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Monday, October 26, 2026

Notre modèle économique détruit la planète, préviennent des experts de la protection de la nature

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Des sommités mondiales de la protection de l’environnement profitent de la tenue de la conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP17) pour lancer un appel à changer de modèle économique afin de délaisser le dogme de la croissance éternelle, qui aurait démontré ses effets destructeurs pour la vie sur terre.

« Il faut prendre acte du fait que nos économies et nos systèmes financiers provoquent la destruction de la nature au lieu de travailler avec elle », résume la secrétaire exécutive du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) de l’ONU, Astrid Schomaker, en entrevue au Devoir.

Cette dernière a donc collaboré au lancement de l’initiative nommée « B-Économie », qui a eu lieu lundi dans la capitale arménienne, Erevan, où se déroulent les négociations de la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal, adopté en 2022.

Ce projet mené par la Société pour la nature et les parcs du Québec (SNAP Québec) « vise à transformer le système économique afin qu’il soit ancré dans des valeurs compatibles » avec une vie « en harmonie » avec la nature, dont nous dépendons au quotidien. Bref, mettre en œuvre un modèle « qui ne repose pas sur une croissance continue ».

« Au cœur du changement transformateur réside un changement de valeurs. Nous devons passer de l’abondance illimitée à la suffisance, de la surexploitation à la réciprocité, de la performance à la robustesse. Il n’y a pas de Planète B, mais une B-Économie est possible », explique le directeur de la SNAP Québec, Alain Branchaud.

« Les décisions politiques actuelles sont prises pour répondre à l’obligation d’avoir une croissance économique. Résultat : on a par exemple un gouvernement canadien qui injecte des milliards de dollars pour la protection de la nature, mais qui est prêt en même temps à contourner les lois environnementales pour autoriser et financer des projets destructeurs de l’environnement. Notre modèle économique nécessite ce genre de décisions incohérentes », ajoute-t-il.

L’objectif de l’initiative « B-Économie » est donc de « créer un mouvement » impliquant la société civile, mais aussi les décideurs politiques et les entreprises afin que « la réflexion progresse », souligne M. Branchaud. « On ne veut pas seulement y réfléchir tous les deux ans », lors des COP sur la biodiversité.

Mme Schomaker, qui pilote les négociations des 196 Parties (195 États et l’Union européenne) lors de la COP17, interpelle d’ailleurs les gouvernements et les entreprises avec le même message : « Notre système de production et de consommation semble croire que notre planète a des ressources infinies. Et plus nous allons continuer avec ce système, en exploitant davantage de ressources, par exemple des ressources minières, au lieu de nous retourner vers un système qui réutilise les ressources, et qui est donc plus circulaire, plus nous allons nuire à la planète. »

Un avis que partage le président de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), David Obura. « Il est très important de remettre en question notre modèle économique lorsqu’on parle de protection de la biodiversité, parce qu’il est impossible, sur une planète avec des ressources qui ne sont pas illimitées, d’avoir une croissance illimitée. Nous devons donc discuter des limites de ce que la nature peut fournir », explique-t-il en entrevue au Devoir.

M. Obura, qui préside un organisme qualifié de « GIEC de la biodiversité », cite comme exemple les impacts dévastateurs de l’activité humaine sur les récifs coralliens. Ces écosystèmes essentiels pour plus de 30 % de la vie marine sont menacés d’extinction d’ici 50 ans, en raison des impacts combinés des dérèglements climatiques, de la surexploitation et de la pollution.

Il souligne aussi que la déforestation, notamment des forêts tropicales très riches en biodiversité, découle directement de l’appétit insatiable de l’humanité pour les ressources naturelles, tout comme la surpêche, l’agriculture industrielle et l’exploitation minière jusque dans les fonds marins.

Cette logique conduit, année après année, à dépasser les limites planétaires. À l’heure actuelle, à l’échelle mondiale, il faudrait 1,7 planète pour suffire à nos besoins, selon les calculs réalisés par l’ONG Global Footprint Network afin de déterminer le « Jour du dépassement », soit le jour de l’année où l’humanité vit « à crédit » sur les ressources que la planète peut fournir en un an.

Les Québécois s’inscrivent d’ailleurs dans ce modèle de surconsommation des ressources, selon une étude publiée en 2024 par Recyc-Québec. Dans l’ensemble, le Québec est responsable d’« une importante empreinte matérielle » de 271 millions de tonnes de ressources par année, soit 32 tonnes par habitant, « ce qui dépasse largement la moyenne à l’échelle mondiale ».

Cette réalité découle, selon l’étude, du fait que « la province a un niveau de circularité relativement faible » puisqu’à peine 3,5 % de l’économie sont considérés comme étant circulaires, donc liés à un système de production de consommation visant à optimiser l’utilisation des ressources à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou d’un service. La moyenne mondiale est de 7,2 %.

Résultat : le Québec « transgresse les limites de sécurité liées à trois impacts environnementaux, soit le changement climatique, l’eutrophisation en milieu marin et l’utilisation de l’eau douce ».

Professeur au Département de management à HEC Montréal, Yves-Marie Abraham estime que nos « sociétés de croissance » nous conduisent inévitablement à un désastre, à moins de prendre acte des constats de la science. « Il faut cesser de détruire des habitats naturels, de polluer, de mener des espèces à l’extinction, de surexploiter, etc. C’est une réalité qui nous conduit assez rapidement à remettre en question la croissance. »

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