Longtemps considéré comme inutile, cet organe retiré en chirurgie divise aujourd'hui les scientifiques

Le thymus occupe une place particulière dans la hiérarchie des organes. Essentiel pendant l'enfance, il s'atrophie à la puberté et cesse de produire des lymphocytes T en quantité notable. Cette involution lui a valu une réputation d'organe accessoire à l'âge adulte, au point d'être fréquemment retiré lorsqu'il gêne l'accès au cœur.
Des travaux, publiés dans la revue New England Journal of Medicine en 2023, ont remis cette pratique en question, avant que d'autres ne viennent nuancer le tableau.
Un organe déterminant pendant l'enfance
Le thymus assure la maturation des lymphocytes T, ces globules blancs chargés de combattre infections et cellules anormales.
Son rôle est si central que les enfants privés de cet organe présentent durablement moins de lymphocytes T. Leur réponse immunitaire aux vaccins s'en trouve également amoindrie.
À la puberté, la glande se rétracte et son activité chute. Elle peut alors être retirée sans conséquence immédiate apparente. Comme elle se situe devant le cœur, elle est fréquemment ôtée lors d'interventions de chirurgie cardiothoracique, par simple commodité d'accès.
Certaines situations imposent par ailleurs cette ablation, appelée thymectomie : cancer du thymus, ou maladies auto-immunes chroniques comme la myasthénie.
Le thymus joue-t-il un rôle vraiment important ? Deux études aboutissent à des résultats opposés. © myboxpra, iStock
Un risque doublé, selon une étude de 2023
Une équipe de Boston a comparé le devenir de patients opérés en chirurgie cardiothoracique, à partir des données d'un système de santé régional. D'un côté, plus de 6 000 personnes dont le thymus avait été conservé. De l'autre, 1 146 patients ayant subi une thymectomie.
Le résultat a surpris. Les patients thymectomisés présentaient un risque de décès dans les cinq ans presque deux fois supérieur à celui du groupe témoin. L'écart persistait après prise en compte du sexe, de l'âge, de l'origine, ainsi que des cas de cancer du thymus, de myasthénie et d'infections postopératoires.
Le risque de développer un cancer dans le même délai était lui aussi doublé. Ces cancers se révélaient en outre généralement plus agressifs et récidivaient plus souvent après traitement.
David Scadden, oncologue à l'université Harvard, résumait alors la conclusion de son équipe : le thymus apparaît nécessaire à la santé, et son absence double au minimum les risques de décès et de cancer.
Parfois jugé inutile, cet organe nous aiderait en réalité à combattre le cancer
Le thymus est un organe du corps humain plutôt discret, parfois jugé si inutile qu'il peut être retiré chez les adultes. Mais des scientifiques d'Harvard pensent que cette glande n'est pas inutile !... Lire la suite
Une piste explicative ressort de l'analyse. Chez une partie des patients opérés, les bilans sanguins montraient une diversité réduite des récepteurs des lymphocytes T. Or cette diversité conditionne la capacité du système immunitaire à reconnaître un large éventail de menaces. Sa restriction pourrait favoriser l'apparition de cancers ou de maladies auto-immunes.
Les auteurs en tiraient une recommandation prudente : préserver le thymus lorsque c'est possible devrait constituer une priorité clinique, en attendant d'en savoir davantage.
Une étude de 2025 qui ne retrouve rien
L'affaire n'en est pas restée là. Des chercheurs de la faculté de médecine de Yale ont cherché à confirmer ces observations en exploitant deux vastes registres américains, la National Cancer Database et la base Surveillance Epidemiology and End Results, sur la période 2004 à 2022.
Leur conclusion, publiée dans Journal of Thoracic Oncology diverge nettement. Chez les adultes porteurs de thymomes de petite taille ou localisés, la thymectomie n'était associée ni à une surmortalité à cinq ans, ni à une augmentation des décès par cancer.
Cette équipe appelle toutefois à poursuivre les recherches sur des durées plus longues et sur des critères immunologiques précis.
Ce que l'on peut en conclure aujourd'hui
Les deux études aboutissent à des résultats opposés, mais elles ne portent pas exactement sur les mêmes populations ni sur les mêmes indications chirurgicales, ce qui complique la comparaison directe.
Un point vaut pour l'ensemble de ces travaux : ils reposent sur des données observationnelles. Ce type d'analyse met en évidence des associations statistiques, sans démontrer qu'un retrait du thymus provoque directement un cancer ou une maladie fatale.
En l'état, la question du rôle du thymus après la puberté reste ouverte. Elle mérite d'être posée, sans que les données disponibles permettent de trancher.
Ces informations ont une visée générale et ne constituent pas un avis médical. Les personnes concernées par une thymectomie, passée ou envisagée, ne doivent en tirer aucune conclusion pour leur propre situation : la balance entre bénéfices et risques dépend de l'indication précise et relève d'une discussion avec le chirurgien ou le médecin qui assure le suivi.
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