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Wednesday, October 7, 2026

Trois ans après le 7 octobre et à l’approche d’élections cruciales : "Deux Israël s’affrontent"

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Dans la foulée de l’attaque, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a ouvert plusieurs fronts avec l’objectif d’éradiquer tous les ennemis d’Israël : à Gaza, au Liban, en Syrie, en Iran, au Yémen, en Cisjordanie. Pour les Israéliens, confrontés au deuil et à l’effroi, il était devenu impossible de faire confiance à leurs voisins.

Trois ans après, les milliers de tonnes de bombes utilisées avec le soutien militaire américain n’ont anéanti ni le Hamas à Gaza, ni le Hezbollah au Liban, ni le régime iranien, ni les Houthis au Yémen.

La guerre à Gaza a fait plus de 74.000 morts, dont une majorité de civils (chiffres du Hamas jugés crédibles par l’ONU), et provoqué une catastrophe humanitaire sans précédent dans ce territoire.

Cette guerre a conduit la Cour pénale internationale (CPI) à délivrer des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant, estimant qu’il existait des motifs raisonnables de les tenir responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Saisie par l’Afrique du Sud, la Cour internationale de justice (CIJ) a aussi reconnu un risque plausible de génocide à Gaza.

La CPI a également demandé des mandats d’arrêt contre trois dirigeants du Hamas, Yahya Sinwar, Mohammed Deif et Ismail Haniyeh, pour des crimes de même nature. Ces procédures ont été closes après l’annonce de leur mort.

David Khalfa, co-directeur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean Jaurès © Tous droits réservés

Nouveau paradigme sécuritaire

Depuis le 7 octobre, Israel a changé de paradigme sécuritaire, "qu’on peut qualifier de défense avancée", explique David Khalfa, co-directeur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean Jaurès, "et qui repose notamment sur des frappes préventives pour neutraliser les menaces, avant qu’elles ne se matérialisent". Cela se traduit notamment par la création de zones tampons en territoire ennemi pour distancier le plus possible la frontière israélienne des combattants du Hezbollah, du Hamas et d’autres milices islamistes. "La distance très courte entre Gaza et les kibboutz, qui a facilité l’invasion terrestre le 7 octobre, c’est l’une des leçons qu’ont tirées les services de renseignement israéliens et l’état-major de l’armée", souligne le chercheur.

Malgré les coûts humains et économiques (plus de 100 milliards d’euros en trois ans), Israël a fait le choix de guerres sans fin, où ni accord diplomatique, ni réconciliation, ni paix ne sont même évoqués.

Comment sortir de cette spirale ? Quid du jour d’après ? "C’est la question que pose l’opposition israélienne, mais aussi l’état-major de l’armée", note David Khalfa. Benyamin Netanyahu ne donne aucune réponse.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’exprime lors de la cérémonie commémorative officielle marquant le troisième anniversaire de l’attaque du 7 octobre, au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 5 octobre 2026. © – DEBBIE HILL / POOL / AFP

Droitisation accélérée de la société israélienne

Une chose est sûre : depuis l’attaque, le mouvement de droitisation entamé depuis des années s’est accéléré avec fulgurance. Selon un sondage de la Chaîne 12 publié en juillet, 38% des Israéliens déclarent s’être déplacés vers la droite, contre seulement 7% vers la gauche.

En trois ans, la vie des Israéliens a changé : chacun connaît, de près ou de loin, l’une des victimes, et une forme de fièvre s’est installée dans le pays. La perte de confiance a fait de la société palestinienne, dans son ensemble, un problème. L’envie d’interagir avec les Palestiniens s’est réduite comme peau de chagrin. Le traumatisme est profond : les récits d’ex-otages qui tentent de reprendre une vie normale montrent que la plaie reste béante.

Dans ce climat, l’extrême droite a pris de l’assurance, incarnée au gouvernement par ses deux figures les plus radicales, nationalistes et religieuses : Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, ministres issus de partis qui prônent le suprémacisme juif.

Avec l’approbation de Benjamin Netanyahu, ils ont multiplié les mesures radicales, souvent votées à la Knesset, au mépris du droit international, notamment en Cisjordanie occupée : colonisation accélérée, démolitions, déplacements forcés… Leur objectif est assumé : l’annexion de la Cisjordanie.

Le général Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, candidat à l’élection du 27 octobre et principal opposant à Benyamin Netanyahu. (le 14 août 2022) © – JACK GUEZ / AFP

Cisjordanie et Jérusalem-Est : l’annexion en marche

Le 7 octobre a donné un blanc-seing au gouvernement pour "nettoyer" la Cisjordanie des membres du Hamas et d’autres groupes djihadistes. Une opération militaire de grande ampleur a rendu les camps de réfugiés du nord du territoire "inhabitables" : 30 à 40.000 Palestiniens ont été déplacés de force.

Le gouvernement a aussi multiplié les autorisations d’extension des colonies en Cisjordanie occupée, favorisant l’impunité des colons, qui se croient désormais autorisés à commettre des violences contre les Palestiniens. Des ONG accusent Israël de nettoyage ethnique. Selon Oxfam, ces trois dernières années ont fait plus de Palestiniens tués par des Israéliens que les 17 précédentes.

À Jérusalem-Est, annexée par Israël, la situation se dégrade aussi. Les contrats pour lancer la première tranche du projet de colonisation illégal E1, qui prévoit plus de 1200 logements près de Jérusalem, seront bientôt signés. Hier encore, un immeuble résidentiel de cinq étages, où vivaient environ 70 personnes, a été démoli par des bulldozers israéliens en vue d’un "transfert forcé" des habitants, selon l’autorité locale palestinienne. Les autorités israéliennes invoquent l’absence de permis de construire, quasi impossibles à obtenir pour les Palestiniens.

