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Wednesday, October 21, 2026

Après la guerre, l’Iran se dirige-t-il vers la fabrication de l’arme nucléaire?

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Des voix s’élèvent en Iran pour réclamer que le pays se dote de l’arme nucléaire, après la guerre qu'y ont menée les États-Unis et Israël, rapporte le journaliste correspondant iranien Siavosh Ghazi.

Dans son livre Carnet de guerre : 40 jours dans Téhéran sous les bombardements, disponible en novembre au Québec, il témoigne de son expérience de la couverture de cette guerre, survenue après des années de sanctions et de pressions pour encadrer le programme nucléaire iranien, et en expose des réalités méconnues.

Radio-Canada : Le changement de la doctrine nucléaire iranienne serait-il plausible, selon vous? Est-il envisageable que l’Iran obtienne une arme atomique après cette guerre?

Siavosh Ghazi : Après les attaques contre les installations nucléaires, qui étaient sous la supervision de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le retrait du Traité de non-prolifération (TNP) est évoqué dans les sphères officielles, notamment par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Au niveau du Parlement, on dit que l’Iran doit aller vers la fabrication de l’arme atomique. Selon des députés, le seul moyen de se protéger contre une nouvelle attaque par Israël et les États-Unis est d’avoir la bombe.

Par ailleurs, des Iraniens disent qu’ils ont développé des armes qui leur permettent de viser les installations nucléaires israéliennes de Dimona. En fait, ils disent que l’arme nucléaire iranienne est la centrale de Dimona, car, si elle est frappée, Israël ne pourra pas s’en sortir.

D’autres, dans les médias, évoquent la possibilité de charger les missiles hypersoniques d’uranium enrichi à 60 % pour riposter à une éventuelle attaque nucléaire.

Il y a même un texte qui est débattu au Parlement qui demanderait au gouvernement de se retirer du TNP.

R-C : Il y a eu un épisode opaque durant la guerre, concernant le sauvetage d'un pilote américain. Il y a eu une version américaine de l'histoire, et votre livre présente une version différente. Que s’est-il passé? Pouvez-vous nous parler de cet épisode?

SG : La version américaine a consisté à dire qu’il s’agissait du sauvetage d’un pilote. Le secrétaire à la Défense américain a parlé de l’envoi de 150 avions pour sauver un seul pilote.

Mais la version iranienne est différente. En réalité, il y a eu deux opérations. Une opération de sauvetage du pilote et une opération pour récupérer le stock d’uranium enrichi dans la province d’Ispahan, où se trouvent les principales installations nucléaires iraniennes.

Selon les responsables iraniens, il y a eu une tentative d’atterrissage dans un aéroport désaffecté. Trois avions C-130 transportant des hélicoptères ont atterri dans cet aéroport. Ces avions ont ensuite été la cible de tirs iraniens qui les ont immobilisés.

Les Américains ont été obligés d’envoyer d’autres avions pour récupérer les équipages qui étaient au sol. Ces avions ont bombardé sur un périmètre de cinq kilomètres pour empêcher les soldats iraniens de s’approcher de l’aéroport.

Une fois les équipages récupérés et mis à l’abri, tous les avions et les hélicoptères restés au sol ont été bombardés par les Américains eux-mêmes pour empêcher les Iraniens de récupérer la technologie de ces avions.

J’ai demandé l’autorisation de me rendre sur les lieux pour constater ce qui s’est passé, mais je ne l’ai pas obtenue.

Ces derniers mois, des responsables militaires ont livré des informations sur cette opération, selon lesquelles une partie du matériel a été récupérée, même des missiles qui n’ont pas explosé. Les militaires seraient en train de reproduire ce matériel avec les dernières technologies utilisées par les Américains.

Cette image satellite fournie par Maxar Technologies montre une vue rapprochée des cratères sur une crête de l'usine d'enrichissement de Fordo en Iran après les frappes américaines.

