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Thursday, October 15, 2026

RDC: À Bunia, la riposte contre Ebola au plus près des communautés, des femmes et des enfants

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Avec plus de 4 000 morts en cinq mois, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays. Cette 17ᵉ flambée épidémique a été qualifiée d’urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À Bunia, dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, les efforts de la riposte commencent à porter leurs fruits. Mais derrière les premiers signes d’espoir, les défis restent nombreux : convaincre les populations, maintenir les services de santé, protéger les enfants et accompagner les survivants.

De notre envoyée spéciale à Bunia,

À Rwampara, dans la zone de santé de Shari, les relais communautaires sont au plus près des habitants. Ils sont le visage de la riposte. Depuis le début de l’épidémie, leur travail a changé de rythme et de nature. Sensibilisations de masse, dialogues communautaires, visites à domicile, surveillance et alertes : ils multiplient les actions pour informer les populations et les encourager à se rendre dans les structures sanitaires.

Emmanuel Birunga exerce ce métier depuis huit ans : « Auparavant, on avait des activités de routine, mais avec Ebola, on a dû changer les activités, c'est-à-dire on fait des sensibilisations de masse, on parle, on fait des dialogues communautaires et il y a les visites à domicile que nous sommes appelés à exécuter chaque fois pour faire la surveillance et faire des alertes aussi. »

Emmanuel dit être bien intégré dans sa zone de santé de Shari, qu’il connaît par cœur. Pourtant, même pour lui, convaincre les habitants n’a pas été facile. « Les gens n’écoutaient pas. Au début, c'était compliqué parce qu'ils disaient que c’était une maladie de routine : la malaria. Ou alors ils disaient que c’était du poison. Et ils allaient plutôt voir les tradipraticiens qui disaient que c’était le poison », raconte le relais communautaire.

Le relai communautaire Emmanuel Birunga devant le centre de santé de Shari, Rwampara, Ituri, RDC, octobre 2026.
Le relai communautaire Emmanuel Birunga devant le centre de santé de Shari, Rwampara, Ituri, RDC, octobre 2026. © Paulina Zidi / RFI

Puis les décès se sont multipliés. Dans l’aire de santé de Shari, le relais communautaire se souvient de journées au cours desquelles plus de dix personnes, parfois plus de quinze, étaient enterrées. « C'est à la suite de ça que les gens ont compris que cette maladie existe », conclut-il.

Aujourd’hui, les centres de santé se remplissent de nouveau. Les habitants commencent à retrouver confiance. Pour Cynthia Stepanisos, qui accompagne les relais communautaires au sein de l’agence des Nations unies pour la population (UNFPA), cette confiance reste indispensable.

« L'engagement communautaire est toujours un défi parce que lorsqu'une nouvelle maladie arrive, il faut trouver des stratégies pour faire participer les communautés aux différentes activités pour qu’elles puissent avoir la bonne information. » Sur le terrain, informer, rassurer et lutter contre les fausses informations font désormais partie intégrante de la riposte.

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À la maternité de Rwampara, la peur a éloigné les patientes

À quelques pas de là, dans la maternité du centre de santé de Rwampara, le calme contraste avec l’intensité de la crise sanitaire. Ce dimanche matin, aucune patiente n’est présente. Les quatre femmes qui ont accouché le jeudi précédent sont déjà rentrées chez elles. Victorine Kwikiriza, sage-femme du centre, profite de ce moment pour nous faire visiter les lieux. « Là, on fait le triage et puis on l’amène. Si elle est venue pour accoucher, elle arrive ici, on l'accueille. »

Victorine Kwikiriza est la sage-femme référence de la maternité du centre de santé de Rwampara, Ituri, RDC, octobre 2026.
Victorine Kwikiriza est la sage-femme référence de la maternité du centre de santé de Rwampara, Ituri, RDC, octobre 2026. © Paulina Zidi / RFI

Ici, aucun cas d’Ebola n’a été enregistré. Mais l’épidémie a profondément perturbé le fonctionnement de la maternité. Au début, les soignants craignaient eux-mêmes d’être contaminés, faute de matériel de protection suffisant. Les femmes enceintes, elles aussi, hésitaient à venir accoucher dans les structures sanitaires. « Au début, on avait peur des femmes, des patientes et des femmes enceintes, car on n’avait pas de protection », témoigne Victorine Kwikiriza.

Les accouchements ont diminué de moitié. Pour faire revenir les femmes, les équipes ont dû aller à leur rencontre, notamment à travers des sensibilisations de porte-à-porte, comme l’explique Esther Mosseka, sage-femme pour l’UNFPA : « Il y a des sensibilisations qui se tiennent dans la communauté porte à porte et cela fait que la communauté a compris qu'il faut venir au niveau du centre de santé pour tout ce qui concerne les services de santé sexuelle et reproductive et même tous les services des soins de santé primaires. »

Car les femmes sont particulièrement exposées à Ebola. Leur rôle auprès des malades et lors des funérailles les place davantage au contact des personnes potentiellement infectées. « Si quelqu'un est malade, c'est la femme qui est garde-malade. S'il faut organiser des funérailles, la femme est là, la femme est presque dans toutes les activités, donc le rôle qu'elle joue dans la communauté, vraiment l'expose plus », confirme Esther Mosseka.

À cette exposition s’ajoute la difficulté d’accéder aux soins. Le docteur Paulin, chargé des questions de santé sexuelle et reproductive à l’UNFPA, a lui aussi constaté une baisse de fréquentation des consultations prénatales, des services d’accouchement, de la planification familiale et de la prise en charge des survivantes de violences sexuelles.

