Intelligence artificielle en politique | Quand l’IA menace la démocratie canadienne

(Ottawa) Des élus fédéraux se sont fait dire que l’intelligence artificielle (IA) pourrait causer des torts immenses à la démocratie et aux institutions canadiennes et qu’en ce moment, le pays est incapable de répondre à cette menace.
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Durant l’élection provinciale québécoise qui vient de se terminer, 40 % des Québécois auraient fait appel à un agent conversationnel d’IA comme ChatGPT pour s’informer, selon le Centre for Media, Technology and Democracy de l’Université McGill.
Or, la majorité des médias québécois n’offrent pas leur contenu à ces géants numérique. Résultat ? Ces Québécois n’ont pas nécessairement eu les meilleures informations disponibles. Loin de là, en fait.
Au cours des trois dernières semaines de la campagne électorale au Québec, 39 % des conseils pour voter fournis par ChatGPT reposaient sur un unique site web truffé d’erreurs, créé par une personne amateur entièrement à l’aide de l’IA.
Ce dernier soutient qu’il ne semblait pas y a voir d’intention malveillante derrière ce site web. N’empêche, il y a là un problème.
« La situation révèle une vulnérabilité du système. La manière dont le système fonctionne dans le cas échéant ne sert manifestement pas nos intérêts démocratiques », a-t-il expliqué.
« C’est quand même un peu terrifiant », a aussitôt répondu le député conservateur Blaine Calkins, visiblement ébranlé. « Si cela peut arriver par accident, imaginez ce qui pourrait arriver intentionnellement si quelqu’un le faisait. »
Blaine Calkins est membre du Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre des communes. Jeudi, une demi-douzaine d’experts ont défilé devant lui et ses collègues qui étudient les risques de l’IA sur la démocratie canadienne.
Tous, ont levé des drapeaux jaunes et rouges.
« L’IA a le potentiel de causer de graves préjudices à notre démocratie et à nos institutions démocratiques, a déclaré Sean Mullin, de la Munk School of Global Affairs & Public Policy de l’Université de Toronto. Le Canada doit disposer de la capacité étatique nécessaire pour comprendre ces menaces et y répondre. »
À ses côtés, son collègue Jaxson Khan a renchéri que le Canada ne peut pas réglementer de manière crédible une technologie « qu’il ne comprend ni ne peut évaluer ». Présentement, a-t-il dit, ceux qui peuvent le mieux évaluer l’usage de l’IA par les géants de l’industrie, ce sont ces laboratoires eux-mêmes et des instituts nationaux.
« Le Canada disposant de peu de capacités en la matière, nous dépendons largement du jugement des autres. C’est ici que se rejoignent les questions de souveraineté et de capacité de l’État », a-t-il dit.
Mais dans le cadre des élections québécoises et du référendum albertain, par exemple, les pires craintes d’experts comme Aengus Bridgman, qui est professeur adjoint au Centre for Media, Technology and Democracy, ne se sont pas concrétisées.
C’est que celui-ci redoutait par exemple l’omniprésence d’hypertrucages et de contenus faux ou trompeurs sur les réseaux sociaux.
« Nous avons surtout observé des usages satiriques, quelques tentatives de manipulation et divers autres problèmes, sans pour autant atteindre le scénario catastrophe que nous envisagions il y a quelques années », a-t-il témoigné.
« Nous nous dirigeons donc vers un monde où l’IA sera mobilisée lors des processus démocratiques, sans pour autant dicter la manière dont la politique se pratique », a-t-il prédit.
Le scénario le plus probable est que la démocratie perdurera dans son fonctionnement, mais que l’IA aura un impact majeur sur le discours politique et le déroulement des évènements.
Il ajoute du même souffle qu’il s’agit là d’un défi auquel le Canada n’est pas encore en mesure de relever au niveau de la gouvernance, notamment.
N’empêche, l’IA peut aussi être un outil formidable pour les parlementaires, a indiqué un expert d’Albanie. C’est particulièrement le cas lorsque vient le temps de comparer des projets de loi, d’examiner des éléments de preuve, suivre les travaux parlementaires et rendre l’information plus accessible au public.
« Mon message principal pour vous est le suivant : le Parlement doit renforcer ses propres capacités à utiliser l’IA, tout en devant simultanément être capable de superviser l’IA. C’est donc le dilemme de l’œuf et de la poule », a déclaré Erjon Curraj, qui se spécialise en intelligence artificielle et de transformation numérique au Centre de Science et d’Innovation pour le développement.
Les députés fédéraux tiendront au moins quatre audiences dans le cadre de cette étude et soumettront leurs recommandations au gouvernement.
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