Eddy de Pretto fait ses premiers pas au cinéma dans « Vigilante » : « Je suis fier d’endosser un rôle aussi puissant »


Pourquoi avez-vous accepté de participer à ce film, tourné en Belgique ?
J’avais envie de faire du cinéma depuis longtemps. J’attendais simplement la bonne occasion. Je ne voulais pas entrer dans ce milieu avec un rôle qui ne me correspondait pas ou qui était trop fleur bleue. J’attendais un rôle assez conséquent, sombre et qui défende de vrais messages. Quand Olivier Pairoux, que je ne connaissais pas, m’a proposé ce scénario, j’ai tout de suite accroché. Je trouvais ça audacieux, pour un réalisateur, de faire confiance à quelqu’un qui n’avait jamais fait de cinéma. Je suis fier d’endosser un premier rôle aussi puissant.
Vous incarnez le personnage de Morville. Comment le définiriez-vous ?
C’est un homme assez torturé qui cherche à donner un sens à sa vie. Il va alors se donner pour mission de traquer et d’exposer des pédophiles qui traînent sur les réseaux sociaux. Il prend le problème à bras le corps car il estime que la police ne le fait pas assez. Peut-on faire justice soi-même ? C’est tout le sous-texte du film.
Ce côté torturé fait-il également partie de votre personnalité ?
Plus jeune, je l’étais énormément. Aujourd’hui, j’ai trouvé mon équilibre et ça a apaisé beaucoup de douleurs. Je ne ressens plus ce syndrome de l’imposteur que j’ai pu connaître. Il s’est peu à peu dissipé lorsque j’ai compris que ma carrière pouvait continuer, que je pouvais encore sortir des albums et monter sur scène. Tout cela m’a nourri et comblé. Le plus difficile, c’est finalement de construire une carrière et de la faire durer. J’ai essuyé des échecs et je connais encore des moments de doute, mais ça fait partie du jeu.
« Mon rapport à la masculinité a beaucoup évolué. Plus je grandis, mieux je vis avec. »
Comment vous êtes-vous préparé ?
Pendant six mois, j’ai été accompagné par plusieurs coachs, notamment un préparateur physique avec qui j’ai travaillé la boxe. Comme je ne suis pas du tout un bagarreur, il fallait que je gagne en intensité et que je prenne confiance en mon corps. J’ai également travaillé avec des coachs psychologiques pour affiner mon jeu et acquérir le mental nécessaire pour incarner un mec comme Morville. Avec lui, tout passe par le regard et les émotions du corps. J’ai été énormément chouchouté. Je me suis senti en confiance dès le début du tournage.
La virilité qui se dégage de Morville et de ses amis peut faire écho à cette « virilité abusive » que vous évoquiez dans votre chanson « Kid »…
C’est vrai ! Ces hommes ont besoin de prouver qu’ils sont forts et ont les épaules suffisamment solides pour affronter n’importe quel obstacle. Damien Chapelle, qui joue Xavier, l’ami de Morville, incarne parfaitement cette virilité parfois poussée jusqu’à la caricature. Vous savez, mon rapport à la masculinité a beaucoup évolué. Plus je grandis, mieux je vis avec et moins je la ressens comme une pression, même si elle est toujours un peu présente.
Vous avez grandi à Créteil. En quoi la banlieue a-t-elle façonné l’homme que vous êtes ?
Créteil a beaucoup contribué à mon éducation. J’ai longtemps adopté cette posture de « bad boy » avec mes amis de quartier. Je m’en suis d’ailleurs servi pour incarner Morville au mieux. Aujourd’hui, j’ai la chance d’évoluer dans un environnement où l’on me permet d’être pleinement moi-même, et c’est un énorme privilège. Quand je repense à mon enfance, je ne suis pas nostalgique pour autant. Je suis surtout heureux de m’être émancipé et d’avoir pu découvrir d’autres horizons, qui m’ont permis de grandir et d’évoluer.
Quelle est l’histoire de « Sous Influence », le premier extrait de votre quatrième album, à paraître prochainement ?
J’avais envie de revenir à l’écriture de mes débuts et de défendre à nouveau des sujets de société. Je me suis demandé ce qui nous influence réellement : est-ce que ce sont nos propres désirs ou la pression extérieure et sociale ? C’est une question que je me suis posée en tant qu’auteur, mais surtout en tant qu’humain. Certains choix sont tellement inconscients qu’on les fait parfois par souci de validation. Nous sommes tous des êtres de mimétisme, et je trouve ça fascinant.
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