Investir dans la prévention pour réduire les coûts des soins de santé ? "La remarque de Défi est tout à fait pertinente", reconnaît le MR

Parmi les mesures sur la table du gouvernement pour tenter de finaliser le budget fédéral, on retrouvait notamment l’augmentation du ticket modérateur (c’est-à-dire la somme à charge du patient après une visite chez le médecin), la remise au travail de 100.000 des 576.643 malades de longue durée, la modification des critères d’obtention du statut BIM (bénéficiaire d’une intervention majorée), l’abaissement des plafonds de revenus applicables à la Grapa (Garantie de revenus aux personnes âgées) ou encore la soumission des mutuelles à l’impôt des sociétés sur les assurances non obligatoires.
En cas d’accord, les soins de santé supporteraient ainsi près d’un tiers de l’effort demandé pour mettre de côté 10 milliards d'euros d'ici 2029.
"Un tiers de l’effort, ce n’est pas équitable", réagissait le député fédéral Ismaël Nuino (Les Engagés) sur le plateau de "QR le débat". "Quand on dit qu’on doit économiser 10 milliards d’euros et qu’on en a déjà économisé 33 milliards, on ne peut pas dire qu’un département aura un collier d’immunité. On sait que dans les hôpitaux, certains médecins prescrivent parfois trop d’examens médicaux qui sont coûteux. Inévitablement, on peut faire des économies à ce sujet. Mais il y a une différence entre faire des économies et mettre un quota sur des gens qui pourraient faire des examens alors qu’ils sont malades de manière chronique. On peut faire des économies, mais ça ne peut pas être un tiers ou plus de l’économie globale".
Plus de mal que de bien ?
Mais tous les partis ne sont pas favorables à l’idée de réduire les budgets de la Santé.
"Je ne comprends pas que Les Engagés acceptent aujourd’hui qu’on aille faire des économies dans les soins de santé", réagit Sofie Merckx, la cheffe de groupe PTB à la Chambre. "C’est une très mauvaise idée. Je suis médecin généraliste. Les gens ne viennent pas dans la salle d’attente d’un médecin pour se faire plaisir, mais parce qu’ils sont malades. Il y a encore eu une étude il y a quelques mois de l’INAMI qui a démontré que si on augmente le prix du médecin généraliste comme cela a été évoqué à 10 € par exemple, les gens vont éviter d’aller chez le médecin généraliste, ils tomberont plus malades ou iront davantage à l’hôpital où c’est plus cher. C’est donc une économie à court terme, mais pas à long terme".
Investir davantage dans la prévention
Du côté de Défi, l’idée n’est pas d’économiser mais au contraire d’investir… dans la prévention. "On a une situation très polarisée entre une gauche qui parle de nouveaux impôts et une droite qui veut réduire les services publics. Nous, on pense qu’il y a une troisième voie, c’est celle de l’économie par l’efficacité. Dans les soins de santé, ça veut dire opérer une révolution de la prévention", déclare le député fédéral François De Smet.
"En Belgique, on a d’excellents soins de santé, mais on passe beaucoup de temps et on dépense beaucoup d’argent à soigner des maladies que l’on pourrait éviter parce qu’on n’a pas de culture de la prévention. On investit moins de 2% en termes de prévention dans les soins de santé alors que tous les autres pays qui nous entourent en Europe sont au moins à 4%. Selon nous, investir dans la prévention permettrait d’économiser près de 2 milliards à la fin de la législature, et 3 milliards par an une fois que le rythme de croisière est atteint. C’est tout à fait faisable sans réforme de l’Etat avec un simple accord de coopération".
"La remarque de François De Smet est totalement pertinente", reconnaît le chef de groupe MR à la Chambre, Benoît Piedboeuf. "C’est vrai que c’est là qu’on doit investir prioritairement. François De Smet dit qu’un accord de coopération suffirait, c’est vrai que quand on a eu une réforme de l’Etat, on a dit que la prévention relevait des Régions. Elle fonctionne plutôt bien en Flandre et pas assez en partie francophone. L’une des idées était la refédéralisation". Une suggestion évoquée à de multiples reprises, notamment en 2018 par Maggie De Block (Open Vld).
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