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Thursday, October 8, 2026

Affaire Driscoll’s | Les inspecteurs de l’ACIA inquiets

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Les inspecteurs de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) sonnent l’alarme. Dans la foulée de l’affaire Driscoll’s, le Syndicat de l’Agriculture soutient que les Canadiens devraient s’inquiéter de la salubrité des aliments importés des États-Unis, et accuse le gouvernement Carney de ne pas agir à cet égard.

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L’affaire Driscoll’s a pour origine une poursuite déposée en Californie par un ancien responsable de la sécurité alimentaire et de la conformité réglementaire pour les États-Unis et le Canada chez Driscoll’s, à l’endroit de son ancien employeur. David Harada y allègue que Driscoll’s aurait sciemment expédié au Canada 3,37 millions de barquettes de petits fruits dépassant les limites maximales de résidus (LMR) permises. Selon ses estimations, cela correspondrait à environ 50 % des petits fruits exportés par l’entreprise au Canada entre 2022 et 2024. Driscoll’s rejette ces allégations. Une demande d’action collective a été déposée au Québec.

L’ACIA avait détecté des concentrations supérieures aux normes canadiennes pour trois pesticides dans des fruits de la marque Driscoll’s. Les produits concernés n’ont pas fait l’objet d’un rappel. L’ACIA indique que des mesures correctives ont été prises.

En janvier dernier, le gouvernement Carney a annoncé des coupes budgétaires dans cet organisme fédéral chargé notamment d’évaluer la conformité des aliments importés au pays. Un total de 587 postes a été supprimé. Même si les inspecteurs affectés à l’importation n’ont pas été touchés, le Syndicat de l’Agriculture, qui représente 4000 employés de l’ACIA, est inquiet. Il estime que l’affaiblissement de la Food and Drug Administration (FDA) américaine par l’administration Trump devrait servir de signal d’alarme. Selon lui, les coupes massives imposées à la FDA remettent en question la qualité des importations venant des États-Unis.

« Avant l’arrivée de Trump, le système américain était très fort, très bien conçu », note Audrey St-Germain, deuxième vice-présidente exécutive nationale du Syndicat de l’Agriculture et inspectrice de l’ACIA à Montréal.

Comme leurs systèmes de sécurité alimentaire sont comparables, le Canada et les États-Unis ont signé en 2016 une entente de reconnaissance faisant en sorte que certaines importations en provenance des États-Unis sont moins susceptibles d’être sélectionnées pour une inspection.

« Depuis un an, deux ans même, tout a changé parce qu’avec les coupures que Trump a faites aux États-Unis, nous devons être plus rigoureux envers tout ce qui provient de ce pays pour vérifier que les normes canadiennes sont respectées », expose Mme St-Germain. En 2025, près de la moitié des aliments importés au Canada provenait des États-Unis.

« Ce que nous demandons, c’est d’avoir les outils et le nombre d’inspecteurs au bon endroit, affirme Mme St-Germain. Ils n’ont pas coupé au niveau des inspecteurs qui sont à l’importation, mais on est beaucoup plus occupé qu’on l’était avant. »

Invitée à réagir, l’ACIA n’avait pas répondu à notre demande au moment de publier. Dans des documents internes cités par The Globe and Mail en novembre 2025, l’ACIA se disait préoccupée par les changements intervenus au sein de la FDA, notamment les réductions d’effectifs [3500 postes ont été supprimés] et l’assouplissement de la réglementation. Elle disait craindre un accroissement des risques liés aux importations en provenance des États-Unis. Elle a mis sur pied une équipe de travail sur les risques liés aux États-Unis.

« Un trou dans la raquette »

Pour le coordonnateur de Victimes des pesticides du Québec, Pascal Priori, l’affaire Driscoll’s montre que « le système de surveillance des pesticides au Canada n’est pas à jour et doit être renforcé plutôt que démantelé ou affaibli. » Même si l’ACIA a détecté des dépassements de seuils, il déplore qu’elle n’ait pas multiplié les analyses ou imposé de sanctions. « Il y a un trou dans la raquette », illustre-t-il.

« Il faut sanctionner les gens qui ne respectent pas les règles. C’est une question d’équité par rapport aux producteurs du Québec du Canada qui, eux, respectent les règles, en tout cas jusqu’à preuve du contraire. »

L’affaiblissement auquel il fait référence est la réforme que mène Ottawa concernant l’autorisation des pesticides. Jeudi, il était à Ottawa pour témoigner à la Chambre des communes devant le Comité permanent des finances chargé d’étudier le projet de loi C-31. Dans ce projet de loi omnibus, le gouvernement propose de supprimer l’obligation de réévaluer, tous les 15 ans, les pesticides homologués.

Plusieurs organismes et scientifiques ont critiqué vivement ce projet de loi, considéré comme un deuxième recul majeur en matière de protection contre les pesticides. En juin dernier, l’adoption d’un autre projet de loi (C-30) a donné au Conseil des ministres le pouvoir d’autoriser l’utilisation d’un pesticide interdit en invoquant la sécurité économique ou alimentaire.

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