Les réseaux sociaux liés à une moins bonne santé mentale chez les ados, selon une étude

Le fait de passer davantage de temps sur les réseaux sociaux est associé à un plus grand sentiment d'anxiété, de dépression et d'isolement chez les adolescents canadiens, montre une étude à laquelle a participé une chercheuse québécoise.
Les résultats ne permettent pas toutefois d'établir de lien de causalité, puisqu'ils sont basés sur des données observationnelles et non expérimentales, précise l'étude. Par ailleurs, les résultats de l'étude indiquent que l'usage des réseaux sociaux pourrait constituer un facteur de risque d’inégalités en matière de santé mentale entre les groupes de genre
, concluent les chercheurs.
On a voulu voir si ces associations-là varient en fonction du genre, a expliqué la professeure Anne-Marie Turcotte-Tremblay, de l'Université Laval. Donc, est-ce que les associations entre le temps passé sur les réseaux sociaux et la santé mentale vont varier en fonction de si le jeune ou l'adolescent est une fille cis[genre], un garçon cis[genre] ou un adolescent transgenre?
Les chercheurs ont analysé deux vastes échantillons d’adolescents âgés de 12 à 18 ans : l’un comprenant plus de 58 000 adolescents pour l’année scolaire 2021-2022, et l’autre près de 45 000 adolescents pour l’année scolaire 2022-2023. Les chercheurs ont également suivi près de 27 000 de ces mêmes adolescents d’une année à l’autre, a-t-on expliqué par voie de communiqué.
Les échantillons provenaient d'un projet de recherche à grande échelle qui collecte des données sur la santé et le comportement dans les établissements scolaires du Québec, de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de l’Ontario et de l’Île-du-Prince-Édouard.
Cela en fait possiblement, selon les auteurs, la plus vaste étude à avoir examiné l’effet modérateur potentiel du genre (y compris la transidentité et la diversité de genre) sur la relation entre les médias sociaux et la santé mentale chez les adolescents.
Les chercheurs ont examiné le temps que les jeunes passaient chaque jour à parcourir les réseaux sociaux, poursuit le communiqué, et si ce temps avait augmenté ou diminué au cours de l’année. Ils ont mesuré leurs niveaux d’anxiété, de dépression et de bien-être général, ainsi que leur capacité à gérer leurs émotions et à s’entendre avec les autres.
Les adolescents qui passent plus de temps sur les réseaux sociaux sont moins épanouis, ils ont une moins bonne régulation émotionnelle et ils ont moins de relations interpersonnelles [...] On a aussi constaté que les adolescents qui passent plus de temps sur les réseaux sociaux ont plus de symptômes d'anxiété et plus de symptômes de dépression.
De plus, poursuit-elle, quand on examine l'évolution d'une année à l'autre, on voit que les jeunes qui passent plus de temps par jour sur les réseaux sociaux sur une période d'un an vont également avoir plus de symptômes de dépression et plus de symptômes d'anxiété
.
Les résultats ont montré qu’une heure supplémentaire d’utilisation quotidienne d’un appareil était associée à un risque accru de 15 % de souffrir d’une dépression modérée à sévère, ainsi qu’à une probabilité accrue de 12 à 13 % de présenter des niveaux d’anxiété similaires.
C'est vraiment une force de l'étude de montrer comment l'évolution à travers une période d'une année est associée à des indicateurs de santé mentale défavorables
, a estimé la professeure Turcotte-Tremblay. De plus, disent les auteurs, le genre s'est révélé être un modérateur significatif des associations entre le temps passé sur les réseaux sociaux et la santé mentale dans l'analyse transversale
.
Les participants du groupe filles cisgenres ont présenté des associations significativement plus défavorables entre le temps passé sur les réseaux sociaux et la santé mentale par rapport aux groupes garçons cisgenres et transgenres/de genre divers dans tous les modèles transversaux
, rapportent-ils.
Lorsqu'une adolescente interagit avec du contenu qui est lié à l'apparence physique, aux régimes, à de l'anxiété ou à d'autres préoccupations, l'algorithme pourra lui recommander davantage de contenu similaire, ce qui pourra venir amplifier une vulnérabilité ou des préoccupations existantes, a expliqué Mme Turcotte-Tremblay.
Les filles vont être exposées à certaines formes de comparaisons sociales sur les réseaux sociaux, notamment autour de l'apparence physique, la popularité, les relations sociales, a-t-elle ajouté. Les plateformes des réseaux sociaux rendent ces comparaisons sociales particulièrement faciles et constantes, et on sait que ces pressions sociales liées à l'apparence physique touchent particulièrement les filles dans notre société.
Les auteurs de l'étude rappellent également qu'il existe des preuves indiquant que les filles pourraient utiliser les réseaux sociaux de manière plus intensive que les garçons.
En revanche, précisent-ils, le genre n'a pas modéré de manière significative les associations entre la variation du temps passé sur les réseaux sociaux et la santé mentale sur une période d'un an
. En d'autres mots, l’augmentation de l’utilisation des réseaux sociaux d’une année à l’autre était prédictive d’une détérioration de la santé mentale chez tous les adolescents, et aucune différence entre les sexes n’a été observée.
On a fait un pas dans la bonne direction avec l'interdiction des cellulaires dans les écoles parce que ça permet de protéger nos jeunes au moins pendant les heures d'école, a conclu la professeure Turcotte-Tremblay. Mais là, je pense que c'est le temps aussi de réfléchir au temps passé sur les réseaux sociaux à l'extérieur des heures d'école.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le Journal of Adolescence.
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