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Thursday, September 24, 2026

Lang Lang-Payare: de l’immense au grandiose

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Pour son second rendez-vous de la saison, l’OSM proposait un concert hors-série avec Lang Lang. C’est peu dire que la soirée restera mémorable, entre le show de première classe du pianiste chinois et une extraordinaire 2e Symphonie de Sibelius en seconde partie.

Les billets pour le « Retour de Lang Lang » se sont vendus comme des petits pains chauds. Le pianiste attire « son » public, mais aussi les mélomanes habitués de l’OSM. Il n’a pas déçu mercredi et on peut même dire qu’il a offert un spectacle de première classe aux Montréalais, donnant de sa personne en finissant littéralement en transe dans une transcription de la Danse rituelle du feu de Manuel de Falla en bis, après un rappel plus calme, Consolation n° 2 de Liszt.

La part des choses

Concernant le Concerto « Empereur » de Beethoven, nous allons reprendre les principaux éléments de notre commentaire de la prestation de Lang Lang à Ottawa en août 2025 dans le même concerto, à ceci près que la tenue du pianiste était nettement plus dans les limites du raisonnable à Montréal cette semaine.

Voici donc ce que nous écrivions : « On peut rejeter bien des choses : le show, que l’on peut aussi qualifier de “cirque”, les coups de pied et les claquements de talons. […] Cependant, ce que l’on peut juger imbuvable est peut-être, pour d’autres, une manière d’accéder plus facilement à la musique. Voir Lang Lang multiplier les postures d’interprète inspiré inspire peut-être à certains une écoute plus “sensible”. Maintenant que tout cela est dit, on ne manquera pas de rappeler le nombre de pianistes au son insignifiant et au jeu générique. Alors il faut fermer les yeux ou imaginer un Lang Lang qui ne serait pas un poseur. Et, là, qu’est-ce qu’on entend ? Une vraie production sonore, nourrie, une palette de touchers très impressionnante, des trilles admirables, une assurance à toute épreuve, une prise de risques époustouflante. Seuls des élus nous donnent cela à ce point. La discussion purement interprétative ne se fait alors que sur deux points : les petits accès de sentimentalisme sont-ils trop poussés et les foucades et accelerandos furieux sont-ils là par esbroufe ou pour rendre justice à un Beethoven piaffant et impétueux ? »

Tout cela reste vrai, à la différence qu’avec des mimiques moins outrées et des outrances potentielles plus contenues, la magie qui naît de la palette infinie du pianiste surpasse largement les réserves. Mercredi était un jour particulièrement faste, tout simplement parce que Lang Lang semblait très heureux et, en étant heureux, il se faisait plaisir en musique, sa maîtrise technique lui permettant, ici ou là, de faire émerger des voix, des équilibres précieux et originaux. Quelques afféteries dans le premier mouvement n’y changeront rien ; la somme des subtilités nées de l’immense creusement des dynamiques ouvrait des perspectives fascinantes. Rafael Payare et l’OSM ont eu beaucoup de plaisir à accompagner ce phénomène.

Mayer et Sibelius

Beethoven avait été précédé par l’Ouverture n° 2 d’Émilie Mayer, œuvre moins allègre que l’Ouverture n° 3 mais n’ayant pas le sérieux et la complexité, malgré le côté martial de la fin, de la Faust-Ouverture ou de l’Ouverture en ré mineur. Il est bien que Rafael Payare poursuive son exploration de cette excellente compositrice. Et il serait donc bien que les notes de programme se mette à niveau, en commençant par préciser la tonalité de ré majeur (pour la distinguer de l’Ouverture en ré mineur et parce qu’elle n’est pas atonale) et ensuite en ne propageant pas des inepties du genre que le surnom de « Beethoven féminin » aurait été utilisé ou propagé par Liszt. C’est complètement faux. Il y a eu un contact en 1856 entre Liszt et Mayer sur une œuvre de chambre précise, Mayer refusant in fine les modalités de l’aide suggérée par Liszt.

Le candide encadré consacré à la compositrice omettait hélas de mentionner qu’elle payait pour faire exécuter ses œuvres et que le milieu masculin eut raison de ses velléités et ambitions symphoniques en refusant d’éditer ses œuvres orchestrales.

On pensait avoir vu le clou du concert avec Lang Lang dans Beethoven, mais Rafael Payare nous l’a réservé pour la seconde partie : une 2e Symphonie de Sibelius rugueuse et éruptive. La recette en était très simple. Autant le chef avait légèrement émoussé Das klagende Lied la semaine dernière en relâchant les tensions ici et là, autant pendant 40 minutes de Sibelius il n’a rien lâché et a observé toutes les indications de flux et reflux de la partition, jouant sur la fermeté du trait et des contrastes bruts.

L’exécution en tant que telle n’était pas absolument parfaite, car l’orchestre était sérieusement bousculé dans ses habitudes par cette lecture intraitable, qui troquait les paysages enneigés pour le granit brut, mais il serait avisé que cette 2e de Sibelius devienne une sorte de compagnon de route pour l’orchestre et son chef, une partition à reprendre tous les 2 ou 3 ans. Elle deviendra ainsi assurément une œuvre fétiche et phare de leur répertoire. L’étincelle de cette première rencontre était éblouissante.

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