obtenu son diplôme de l’École nationale de l’humour en 2022. Cela dit, je suis d’abord et avant tout un gars du Bas-du-Fleuve, un petit gars de par chez nous. Comme le veut l’expression, la maison est là où se trouve le cœur. Le cœur, pour moi, c’est ma famille, c’est ce qu’il y a de plus important, c’est ce qui a bâti celui que je suis aujourd’hui. »
Après une brève carrière de magicien spécialisé dans les fêtes d’enfants et de bureau, Dom Babin se réoriente vers l’humour et soumet sa candidature, trois fois plutôt qu’une, à l’École nationale de l’humour. « La dernière fois, j’étais au Sri Lanka, raconte-t-il. J’étais dans une sorte de flou identitaire qui m’avait poussé à lâcher mes études et à voyager, mais je n’avais pas mis une croix sur mon rêve de faire du stand-up. Comme je n’avais aucune vidéo de moi sur scène, j’ai trouvé une soirée d’humour là-bas et j’ai demandé à y participer. J’ai traduit mon texte en anglais, je l’ai joué dans une salle de conférence, devant 30 personnes dont l’anglais n’était pas meilleur que le mien. Ils ont ri. Je ne sais pas si c’était par pitié, mais ils ont ri. J’ai filmé ça, je l’ai envoyé à l’École de l’humour, puis j’ai été retenu pour les auditions à Montréal. »
Être Québécois, qu’est-ce que ça signifie exactement ? C’est en s’éloignant de chez lui que le jeune humoriste, qui a visité une vingtaine de pays, parmi lesquels la Mongolie, l’Inde, l’Argentine, la Côte d’Ivoire et le Maroc, a commencé à trouver des réponses à cette question. « Tu peux en apprendre beaucoup sur le Québec en l’habitant et en le parcourant, mais, pour le comprendre véritablement, il faut que tu ailles voir ailleurs, il faut que tu prennes de la distance. Quitter le Québec, ça te fait réaliser l’unicité et la richesse de notre culture, ça t’ouvre des horizons sur ta propre identité, ça te permet de percevoir des nuances que tu n’imaginais pas avant. Le Québec, pour moi, c’est les gens qui y vivent, dans toutes les régions, c’est leur chaleur incomparable. »
Porte-voix
Suivi sur les réseaux sociaux par plus de 400 000 personnes, Dom Babin a acquis son importante renommée en publiant des vidéos soignées, des capsules délicieusement parodiques dans lesquelles il incarne une foule de personnages qui n’ont pas la langue dans leur poche : le gars de la construction, l’entraîneur de hockey, le propriétaire immobilier, la travailleuse sociale, le préposé aux bénéficiaires, le médecin, le pêcheur de crabes et, plus récemment, les chefs des partis politiques québécois. « Je m’assure chaque fois que je sais de quoi je parle, explique l’humoriste. Je fais un travail de recherche conséquent, parce que je ne veux surtout pas me contenter de reconduire des stéréotypes. »
Peu à peu, une vidéo à la fois, l’humoriste est en train de dresser un portrait du Québec contemporain. « Il y a tellement de gens qui crient à l’aide et qu’on n’écoute pas, clame Dom Babin. Alors que moi, le petit con qui fait des vidéos sur TikTok, on m’écoute. C’est pour ça que je me suis donné la mission de leur donner une voix, de rendre leurs différents points de vue accessibles au grand public. Que je pense comme eux ou non n’a pas vraiment d’importance, je me vois plutôt comme un intermédiaire. Je ne peux pas juste chialer, parce que les gens vont passer à la vidéo suivante. Le soir, dans ton lit, tu n’as pas envie de te faire chicaner. Ce qu’il faut faire, c’est prendre un fait et le transformer en blague, pour que ce soit à la fois informatif et drôle. »
Quand un groupe de professeurs ou d’infirmières vient le rencontrer après une représentation de son spectacle, l’humoriste mesure l’effet que ses vidéos peuvent avoir. « À ce moment-là, je vois clairement tout le bien que ça peut leur faire. » Mais, sur scène, Dom Babin n’utilise aucun personnage, aucun costume. « Je continue de parler du Québec et des Québécois, mais en partant de moi, de mon enfance, de mon histoire, de ma famille, de mes ancêtres, en somme de mon parcours d’Américain du Nord français. Au début, je pensais que le spectacle serait une délivrance pour moi, mais, après une centaine de dates en rodage, je réalise qu’il fait aussi du bien à ceux et celles qui y assistent. »
Carte de visite
Dom Babin a choisi, pour lui servir de guide, ou si vous préférez de metteur en scène, nul autre qu’Adib Alkhalidey. « Ce spectacle, c’est ma carte de visite, mon occasion de montrer aux gens qu’il y a une authenticité dans ce que je fais, une vulnérabilité qu’on ne peut pas vraiment voir dans mes vidéos. Adib est un être humain tellement intègre, c’était la personne idéale pour m’accompagner là-dedans. En fin de compte, je peux vous dire que j’ai rencontré un mentor, un modèle. Il m’a appris la véritable profondeur artistique, il m’a fait mûrir sur énormément de sujets, il a ouvert mes œillères. C’est une chance inégalée de travailler avec lui. »
Dans une langue riche et imagée, un ton se permettant de flirter avec le conte et la poésie, Dom Babin aborde des contradictions bien québécoises. Vous savez, ce troublant mélange de honte et de fierté, de peur et de courage, de tradition et de modernité ? « Les Québécois ont réussi, tout en accédant au confort qu’on connaît aujourd’hui, à conserver leurs valeurs “de pauvres”, c’est-à-dire leur résilience, leur solidarité, leur générosité, leur humilité. Selon moi, c’est ce qui fait du Québec une société formidable. Sur scène, j’essaie de garder une impartialité, mais je pense que l’émotion fait en sorte qu’on peut comprendre que je suis, disons, un peu souverainiste. »
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