Cette image satellite fournie par Maxar Technologies montre une vue rapprochée des cratères sur une crête de l'usine d'enrichissement de Fordo en Iran après les frappes américaines.

Photo : AP

R-C : Quelle est l’ampleur des dégâts de cette guerre sur les infrastructures civiles? Quel est le bilan des morts et des blessés?

SG : Pour le bilan humain, on commence à avoir une idée assez précise. Il y a eu quelque 5000 morts parmi les civils, mais il y a peu d’information sur les pertes militaires.

De nombreuses écoles ont été visées, notamment la fameuse école de Minab touchée par 3 missiles Tomahawk, qui ont provoqué la mort de 186 personnes, dont plus de 120 écolières.

Il y a eu aussi des infrastructures civiles visées, notamment des usines de médicaments pour les cancéreux. Ces médicaments sont destinés aux Iraniens et aux populations des pays voisins.

Il y a eu des destructions de ponts et d’antennes de télécommunications. Des ponts ferroviaires et des centrales électriques ont été touchés. Des installations énergétiques dans le sud du pays ont également été ciblées. Mais il n’y a pas vraiment eu de pénurie d’électricité dans le pays. Durant l’été, il y a eu des coupures d’électricité annoncées à l’avance par les autorités.

Il y a eu aussi des bombardements israéliens contre cinq universités à Téhéran et une à Ispahan, dans le centre du pays.

Selon les dernières annonces des autorités, de nombreuses installations ont été réparées, notamment les ponts, qui ont été réparés à 75 %, les installations pétrochimiques, qui ont été partiellement réparées, et une partie des installations de production de gaz.

R-C : Vous évoquez dans votre livre des doubles frappes qui ont fait de nombreuses victimes. Pouvez-vous nous donner plus de détails?

SG : Il y a eu une série de doubles ou de triples frappes, à commencer par l’école de la petite ville de Minab, proche du golfe Persique.

Un premier missile Tomahawk a frappé l’école. Ensuite, les professeurs ont rassemblé les enfants dans la salle de prière, dans l’enceinte même de l’école. De 10 à 15 minutes plus tard, un second missile a frappé la salle de prière, où le nombre le plus important d’élèves a été tué.

Après la première frappe, les enseignants avaient appelé les parents pour qu’ils viennent récupérer leurs enfants. Comme c’est une petite ville, les parents sont vite arrivés sur les lieux pour chercher les enfants. C'est au moment où les parents et les sauveteurs étaient arrivés qu’un troisième missile a frappé l’école.

Une série de trous creusés en rangée.

Des tombes sont creusées à Minab pour recevoir les dépouilles des enfants et des enseignants tués, le 2 mars 2026.

Photo : Reuters / Département iranien des médias étrangers

À Téhéran, à la place Niloufar, au centre de la capitale, qui est un quartier résidentiel, un premier missile a frappé le commissariat et, une quinzaine de minutes plus tard, un deuxième missile beaucoup plus puissant a été lancé. Et là, il y a eu une trentaine de morts parce que beaucoup de personnes s’étaient précipitées au commissariat pour dégager les corps de la première frappe. J’ai moi-même visité cette place. Il y avait beaucoup de disparus et de personnes mutilées.

L’autre cas est celui de la police diplomatique chargée de la protection des ambassades. Celle-ci a été visée par un premier missile et, quelques minutes plus tard, un deuxième missile a frappé après l’arrivée des secours et des curieux.

Dans le quartier de Ressalat que j’ai visité, un missile a visé le siège des Bassidj (une force paramilitaire iranienne). L’immeuble est resté pratiquement intact, mais deux autres missiles ont détruit une vingtaine d’immeubles dans le quartier.

C’est une méthode qui a beaucoup été utilisée pendant les premiers jours de la guerre.

R-C : Quels impacts ont sur la population les sanctions économiques et le blocus des ports iraniens? Quelle est la situation dans le détroit d’Ormuz? Fermé ou pas? Le Tehran Times a titré récemment : Le détroit de Trump est peut-être ouvert, mais le détroit d’Ormuz est fermé. Qu’en est-il dans les faits?