Or l’annexion de Jérusalem-Est comme les colonies en Cisjordanie sont jugées illégales au regard du droit international. Ni les avis de la CIJ, ni les condamnations, ni les résolutions répétées de l’ONU contre l’occupation depuis 1967 n’ont eu d’effet sur les décisions israéliennes.

Cette montée des violences est nourrie par deux moteurs : la réaction à l’attaque du 7 octobre et la politique du gouvernement Netanyahu, formé fin 2022 et qui intègre Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich.

Gaza en ruines, sans véritable cessez-le-feu

Malgré le cessez-le-feu du 10 octobre 2025, les attaques israéliennes se poursuivent et ont fait plus de 1400 morts palestiniens. Israël, qui contrôle toujours la majeure partie de Gaza, refuse de s’en retirer tant que le désarmement du Hamas n’aura pas été vérifié. Le Hamas défend de son côté un désarmement progressif plutôt qu’une reddition immédiate et unilatérale de son arsenal.

L’offensive israélienne a détruit des quartiers entiers. Hôpitaux, écoles, réseaux d’eau et d’assainissement : les infrastructures indispensables à la vie ont été frappées ou ont cessé de fonctionner. Presque toute la population a été déplacée et concentrée sur 40% du territoire. Des centaines de milliers de personnes vivent encore sous des tentes de fortune, et l’entrée de nourriture, de médicaments et d’autres biens essentiels reste restreinte.

Affiche électorale à l’effigie d’Itamar Ben Gvir, chef du parti Otzma Yehudit (Force juive), à ​​Jérusalem, le 4 octobre 2026. Israël se rend aux urnes le 27 octobre pour ses premières élections depuis l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023, un sc © – HAZEM BADER / AFP

Polarisation et antisémitisme décomplexé

À la suite de l’attaque, une large partie de la communauté internationale a apporté son soutien à Israël. Puis la guerre dévastatrice à Gaza a fait évoluer les postures.

De Paris à New York, de Sydney à Atlanta, les étudiants ont multiplié les manifestations propalestiniennes, bloquant parfois des campus, pour protester contre la guerre à Gaza. Le ton s’est durci en Europe, où plusieurs mesures ont été prises, notamment la reconnaissance de l’État palestinien, décidée d’abord par l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie et la Norvège, puis par la France et le Royaume-Uni.

Dans le même temps, les actes antisémites se sont multipliés dans le monde, les discours de haine ont pris une ampleur inédite sur les réseaux sociaux et l’inquiétude des juifs reste vive aujourd’hui. "On aurait pu imaginer qu’après le 7 octobre, il y ait un élan de sympathie ou d’empathie vis-à-vis des Français juifs. C’est le contraire qui s’est produit", déplore Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

L’extrême droite a pris de l’assurance en Israel, incarnée au gouvernement par ses deux figures les plus radicales, nationalistes et religieuses : Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, ministres issus de partis qui prônent le suprémacisme juif. © –

Une société divisée à l’approche d’élections

Après l’attaque, la guerre menée par Benjamin Netanyahu faisait consensus. Depuis un an, la société israélienne est divisée.

David Khalfa identifie deux Israël qui s’affrontent : "Un Israël qui considère que seule la force peut rétablir la dissuasion du pays et sécuriser ses frontières et sa population. Un autre Israël qui estime que la force n’est pas suffisante, qu’elle doit s’appuyer sur une vision politico-stratégique et offrir la possibilité pour la société israélienne d’enclencher un processus de guérison collectif".

Pour une partie des Israéliens, seul le départ de Benjamin Netanyahu et de sa coalition d’extrême droite à l’issue des élections du 27 octobre pourrait rompre le cycle infernal des guerres. Pour l’autre, il est le seul à assurer leur sécurité.

Cette guerre ne répond plus aux objectifs fixés

Le Premier ministre se targue d’avoir mis au tapis les ennemis d’Israël. Certes, le Hamas et les milices pro-Iran sont affaiblis, mais certains ont déjà mis un frein. "Lorsque le général Gadi Eisenkot (candidat à l’élection du 27 octobre et principal opposant, ndlr) quitte le cabinet de guerre en 2024", souligne David Khalfa, "il le fait parce qu’il estime que cette guerre ne répond plus aux objectifs fixés, qu’elle ne priorise pas le sauvetage des otages et qu’elle obéit en réalité à des considérations d’ordre personnel du côté de Netanyahu".

Netanyahu est aussi confronté à des accusations de défaillances. L’opposition lui reproche de ne pas avoir su empêcher l’attaque malgré des avertissements : des médias israéliens et américains ont rapporté que les Émirats arabes unis et l’Égypte l’avaient prévenu, quelques jours avant le 7 octobre, que le Hamas semblait préparer une attaque de grande ampleur. D’après le quotidien Haaretz, il n’a pas relayé l’avertissement aux services de sécurité. Il a catégoriquement démenti.

Que savait-il ? Les électeurs le sanctionneront-ils pour sa responsabilité supposée, ou lui feront-ils à nouveau confiance ? S’il y a un consensus dans la société israélienne, c’est sur la demande d’une commission d’enquête nationale pour déterminer les responsabilités dans les failles sécuritaires du 7 octobre, ce que le gouvernement a refusé jusque-là.

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