De moins en moins d’animaux sauvages : peut-on encore espérer inverser cette tendance ?

La moitié des populations animales que suit le WWF, et elle en suit 5790, est en déclin. C’est inquiétant. L'espèce la plus touchée, c'est celle d'eau douce. "Ces espèces d'eau douce dépendent des lacs et des rivières. Ce ne sont donc pas forcément des espèces aquatiques, il y a aussi des espèces terrestres comme les hippopotames ou les loutres. On estime le déclin de ces espèces à 85%", explique Deborah Van Thornout, porte-parole de WWF-Belgique. De manière générale, le déclin de la population animale est estimé à 73%.
"La dégradation de la biodiversité s’accélère à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité", peut-on lire dans le rapport qui paraît ce matin. Mais si une moitié est en déclin, pour l’autre moitié, la taille de la population est stable, voire à la hausse. Bien sûr, il y a des différences énormes entre les continents : on estime qu’en Europe et en Asie centrale, l’IPV (Indice Planère Vivante qui mesure l’évolution moyenne de la taille des populations sauvages d’espèces vertébrées) est de moins 23%, alors qu’il est de moins 95% en Amérique latine et aux Caraïbes.
Mais le WWF veut espérer : "cela montre que le déclin n’est pas inéluctable. Là où les humains se sont engagés, la faune sauvage est revenue".
Des espèces reprennent du poil de la bête
Le thon rouge refait surface © WWF-Mediterranean & Frédéric Bassemayousse
C’est un poisson que nous connaissons bien : pendant de nombreuses années, le thon rouge a été une espèce en danger. En 2010, la population de l’Atlantique avait chuté de 80%, celle du Pacifique était considérée comme vulnérable.
Mais aujourd’hui, les stocks de l’Atlantique et du Pacifique ont été reconstitués et l’espèce n’est plus considérée comme menacée. Comment a-t-on réussi à renverser la situation ? En prenant des mesures pour lutter contre son exploitation massive, en organisant des campagnes auprès des consommateurs, en sensibilisant des chefs cuisiniers, par exemple. Et cela a porté ses fruits.
Tout aussi encourageant est l’exemple des tigres. En 2010, on estimait qu’il y en avait encore environ 3200 à l’état sauvage. 15 ans plus tard, la population tourne autour des 5700. C’est une augmentation de plus de 70%. "Cette hausse n'est pas le fruit du hasard", nous explique la porte-parole de WWF-Belgique. Elle s’explique par des actions prises à plusieurs niveaux : il y a eu des plans nationaux de rétablissement de la population, des mesures de lutte transfrontalière contre le trafic, par exemple.
C’est grâce à une action collective à différents niveaux que cette progression a pu avoir lieu. Mais cette action doit se renforcer car, malgré cela, l’espèce est encore classée "en danger".
De l’espoir pour la tortue verte © WWF US & Antonio Busiello
La tortue verte fait aussi partie de ces animaux qui donnent espoir au WWF. Car l’année dernière, elle a quitté la catégorie "en danger" pour intégrer celle de "préoccupation mineure". Il a fallu 50 ans d’efforts pour arriver à ce résultat, et cela dans près de 80 pays différents. Parmi les mesures prises, il y a la protection des femelles et des nids, la préservation des plages où la ponte a lieu.
Prenons encore l’exemple des éléphants d’Afrique dont la population s’est stabilisée et est même en progression dans certaines régions. Ici aussi, on voit que ce sont des actions à différents niveaux, aussi bien de la part de communautés locales que du côté d’instances nationales et internationales, par exemple dans la lutte contre le trafic, qui ont permis ce résultat positif.
La population des éléphants d’Afrique australe s’est stabilisée © WWF & Martin Harvey
La bataille n'est pas encore perdue, mais elle est loin d'être gagnée
Il y a donc des résultats positifs. Mais cela ne doit pas cacher la réalité : tous ces résultats sont encore fragiles. Et pour le WWF, si on veut les renforcer, il faut absolument s'attaquer à ce qu'il considère comme les causes systémiques de la perte de biodiversité et enclencher un changement transformateur dans trois domaines :
- transformer le système énergétique pour qu'il émette moins de gaz à effet de serre
- transformer les systèmes alimentaires et agricoles, responsables de destruction d'habitat
- transformer le système financier qui investit trop dans des activités nuisibles à la nature
"En faisant les bons choix aujourd'hui, nous pouvons bâtir un avenir où l'humanité et la nature s'épanouissent ensemble. Mais pour y parvenir, il faudra transformer nos systèmes avec une rapidité et une ampleur inédites", estime Kirsten Schuijt, directrice générale de WWF International.
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