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Wednesday, October 7, 2026

Étude | La plus grande colonie de manchots du monde victime du changement climatique

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(Paris) Une île isolée près de l’Antarctique n’abrite plus la plus grande colonie de manchots au monde, ses habitants ayant probablement été décimés par des changements provoqués par le réchauffement climatique sur les chaînes alimentaires, montre une nouvelle étude publiée mercredi.

Publié à

Laurent THOMET Agence France-Presse

Des images prises par drone et par satellite ont montré que l’île volcanique de Zavodovski a perdu plus de 680 000 manchots à jugulaire entre 2011 et 2025, selon le British Antarctic Survey (BAS).

« C’est une disparition très rapide », a souligné auprès de l’AFP Norman Ratcliffe, auteur principal de l’étude du BAS publiée dans la revue Current Biology.

Ces observations font craindre un déclin des populations de manchots à jugulaire, appelés ainsi en raison de la ligne noire qui orne leur menton, dans l’ensemble des îles Sandwich du Sud, dont fait partie Zavodovski et qui abritent 38 % de l’espèce.

Les chercheurs estiment que ces « baisses alarmantes » devraient conduire l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à reclasser cette espèce dans la catégorie « en danger ».

Leur classification actuelle de « préoccupation mineure » signifie que l’on considère qu’ils ne sont pas menacés d’extinction.

Déclin de 63 %

Des études menées en 2011 avaient conclu que les populations de manchots à jugulaire dans l’ensemble des îles Sandwich du Sud étaient stables, mais leur nombre sur l’île Zavodovski est passé d’environ 1,09 million d’individus reproducteurs en janvier 2011 à 402 000 en 2025, soit un déclin de 63 %, selon l’étude.

L’île abrite également une autre espèce, le Gorfou macaroni, dont la population est passée d’environ 338 000 individus en 2011 à 433 000 en 2025, et qui est désormais plus nombreuse que celle des manchots à jugulaire.

Au total, le nombre de manchots à jugulaire et de « macaronis » dépasse désormais 835 000 individus à Zavodovski.

Les chercheurs ont indiqué que les manchots Adélie du cap Adare, situé de l’autre côté de l’Antarctique, constituent désormais la plus grande colonie de manchots au monde, avec plus d’un million d’individus en 2018.

Le volcan Mount Curry, situé sur l’île de Zavodovski, est entré en éruption en 2016, faisant craindre qu’il ne décime la population de manchots de l’île. Mais les chercheurs ont constaté que le nuage de cendres avait été poussé vers le nord-est, au-dessus d’une zone non habitée par ces oiseaux incapables de voler.

« Le déclin de la superficie de la colonie de manchots à jugulaire était déjà en cours avant l’éruption et s’est poursuivi à un rythme constant par la suite », indique l’étude.

« Nous ne pensons pas que le volcan soit en cause, ni qu’il s’agisse du principal facteur (du déclin de la population), car nous observons une diminution linéaire du nombre de manchots à jugulaire », a déclaré M. Ratcliffe à l’AFP.

Krill

Les scientifiques ont plutôt établi un lien entre la baisse des effectifs de manchots à jugulaire et la diminution de la disponibilité du krill, ces petits crustacés ressemblant à des crevettes qui constituent leur principale source de nourriture.

Le réchauffement des températures océaniques a poussé le krill plus au sud, vers des eaux plus froides, que les manchots à jugulaire ne supportent pas.

« Nous pensons que le changement climatique, agissant à travers les réseaux trophiques (les chaînes alimentaires reliées entre elles dans un écosystème, NDLR), est probablement le principal facteur » à l’œuvre, a déclaré M. Ratcliffe.

Quand la population de manchots à jugulaire de l’île a diminué de 7 % par an, les manchots macaronis ont vu leur nombre augmenter au cours de la même période, car ils se nourrissent d’un éventail de proies plus large. Leur survie confirme également l’hypothèse selon laquelle l’éruption volcanique n’a pas joué de rôle dans le déclin des manchots à jugulaire.

« Le glissement observé des manchots à jugulaire vers les manchots macaroni sur l’île Zavodovski représente le changement le plus marquant dans la composition de la communauté de manchots jamais observé à ce jour sur un seul site en Antarctique », indique l’étude.

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