« Le non-recours aux services de santé a fait que nous avons constaté une augmentation de la mortalité maternelle. Avant l’épidémie, on avait autour de trois décès maternels par semaine en moyenne, et on est passé pratiquement à cinq décès par semaine à Bunia. »

La peur de la contamination a ainsi aggravé les difficultés d’un système de santé déjà sous tension.

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Garder à tout prix les enfants près de leurs parents

Au centre médical évangélique de Bunia, une autre structure participe à la riposte : une crèche de l’Unicef, installée juste à côté du centre de traitement Ebola (CTE). Dans cette crèche, des berceuses prennent soin des enfants dont les parents sont hospitalisés. Certains sont négatifs au virus, mais restent sous surveillance en raison de leur exposition potentielle.

« C'est un garçon, il a deux mois, c'est un enfant qui est déchargé. Donc sa mère est ici au CTE, sa mère est confirmée positive, lui, il est négatif », explique Neema, une berceuse, en présentant le bébé.

Neema, berceuse à la crèche Unicef du CTE de Bunia, berce une petite fille qui lui a été confiée, Ituri, RDC, octobre 2026.
Neema, berceuse à la crèche Unicef du CTE de Bunia, berce une petite fille qui lui a été confiée, Ituri, RDC, octobre 2026. © Paulina Zidi / RFI

Selon l’Unicef, près de 2 000 enfants ont perdu leurs parents au cours de l’épidémie. Pour prendre en charge les enfants des patients hospitalisés dans les centres de traitement, l’organisation a déployé douze crèches directement reliées aux structures sanitaires.

Neema est elle-même une survivante d’Ebola. Médecin en formation, elle a choisi de venir s’occuper de ces enfants : « Je suis médecin en formation, j'ai choisi de venir aider les enfants ici parce que, vu que les parents n'ont pas la force, les enfants se sentent séparés de leurs parents. Beaucoup de gens ne veulent pas aider les enfants. Moi, j'aime beaucoup la pédiatrie, j'aime beaucoup les enfants. C'est pourquoi je me suis décidée à venir aider les enfants ici. »

La crèche a accueilli jusqu’à dix enfants. Quand nous la visitons, un seul bébé y est pris en charge, celui dont s’occupe Neema, qui est arrivé la veille en fin de journée. La fréquentation évolue en fonction de celle du centre de traitement.

Les enfants restent sous surveillance médicale. Les infirmiers contrôlent leur température et observent l’apparition éventuelle de symptômes. En cas de signe inquiétant, ils sont conduits au centre de traitement pour un suivi plus étroit.

Marlin Bisimwa, responsable Ebola auprès de l’Unicef, décrit ce dispositif : « Au niveau du CTE, il y a les infirmiers qui passent pour continuer à surveiller l'évolution des enfants, prendre la température, observer si les enfants ont développé des symptômes. S'il y a quelque chose qui cloche, on amène l'enfant au CTE pour continuer à le suivre de près. »

L’Unicef souhaite généraliser ces crèches auprès des centres de traitement lors des épidémies d’Ebola. L’organisation envisage également la création d’une maison des parents pour ceux dont les enfants sont hospitalisés.

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Sarah, survivante d’Ebola, tente de reconstruire sa vie

Entrée du centre de traitement Ebola de l’hôpital de référence de Bunia, Ituri, RDC, octobre 2026.
Entrée du centre de traitement Ebola de l’hôpital de référence de Bunia, Ituri, RDC, octobre 2026. © Paulina Zidi / RFI

Nous rencontrons à Rwampara une autre berceuse. Elle s’appelle Sarah. Elle est aussi une survivante. Au début de l’épidémie, elle a perdu une grande partie de sa famille, notamment son mari. Alors qu’elle était enceinte de sept mois, elle est tombée malade à son tour. « Comme beaucoup de gens de ma famille étaient morts dans un centre, au début, je ne voulais pas y aller. Puis mon mari est mort à la maison. J’étais très malade, donc j’ai fini par aller dans un centre. »

C’est là qu’elle a accouché d’une petite fille en bonne santé, à qui elle a donné son prénom. Pendant que sa mère était soignée, le bébé a été placé dans la crèche du CTE de Rwampara.

Sarah a fini par survivre à Ebola. Elle a pu récupérer sa petite fille, mais, en arrivant chez elle, une mauvaise surprise l’attendait : « Ma maison était totalement vide. En fait, les gens de ma famille pensaient que j’allais mourir, donc ils ont tout vendu. Je me suis retrouvée seule, sans rien, avec mes cinq enfants à charge. »

Aujourd’hui, Sarah travaille à la crèche qui a accueilli sa fille. Elle tente de gagner de l’argent pour reconstruire sa vie, après avoir perdu une grande partie de sa famille et traversé la maladie alors qu’elle attendait un enfant. Son histoire rappelle que la sortie du centre de traitement ne signifie pas nécessairement la fin des difficultés. Pour Sarah, il faut désormais continuer à vivre après la maladie, tout en essayant de reconstruire ce que l’épidémie a emporté.

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À Bunia, des signes d’amélioration, mais des inquiétudes persistantes

Dans la capitale provinciale de l’Ituri, les centres de traitement ne sont plus surchargés. La riposte commence à porter ses fruits, mais le virus continue de circuler et de faire des victimes.

Au Nord-Kivu, dans la région de Beni-Butembo, la situation reste préoccupante. La présence du groupe armé jihadiste ADF complique le déploiement des équipes dans la zone située entre le Nord-Kivu et l’Ituri.

Cinq mois après le début de cette 17ᵉ flambée épidémique, la riposte ne se joue donc pas uniquement dans les centres de traitement. Elle se poursuit aussi dans les communautés, les maternités et les crèches, auprès de ceux qui tentent de se protéger, de soigner leurs proches ou de reconstruire leur vie après Ebola. La crise humanitaire, toujours sous-financée, constitue une autre préoccupation rappelée par les Nations unies.

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