La Vérif : le cadre financier du PQ passé au crible

Le Parti québécois (PQ) présente son cadre financier à quelques heures du premier débat des chefs de la campagne. Son porte-parole en matière d’économie, Nicolas Marceau, le qualifie de « prudent » et « responsable », malgré des recettes incertaines qui auront un impact sur la taille de la fonction publique.
Ralentir les dépenses sans toucher aux services
C’est un défi d’équilibriste que doit surmonter l’équipe économique du PQ : sabrer dans l’appareil public tout en maintenant les services à la population.
D’autant plus que l’ancien ministre des Finances sous le gouvernement de Pauline Marois, Nicolas Marceau, chiffre à 1,6 milliard $ par année les économies découlant de la réduction de la bureaucratie
.
Recentrer l’État sur ses missions fondamentales en protégeant le pouvoir d’achat et nos services publics.
Vérification des faits : il sera difficile de protéger les services publics en raison du ralentissement des dépenses.
Le cadre financier du PQ prévoit une augmentation des dépenses de 2,5 % en 2027-2028. Leur hausse serait ensuite limitée à 1 %.
Il existe un risque que de tels niveaux de croissance puissent avoir des conséquences sur les services à la population ou amener l’État à réduire son intervention dans certains secteurs d’activité
, soulignait le vérificateur général du Québec (VGQ) dans son analyse du rapport préélectoral (nouvelle fenêtre).
Pour dégager 6,6 milliards $ en cinq ans, Nicolas Marceau compte réduire la masse salariale de l’État de 2,5 %. Il assure que les secteurs de la santé, de l’éducation et de la culture sont sacrés
et que l’objectif est de maintenir leur budget.
Il a toutefois refusé de chiffrer le nombre de postes qui pourraient être abolis dans un processus basé sur l’attrition.
L’Institut de la statistique du Québec évalue le salaire moyen dans la fonction publique (nouvelle fenêtre) à 62 916 $ en 2025, en excluant les enseignants et le personnel soignant. Sur la base de cette moyenne, des économies de 1,6 milliard $ pourraient toucher quelque 25 000 postes équivalents à temps complet à compter de 2028-2029.
Le titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout, rappelle que 13 des 25 portefeuilles pourraient diminuer en 2028-2029 par rapport à ce qu’ils étaient trois ans auparavant.
Trois autres portefeuilles vont croître moins que l’inflation
, souligne-t-il, en se basant sur les projections du ministère des Finances.
Budget réduits entre 2025-2026 et 2028-2029
- Transports et Mobilité durable
- Emploi et Solidarité sociale
- Affaires municipales et Habitation
- Économie, Innovation et Énergie
- Sécurité intérieure
- Justice
- Culture et Communications
- Agriculture, Pêcheries et Alimentation
- Ressources naturelles et Forêts
- Conseil exécutif
- Immigration, Francisation et Intégration
- Cybersécurité et Numérique
- Relations internationales et Francophonie
Source : Analyse détaillée du vérificateur général du Québec portant sur le rapport préélectoral (2026)
Des effets dynamiques surestimés ?
En diminuant les impôts aux entreprises, le PQ croit pouvoir aller chercher près de 1,4 milliard $ de revenus supplémentaires d’ici 2031, grâce aux effets dynamiques sur l’économie.
Cette diminution historique du fardeau fiscal de nos entreprises stimulera la croissance.
Vérification faite : ça mérite des nuances.
Le parti calcule que ses baisses d’impôts aux entreprises seront à coût nul puisqu’elles sont financées par la réduction du Fonds de développement économique et des subventions aux entreprises.
En finançant les baisses d’impôts par des réductions équivalentes, l’effet sur l’économie est considérablement réduit et s’avère même minime.
Pour chaque dollar qu’on ne percevra pas en réduction d’impôt sur le profit des sociétés, c’est 1 $ en moins qu’on va offrir par le Fonds de développement économique ou par des subventions aux entreprises ou des crédits d’impôts aux sociétés
, explique Luc Godbout.
Ce faisant, il n’y a pas davantage de dollars octroyés dans l’économie. Sans nouvel argent, l’effet sur l’activité économique apparaît beaucoup plus faible que les projections du PQ, conclut l’expert.
S’inspirer de l’Ontario… et du PLQ
Le PQ emboîte le pas aux libéraux et propose lui aussi de s'inspirer du modèle ontarien pour l’encadrement des paris sportifs en ligne. Nicolas Marceau compte engranger rapidement des revenus annuels de 300 millions $.
On entend s'inspirer de l'Ontario, qui le fait. On a inscrit ça à partir de 2027-2028.
Vérification faite : cela mérite des nuances.
Depuis 2022, l’Ontario impose des redevances de 20 % aux entreprises qui exploitent des jeux d’argent en ligne.
L’organisme Jeux en ligne Ontario a touché un bénéfice net de 574 millions $ l’an dernier. De cette somme, 253 millions $ ont été perçus par l’État, notamment en raison d’un versement aux Premières Nations.
La population ontarienne est presque deux fois plus élevée que celle du Québec. Au prorata, les 300 millions $ dépassent le bénéfice net réalisé par Jeux en ligne Ontario.
Miser sur l’aide d’Ottawa
Dans son cadre financier, le PQ mise sur des transferts fédéraux additionnels de près de 4,4 milliards $ d’ici 2031.
Cet argent est incertain puisqu’il repose sur des ententes qui, pour être renouvelées, doivent être négociées avec le gouvernement fédéral.
Le PQ est le troisième parti, avec la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), à calculer une hausse hypothétique des transferts fédéraux dans son cadre financier.
Quant au Parti conservateur du Québec (PCQ) et Québec solidaire (QS), ils ont tous deux exclu ce scénario de leur cadre financier.
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