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Friday, October 2, 2026

Phénoména, une célébration de la marginalité

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Pour une 15e année, le festival d’art interdisciplinaire Phénomena offre un espace de création à des artistes hors normes. La programmation, signée pour la première fois par Gaétan Paré, qui succède à D. Kimm à la direction générale et artistique, célèbre la différence sous toutes ses formes.

Le Devoir est chaleureusement accueilli dans les bureaux et les ateliers de Phénomena, décorés dans le style surprenant des cabinets de curiosités. Gaétan Paré répond à un appel important — on est à quelques jours de l’événement — où il est question de tricératops, de paons et de crocodiles. Ces animaux feront-ils partie de la Parade phénoménale, qui aura lieu samedi ?

« Oui ! C’est excitant ! Surtout que c’est gros : on se rend habituellement à 400 participants et 3000 spectateurs », lance l’artiste non binaire, qui porte au bras un tatouage de personnage circassien tenant une flamme.

Pour créer de fabuleux cortèges, la fée Patsy Van Roost donne des ateliers dans des écoles et des organismes communautaires comme Les Impatients et Le Chaînon. Gaétan Paré perçoit la parade comme une manifestation. « On occupe la rue avec la magie, le rêve, la folie. » Quel est le message ainsi lancé ? « Soyons libres, indomptables et indisciplinés », dit Gaétan, évoquant ainsi le slogan du festival.

Les cabarets font aussi partie de l’identité de Phénomena. Il y a notamment le Cabaret Dada et le Cabaret féministe pas gentil du tout, qui aura lieu à guichets fermés. « Un cabaret, c’est un espace sécuritaire pour les gens en marge. C’est un espace où on a le droit de se donner plus de liberté. Ce sont des numéros courts qui permettent de tester des choses. Le cabaret, c’est aussi l’absence du quatrième mur. On s’adresse au public », explique l’artiste, qui a une riche feuille de route en matière de mise en scène.

Phénomena permet au public d’assister à des œuvres toujours en chantier et d’être ainsi témoin de l’évolution d’artistes. « Les salles de cinéma et les salles de spectacle cherchent beaucoup à vendre des billets. Nous, on cherche à faire connaître des artistes. Mon travail, c’est de découvrir des choses qui vont pogner, mais qui ne sont pas programmées », indique Gaétan Paré, qui croit que cultiver la curiosité génère de l’empathie et « fait de nous de meilleurs humains ».

Un lien fort avec la communauté sourde

Le festival compte aussi une programmation destinée à la communauté sourde, plus élaborée que jamais. Elle culminera avec un cabaret mettant en vedette des artistes sourds, présenté en diverses langues des signes. Rap, magie et marionnettes sont notamment au menu. Le spectacle sera rendu accessible à la communauté entendante par le biais d’interprètes. L’enjeu d’accessibilité se retrouve ainsi inversé.

« À Phénomena, les mesures d’accessibilité ne sont pas pour la marginalité. Elles sont pour la norme », constate Gaétan Paré avec satisfaction.

Sa rencontre avec la communauté sourde a été bouleversante. « En tant que personne queer, je m’identifie beaucoup à l’absence de considération qu’on peut avoir dans nos sociétés. Il y a plein de fois où j’ai pensé que le monde qu’on m’offrait ne me convenait pas. C’est souvent aussi comme ça que les personnes sourdes se sentent, parce qu’elles sont confrontées à des gens qui ne parlent pas leur langue. Il y a un sentiment d’isolement, un sentiment d’absence de communauté, qu’on essaie de créer dans le festival. »

Résister

L’accessibilité financière est aussi très importante pour le festival, coordonné par l’organisme à but non lucratif Les filles électriques. Les billets coûtent 25 $ ou moins, sauf pour le concert de clôture de Marie Davidson au Club Soda.

Gaétan Paré le reconnaît, l’existence de Phénomena est un acte de résistance. « C’est plus nécessaire que jamais, des espaces de création qui s’opposent à la montée du fascisme », indique Gaétan.

Nos libertés sont-elles attaquées ? « Je vais répondre très frontalement que oui. Je veux dire… Certains de nos politiciens ont des propos transphobes, homophobes et racistes », constate l’artiste.

La rébellion, chez Phénomena, se fait par la prise de parole, par l’humour et par la fête.

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