Tueuse condamnée à 18 ans de pénitencier | Le meurtre d’une femme de 81 ans a failli être classé comme un accident

Une femme a été condamnée jeudi à 18 ans de pénitencier pour s’être « acharnée » sur une femme âgée avec trois couteaux. Ce meurtre « odieux » a d’abord été classé comme un accident par les autorités. Un « mystère », s’étonne la juge, qui a souligné la persévérance de la nièce de la victime.
Publié à
« Sans elle, il n’y aurait eu aucune enquête policière. Le corps de Madame aurait été incinéré et il n’aurait jamais eu d’autopsie. Ce crime odieux aurait été relégué au rang de simple accident », a affirmé la juge Hélène Di Salvo jeudi au palais de justice de Montréal.
Élyse Quenneville-Proulx, 38 ans, a plaidé coupable en août dernier à une accusation d’homicide involontaire. La peine de 18 ans d’incarcération était une suggestion commune des parties.
Le 20 octobre 2022, Élyse Quenneville-Proulx est admise en ambulance à l’hôpital Santa Cabrini. Elle sort aussitôt de l’hôpital, recouverte d’une couverture rouge. Ce jour-là, elle présente des symptômes psychotiques après avoir consommé de la drogue.
Quelques heures plus tard, Élyse Quenneville-Proulx s’introduit dans la chambre de Rollande Ducharme, une femme de 81 ans en pleine forme, qui habite au rez-de-chaussée d’une résidence privée pour aînés (RPA) du quartier Rosemont, à Montréal. La tueuse « s’acharne » sur sa victime avec trois couteaux.
Rollande Ducharme est retrouvée morte deux jours plus tard. Les policiers, les ambulanciers et le médecin concluent à un décès accidentel, causé par une chute sur la table de chevet. Une enquête policière n’est pas nécessaire, selon le coroner.
Rollande Ducharme a pourtant été poignardée à 34 reprises, dont plusieurs fois au visage et au cou, révélera l’autopsie. Du « jamais vu », insiste la juge Di Salvo.
« Il est difficile d’expliquer comment un médecin, deux ambulanciers et deux policiers présents sur la scène de crime pendant des heures ont pu conclure à un accident. La victime est au sol, recroquevillée sur elle-même, ensanglantée, des plaies apparentes à la tête et au visage, des plaies de défense aux deux mains, du sang sur les murs, un coffre-fort ouvert, le combiné de téléphone arraché », énumère la juge.
« Que l’on puisse conclure à un accident demeure encore un mystère. Sans la présence d’esprit de Mme Perreault et sa persévérance, nous ne serions pas ici aujourd’hui », poursuit la magistrate.
PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE
La porte-patio (à gauche) de l’appartement de Rollande Ducharme devant laquelle une gerbe de fleurs avait été déposée après sa mort, en 2022
À cette occasion, Élyse Quenneville-Proulx, dans le box, se tourne vers Édith Perreault, assise au premier rang.
Édith Perreault ne s’est pas arrêtée au constat des autorités. Le lendemain, elle a enfilé des gants et a filmé ses démarches en pénétrant dans l’appartement de sa tante. Plusieurs détails clochaient sur la scène, dont des canettes de bière dans le lavabo, un miroir ensanglanté au sol et le fil du téléphone coupé.
À ce sujet, le Bureau du coroner a indiqué à La Presse que le coroner ne « disposait pas de l’ensemble des informations pertinentes » au début de son enquête.
Cinq jours après l’homicide, le coroner demande de relancer l’enquête après avoir discuté avec la nièce.
« Il est important de souligner qu’à partir du début de l’enquête policière, les enquêteurs du [Service de police de la Ville de Montréal] n’ont rien laissé au hasard, ce qui a permis de faire la lumière sur cette triste affaire », a précisé la juge.
Risque élevé de récidive
La juge Di Salvo a retenu le plaidoyer de culpabilité de la délinquante comme seul facteur atténuant. Les facteurs aggravants sont toutefois nombreux : la vulnérabilité de la victime, l’introduction par effraction, la gratuité du crime, le nombre de coups et les conséquences sur la famille.
De plus, Élyse Quenneville-Proulx présente un risque élevé de récidive.
L’épisode psychotique d’Élyse Quenneville-Proulx découle de sa consommation de drogue. La psychose induite n’ouvre pas la porte à une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de trouble mental.
Selon la juge, la délinquante connaissait très bien les conséquences de sa consommation de drogue, puisqu’elle a souvent été hospitalisée pour cette raison en psychiatrie.
En mêlée de presse, l’avocat de la défense, Me Patrick Davis, a déploré que la juge n’ait pas souligné le « laxisme » du système médical. Car si l’hôpital Santa Cabrini avait pris en charge sa cliente, la victime ne serait possiblement pas morte, selon Me Davis.
« On ne l’a pas traitée, et on l’a laissée quitter l’établissement sans surveillance alors qu’elle est entrée sur une civière attachée. […] Personne ne s’est occupé d’elle alors qu’elle était en situation de crise, en psychose ! Elle avait été récupérée sur la rue, en délire », s’est-il insurgé.
Il reste 12 ans et deux mois à la peine d’Élyse Quenneville-Proulx, détenue depuis quatre ans.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.