«V!TAL»: battements de corps
C’est dans l’éclat et la douceur que s’est ouverte la 35e saison de l’Agora de la danse mercredi soir avec la pièce V!TAL de la compagnie Destins Croisés. Présentée jusqu’au 26 septembre, celle-ci explore l’urgence de vivre dans un monde qui s’effondre. Une œuvre enivrante qui résonne longtemps dans les corps, et les cœurs.
On a des frissons, on a chaud, on a envie de se coller, doucement, de transpirer, fort, de sentir un souffle chaud sur sa nuque, de crier à tue-tête, de courir dans le froid. Diverses émotions se mélangent en sortant de V ! TAL. Mais elles ont toute la même caractéristique pourtant : celle de nous faire sentir vivant. C’est donc un pari réussi pour le chorégraphe Ismaël Mouaraki.
L’ambiance est tamisée, les lumières sont chaudes, orangées. Deux sortes de portes d’entrée balisent le fond de la scène.
Un premier interprète entre en scène, bat la mesure puis laisse son corps onduler. Il semble se connecter aux différentes sonorités, tout en douceur. Les autres danseurs, sur le côté, l’observent, ressentent le rythme dans leur corps, avant d’entrer à leur tour sur la piste. Ils deviennent instantanément un groupe soudé, qui ne se quittera quasiment jamais. Telle une meute, ils traversent et prennent l’espace, dans un unisson organique de mouvements somme toute simples, mais extrêmement bien exécutés. Ensemble, ils reçoivent la musique, l’incarnent. Et vice sera. On sent toute la complicité qui s’est tissée au fil des répétitions entre tous les artistes sur la scène. Les musiciens, excellents, sont à l’écoute, fixent les corps pour s’adapter, moduler les sons, ne faire plus qu’un.
Dans cette toute création, M. Mouaraki s’inspire encore une fois de son Maroc d’origine et du hip-hop, tout en s’en éloignant pour devenir d’autant plus universel. Ces influences restent, mais paraissent infusées dans les gestuelles et dans les sons. Elles sont là, fortes, mais diffuses.
Ainsi, le rapport au sol, à la terre, est, tout au long de l’œuvre, est très fort. Les interprètes sont solidement ancrés au sol, avec des pas assumés, lourds, musicaux et incarnés. Les bras, eux, sont fluides, libres comme l’air, authentiques. La cage thoracique et les hanches, enfin, sont mobiles et vacillent entre circularité et à-coups. Ainsi, dans V ! TAL, tout semble couler de source, être simple et surtout plaisant à jouer, pour la musique, à bouger, pour les danseurs.
Après cette première union, les interprètes, extrêmement talentueux, dansent avec de plus en plus d’amplitude. Les têtes se balancent, les bras s’élancent. Le rythme s’accélère, les rebonds naissent. Et le tout se répète. Frénétique, enivrant. On a envie d’embarquer avec eux tellement les sons et les corps nous rentrent dedans, résonnent dans nos cœurs.
Unir les cœurs, les corps
Pause. Après l’engouement du collectif, de la cadence, de l’être-ensemble, place à l’introspection et la douceur. Seuls dans leur coin, les danseurs embrassent alors la lenteur, les sensations plus internes et les gestes plus sensuels. Les ondulations sont sensibles et palpables, encore une fois tant devant nos yeux que dans nos oreilles. Frissons.
Puis, ce sont les retrouvailles. Les corps se reconnectent ensemble, dans des va-et-vient collectifs, entre amplitude profonde et petits mouvements contenus. La musique vient ensuite s’infiltrer dans les corps à travers des tapotements du thorax, sur soi, sur les autres. Ces échos de cœur entraînent des rapprochements de corps, d’êtres. Et la tendresse s’accentue, s’intensifie, se vit devant nous. En toute sensualité, des duos, des trios ou le groupe au complet s’écoutent, s’explorent, respirent ensemble et prennent le temps de ressentir, de se délecter.
Peu avant la fin, un regard public collectif surprend et nous questionne : et vous, êtes-vous vraiment en vie ? Vivez-vous pleinement le moment présent ? Vous donnez-vous de l’espace pour ressentir ?
Avec V!TAL, la compagnie Destins Croisés transmet la joie d’être ensemble et de partager cette vie commune. Elle dépasse la simple notion de bonheur en incarnant concrètement ce qui nous rend vivants, et humains. Entre unisson transpirant rythmé et sensualité intime dans un souffle, cette œuvre nous donne le sourire et fait battre nos cœurs.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.