Souveraineté : le PQ a « éteint les ardeurs » des gens de gauche, dit Sol Zanetti

Un jeudi soir, au quartier général de Québec solidaire, sur la 3e avenue, au cœur de Québec. Sur des tables en plastique blanc, éparpillées dans ce qui a été, pendant 46 ans, un magasin spécialisé en chaussettes, des bénévoles enchaînent les appels, dans un chuchotement constant de « Bonsoir, pardon de vous déranger » et de « Peut-on compter sur votre appui? ».
Bienvenue dans notre chalet!
lance Sol Zanetti, en pointant les murs en bois et les meubles, bruns, pour la plupart.
C’est dans un fauteuil qui aurait trouvé sa place, à une certaine époque, dans un sous-sol de banlieue que l’on retrouve le co-porte-parole de Québec solidaire (QS), en pleine campagne pour sa réélection dans Jean-Lesage.
Les questions d’usage, d’abord. Comment va la campagne à Québec? Bien!
Et regrette-t-il de ne pas parcourir la province dans l’autocar solidaire? Non! On a fait des percées historiques [dans la région de Québec] en 2018. On veut les conserver. Ma présence ici est importante. Quand on fait des points de presse, il y a pas mal de monde.
Ah oui? Plus qu’en 2013, quand j’étais chef d’Option nationale!
Justement.
Effarouchés par le Parti québécois
On en arrive au but de notre visite. Comment se porte l’idée de la souveraineté au sein de Québec solidaire, maintenant que le Parti québécois, avec son option indépendantiste, est aux portes du pouvoir? Et, plus largement, l’indépendance du Québec est-elle une idée qui date du temps où ce fauteuil était ferme et que ce local servait à vendre des bas-culottes?

Les militants de Québec solidaire dans Jean-Lesage sont réunis dans leur local de campagne, qu'ils surnomment « le chalet ».
Photo : Simon Clark
C’est que l’indépendance, c’est le socle de l’engagement politique de Sol Zanetti. Celui-ci s’est fait connaître en 2013 lorsqu’il a succédé à Jean-Martin Aussant à la tête d’Option nationale, un parti farouchement indépendantiste, dont la création même découle d’une certaine timidité du Parti québécois de l’époque à promettre un référendum.
La formation a depuis été avalée par Québec solidaire, devenant un collectif à l’intérieur du parti de gauche, qui se consacre à promouvoir la souveraineté.
QS ne cache pas l'option souverainiste de son parti. Bâtir un pays pour tout le monde.
La promesse est sur chaque pancarte, et bien en vue sur son site web.
Pourtant, ses électeurs ne semblent pas très chauds à l’idée. Un sondage Segma/Radio-Canada révélait la semaine dernière qu’au moins un électeur de QS sur deux (52 %) voterait non
à un référendum sur la souveraineté. Seuls 29 % voteraient oui
, et 14 % demeurent indécis.
Un défi
, reconnaît Sol Zanetti.
C'est que, selon lui, le projet indépendantiste demeure trop associé au PQ et, surtout, à ses positions sur l’immigration.

Sol Zanetti croit que le projet indépendantiste demeure trop associé au Parti québécois.
Photo : Simon Clark
Le Parti québécois a, un peu, comment dire… éteint les ardeurs de beaucoup de monde à gauche par rapport à la souveraineté
, estime-t-il. Il cite notamment les déclarations de Paul St-Pierre Plamondon sur la crise du logement, causée en partie, dit-il, par les immigrants temporaires. Les propos du chef péquiste sur la surpopulation dans les écoles, causée, selon lui, par les enfants d’immigrants, sont également dénoncés par le co-porte-parole de Québec solidaire.
C’est une rhétorique qui prend les immigrants comme boucs émissaires des problèmes du Québec. C’est la recette pour qu’aucun camp du oui ne fonctionne.
Au contraire, dit-il, QS veut mettre de l’avant une souveraineté décoloniale
, démocratique
, écologique
avec des valeurs d’inclusion
. Nous, c'est un Québec pour tout le monde
, lance-t-il.
Sur le terrain, les gens embarquent
, jure-t-il, quand on leur parle d’une souveraineté qui n’est pas celle qui ressemble au programme de gouvernance du Parti québécois
.
Comment on va aller chercher une majorité indépendantiste? Est-ce que c'est en disant "Il y a trop d'immigrants dans les écoles", et en leur faisant sentir qu'ils sont exclus de la nation? Ou est-ce que c'est en disant : "Tout le monde est Québécois, peu importe tes origines, puis on va le faire ensemble [le pays], puis tous nos droits vont être protégés".

Les militants de Québec solidaire ne sont pas divisés sur la question de la souveraineté, croit son co-porte-parole.
Photo : Simon Clark
Les tensions à l’intérieur de QS? Prochaine question
Soit. Mais, ces dernières années, plusieurs membres de QS, anciennement d’Option nationale, ont claqué la porte du parti pour aller grossir les rangs du Parti québécois, jugeant cette fois-ci que c'est QS qui est trop timide sur la question de l’indépendance. La dernière démission en date, et la plus médiatisée : celle de Jimmy Thibodeau, un fervent militant pour l'indépendance, qui a dirigé la campagne de Sol Zanetti au poste de porte-parole.
M. Thibodeau n’est pas exactement parti en douce. Le 9 décembre dernier, il a publié une lettre ouverte dans Le Devoir, dans laquelle il a appelé les souverainistes à se rassembler autour du Parti québécois
. QS n’est pas un allié du mouvement indépendantiste. Peu importe qui le dirige
, écrivait-il.
Selon lui, une grande majorité des militants s’opposent aussi à la souveraineté, y sont indifférents ou n’en voudraient que si QS est au pouvoir – et surtout pas si elle est proposée par le Parti québécois
.
En abordant cette période de turbulence, on semble toucher à un nerf. Je ne veux plus commenter là-dessus
, lance Sol Zanetti. Il n’y aura plus rien qui va sortir de ma bouche à ce sujet-là.

Sur le terrain, « les gens embarquent [...] quand on leur parle d’une souveraineté qui n’est pas celle qui ressemble au programme de gouvernance du Parti québécois », dit Sol Zanetti.
Photo : Simon Clark
D’accord, mais est-il inquiet de cette division, du moins apparente, sur la question de la souveraineté à l’intérieur du parti?
Non
sera la seule réponse, suivie d’un long silence. Prochaine question.
Après le malaise, le troisième essai. Y a-t-il eu une révolte, une dissidence dans les rangs? Non, non, non, ne grossis pas les affaires comme les péquistes le feraient
, lance-t-il.
D’accord. Donc, pas de division à l’interne? Non, non, c’est du spin péquiste, ça.
Moi, j’ai été élu [comme porte-parole] en faisant de la question de l’indépendance ma priorité, le fer de lance de ma campagne. Ruba [Ghazal], la même chose
, insiste-t-il. Les porte-paroles choisis par les militants, ça, c’est significatif. Le programme [du parti], ça, c’est significatif.
Évidemment que nos adversaires, comme le PQ, essaient toujours d’instrumentaliser ces affaires-là pour miner notre crédibilité. C’est toujours ça qu’ils font, parce qu'ils n'ont rien à dire sur le fond.
Le co-porte-parole veut plutôt qu’on parle des vraies affaires
. La question "êtes-vous vraiment souverainiste?" c’est une distraction, qui dévie le cœur du débat.
La vraie question, c’est comment va-t-on aller chercher une majorité indépendantiste?
estime-t-il. Nous autres, notre réponse c’est : on va y arriver en incluant tout le monde.
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