SG : Une grande partie des exportations et des importations iraniennes passent par les ports dans le golfe Persique et dans la mer d’Oman.

Nous n’avons pas de chiffres précis sur les exportations, mais les autorités disent qu’elles continuent d’exporter du pétrole malgré le blocus, mais on ne sait quelles en sont les quantités. Ce sont des informations qui sont gardées secrètes par les autorités iraniennes pour empêcher les Américains, par exemple, de repérer les navires qui transportent du pétrole ou des produits pétrochimiques iraniens.

Une femme brandit le drapeau iranien devant une affiche anti-américaine faisant référence au président Donald Trump et au détroit d’Ormuz, installée sur un immeuble de la place Valiasr à Téhéran.

Une femme brandit le drapeau iranien devant une affiche anti-américaine faisant référence au président Donald Trump et au détroit d’Ormuz, installée sur un immeuble de la place Valiasr à Téhéran, le 10 mai 2026.

Photo : Getty Images / AFP / Atta Kenare

Cette situation affecte évidemment les revenus du gouvernement, mais aussi l’importation des produits alimentaires, notamment des aliments pour le bétail. C’est le cas pour tout ce qui est des machines pour l’industrie.

Comme l’Iran a un grand nombre de voisins, l’activité se poursuit. Il y a un chemin de fer qui relie la Chine à l’Iran. Avant la guerre, il y avait un train par semaine, je crois. Maintenant, il y a 10 à 15 trains qui arrivent ou qui partent quotidiennement. Il y a un grand échange avec la Chine.

Il y a aussi le commerce avec la Turquie, avec l’Irak, avec la Russie, qui compense, en partie, le blocus américain, mais je ne sais pas dans quelles proportions.

Par ailleurs, les Iraniens affirment que seuls les navires qui empruntent les itinéraires autorisés par l’Iran peuvent traverser le détroit d’Ormuz, ce qui est confirmé par les compagnies qui contrôlent le trafic maritime. Il y a pratiquement tous les jours des navires qui sont visés par des missiles ou des drones.

Il y a également la mer Caspienne par laquelle passent aussi les échanges avec la Russie ou le Kazakhstan, mais, selon des personnes que j’ai interrogées, la mer Caspienne ne compense pas le golfe Persique.

Il y a une augmentation très importante des prix qui affecte les classes moyennes et les classes défavorisées, mais cela n’empêche pas l’économie de continuer à tourner.

La cherté de la vie touche surtout les retraités, les fonctionnaires ou les mères monoparentales.

R-C : Vous écrivez que certains milieux politiques en Iran revendiquent un retour de Bahreïn dans le giron iranien. Au-delà de ce débat interne, quel est l’état des relations actuellement entre l’Iran et les monarchies du golfe Persique?

SG : Avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Koweït, les relations sont assez mauvaises. Ces pays ont participé directement à la guerre en menant des frappes contre le territoire iranien, particulièrement les Émirats arabes unis.

Avec le Sultanat d’Oman et le Qatar, les relations sont meilleures. Ces deux pays jouent le rôle d’intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran pour trouver une issue à la guerre.

En revanche, avec l’Arabie saoudite, c’est un conflit larvé. Les relations se sont détériorées avec le conflit qui a éclaté avec les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran.

Même s’il n’y a pas de reprise de la guerre, il y a la crainte d’une guerre froide entre l’Iran et ses voisins du golfe Persique, car les questions fondamentales ne sont pas réglées.

L’Iran considère qu’il a gagné la guerre et les monarchies doivent reconnaître cette situation, selon Téhéran, mais ce n’est pas le cas. Par exemple, la dernière visite de Benyamin Nétanyahou aux Émirats arabes unis a été très mal perçue par l’Iran. C’était considéré comme un signal d’une nouvelle attaque contre l’Iran.

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