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Friday, September 25, 2026

ÉDITO | Damien Ernst entartré par des militants masqués : quand l’extrémisme prétend imposer sa loi au nom du « bien »

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Il y a des images dont on aurait tort de rire. Celles de Damien Ernst, professeur à l’Université de Liège, bombardé de tartes à la crème en plein cours, en font partie. Parce que non, ceci n’est pas un « entartage » à la Noël Godin. Le célèbre entarteur belge avait fait de la tarte à la crème une arme burlesque dirigée contre les puissants, de Bill Gates à Nicolas Sarkozy. Ici, une petite dizaine d’individus masqués et déguisés font irruption dans un auditoire, encerclent un professeur devant ses étudiants médusés et lui balancent violemment leurs tartes, avec pour objectif d’humilier et de faire mal.

Pendant quelques secondes, Damien Ernst ignore surtout jusqu’où ils iront. Car ce qui a été violé jeudi, ce n’est pas seulement l’intégrité d’un professeur. C’est un lieu qui devrait être sanctuarisé : l’université. Le lieu du savoir, de l’apprentissage, de la confrontation des idées, de la recherche et de l’esprit critique. On n’y débarque pas masqué pour l’intimider physiquement.

La porte ouverte aux dérives

Et il serait dangereux de balayer l’épisode d’un haussement d’épaules au motif qu’après tout, « ce ne sont que des tartes ». Aujourd’hui, la tarte à la crème. Et demain ? Où place-t-on la limite lorsque l’intimidation physique devient un mode d’action politique acceptable ? L’histoire récente, en Europe, nous a suffisamment montré que des enseignants pouvaient devenir des cibles précisément à cause de ce qu’ils enseignent, disent ou représentent. Il serait irresponsable d’attendre qu’un drame survienne pour agir.

D’autant que cet épisode intervient dans un climat liégeois de plus en plus tendu autour de la défense et de ses liens avec l’Université. Des militants antimilitaristes dénoncent un prétendu « complexe militaro-industriel liégeois », les « lobbies » de l’armement ou les « idéologues pro-guerre », voire carrément – n’ayons surtout pas peur de galvauder le sens des mots – des « technofascistes ». Dans leur rhétorique, le débat est en fait tranché : ceux qui travaillent avec le secteur de la défense seraient du mauvais côté de l’Histoire.

Mais au nom de quoi une poignée de militants déciderait-elle de ce que l’Université peut rechercher ? De ce que ses futurs ingénieurs peuvent étudier ? Des entreprises avec lesquelles elle peut collaborer ? De ce qui est moralement fréquentable ou non ?

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Surtout, revenons au réel, qui semble échapper à ces gens. Nous vivons sur un continent où la guerre est redevenue une réalité. Où les drones, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les systèmes de défense bouleversent les rapports de force. Former des ingénieurs capables de travailler sur ces technologies ne transforme pas une université en officine de va-t-en-guerre. Cela signifie aussi préparer des étudiants à travailler demain dans un secteur devenu stratégique pour la Belgique et pour l’Europe.

Des entreprises qui investissent à l’université

Et il y a une autre contradiction qu’il faudra bien finir par regarder en face. Thales investit un million d’euros sur quatre ans dans son partenariat avec l’ULiège. FN Herstal et John Cockerill participent également au financement de la recherche universitaire dans l’intelligence artificielle appliquée à la défense. On ne peut pas, dans le même temps, dénoncer le sous-financement de l’enseignement supérieur, s’alarmer de la situation financière des universités et considérer comme suspects les partenariats permettant d’apporter des moyens supplémentaires à la recherche. Ou alors, il faut expliquer qui paiera.

Mais le plus inquiétant demeure ailleurs. Ce jeudi, quelques individus ont décidé qu’ils avaient le droit d’interrompre un cours, de pénétrer masqués dans un auditoire et de s’en prendre physiquement à un professeur parce qu’ils désapprouvaient ses choix et ses recherches. Cela porte un nom : l’intimidation. Et lorsqu’une idéologie, quelle qu’elle soit, conduit à considérer que ses convictions autorisent à franchir cette frontière, le problème ne concerne plus seulement Damien Ernst, Thales ou l’Université de Liège. Il concerne notre démocratie. Et elle commence à vaciller lorsque certains s’arrogent le droit de dire ce qui est bien ou mal et décident que leurs certitudes leur donnent le droit de le faire taire. C’est ça, les vrais comportements fascistes.

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