Un officier ukrainien jugé en Allemagne pour "crime de guerre" pour le sabotage des gazoducs Nord Stream

Quatre ans après le sabotage des gazoducs germano-russes Nord Stream, un officier ukrainien comparaît à partir de mercredi en Allemagne. Poursuivi pour "crime de guerre", il est le premier accusé à être jugé dans cette affaire aux lourdes ramifications géopolitiques.
Peu avant l'audience, quelques dizaines de manifestants hostiles à Moscou ont brandi des banderoles portant l'inscription "La Russie est une terroriste" et des drapeaux européens, devant le tribunal de Hambourg (nord) où l'accusé, âgé de 50 ans, est jugé.
Jamais revendiquée et longtemps entourée de mystère, cette opération en mer Baltique, au large de l'île danoise de Bornholm, est survenue sept mois après l'invasion russe de l'Ukraine.
Au moment de l'attaque, le 26 septembre 2022, les deux gazoducs étaient à l'arrêt. Les autorités russes avaient déjà suspendu les livraisons de gaz via Nord Stream 1, probablement en réponse aux sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine. Nord Stream 2, tout juste achevé, n'est quant à lui jamais entré en service.
Après l'explosion, de nombreuses pistes avaient été évoquées, avec en toile de fond l'hypothèse d'un État commanditaire : la Russie elle-même, les États-Unis (très critiques des gazoducs car ils accroissaient la dépendance européenne au gaz russe) et l'Ukraine que la justice allemande a fini par accuser en juillet 2026.
Une situation délicate car l'Allemagne est le premier soutien militaire de Kiev et se dit régulièrement victime d'actes de sabotage et d'espionnage russes sur son sol. Officiellement, le gouvernement allemand insiste sur la séparation des pouvoirs et ne commente pas l'affaire.
De son côté, l'Ukraine dément avoir orchestré le sabotage mais n'a pas caché sa satisfaction, jugeant légitime toute attaque en mesure d'affaiblir la capacité du Kremlin à financer sa guerre.
Interrogé sur le procès, un haut responsable du gouvernement ukrainien a répondu à l'AFP n'avoir "aucune attente particulière".
Le tribunal de Hambourg a pour le moment programmé des audiences jusqu'en février. Si le suspect est reconnu coupable, il risque plusieurs années de prison. Interrogé par l'AFP sur les attentes russes, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré espérer "une procédure objective et un verdict".
Depuis fin août, un second suspect présumé se trouve également en détention, l'un des plongeurs ayant participé au sabotage, un Ukrainien dénommé Vladimir Z., selon le parquet fédéral allemand.
Arrêté dans un hôtel à Pula, ville côtière du nord-ouest de la Croatie, sur la base d'un mandat d'arrêt européen, il a fait l'objet d'une décision d'extradition vers l'Allemagne en septembre. Son avocat a toutefois annoncé qu'il ferait appel.
Il avait échappé une première fois à la justice allemande l'an passé, après qu'un juge polonais avait refusé de l'extrader, arguant qu'il avait commis un acte juste, et l'avait libéré.
Détail piquant, selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, son arrestation est intervenue à un moment où il conseillait en plein tournage l'équipe d'un film hollywoodien inspiré du sabotage, dans lequel Adrien Brody, l'acteur oscarisé pour The Brutalist en 2025, joue le rôle du chef du commando.
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