The Daily Newsstand · Free, Always
Sunday, November 8, 2026

Pourquoi l’adhésion du Canada à Erasmus+ est loin d’être gagnée

Translate

La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Le Canada est actuellement en pourparlers pour rejoindre un vaste programme d’échanges de l’Union européenne (UE), qui pourrait offrir aux Canadiens davantage de possibilités d'étudier, de travailler et de vivre sur le Vieux Continent. Un expert souligne toutefois que cette adhésion risque d'être moins simple qu'il n'y paraît.

Lors du sommet Canada-UE à Montréal le mois dernier, ainsi que dans son budget 2026, le premier ministre Mark Carney a signalé l'intérêt d’Ottawa envers Erasmus+.

Créé en 1987, ce populaire programme permet aux citoyens de l’UE et de six autres pays partenaires d'étudier et de se former dans des établissements à travers l'Europe pendant une durée maximale d'un an.

Afin de faciliter la mobilité, les étudiants sont exemptés de frais de scolarité et d'inscription, et reçoivent du soutien financier pour les aider à couvrir les frais de voyage et de subsistance.

À l’heure actuelle, un étudiant canadien voulant étudier en Europe doit généralement débourser ces frais de sa poche.

Grâce à ce programme, un étudiant canadien pourra poursuivre ses études à Barcelone tout aussi facilement qu'à McGill, avait donné en exemple M. Carney, lors du sommet à Montréal.

Une étudiante fait des travaux dans une salle de cours vide.

Une étudiante française participant au programme Erasmus à l'Université Complutense de Madrid. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Susana Vera

Aussi des opportunités professionnelles

En plus des programmes d’études, Erasmus+ donne aussi accès à des stages professionnels, à des bourses de recherche universitaire ou encore à des échanges de sport universitaire.

Un apprenti soudeur du Manitoba pourrait effectuer ou terminer son stage chez un employeur en Italie, et ainsi ramener de nouvelles compétences chez lui, a illustré le premier ministre Carney.

De nombreuses universités canadiennes sont déjà partenaires d'Erasmus+ par le biais d'accords individuels, mais ceux-ci se limitent principalement à des possibilités d'échanges pour les étudiants à la maîtrise et les chercheurs universitaires.

Une participation accrue du Canada à Erasmus+ permettrait donc d'élargir les possibilités de financement pour les étudiants de premier cycle, entre autres.

Eramus+ en bref :

  • Erasmus+ inclut les 27 États membres de l'UE ainsi que la Norvège, l'Islande, le Liechtenstein, la Serbie, la Turquie, la Macédoine du Nord et le Royaume-Uni.
  • Plus de 16 millions de personnes ont participé au programme depuis sa création, selon les plus récentes données disponibles.
  • Le budget est composé des contributions des États membres, qui sont basées sur leurs revenus nationaux bruts respectifs.
  • Le financement total du programme a doublé pour la période actuelle (2021-2027), pour atteindre environ 28,5 milliards d'euros (soit environ 45 milliards de dollars canadiens).

Quels obstacles à la participation du Canada?

Oliver Schmidtke, professeur à l'Université de Victoria spécialisé en politique européenne, juge le projet d'adhésion du Canada à Erasmus+ très ambitieux.

L'éducation relève en grande partie des provinces au Canada. La façon dont ça se traduirait sur le terrain et la manière dont le gouvernement fédéral négocierait avec les gouvernements provinciaux pour tenter de réglementer le tout, voilà toute une série de questions qui demeurent ouvertes, a déclaré M. Schmidtke.

Les coûts associés à Erasmus+ pourraient également être un frein, note l’expert.

À titre d'exemple, le Royaume-Uni a signé en avril un accord temporaire pour participer au programme. Cette entente, valable pour un an seulement, prévoit une contribution de 570 millions de livres sterling (plus d'un milliard de dollars canadiens) du Royaume-Uni en 2027.

Qui plus est, les universités canadiennes devront payer des montants substantiels pour fournir, par exemple, du soutien au logement ainsi que du personnel pour accueillir les étudiants Erasmus+ arrivant au Canada, indique M. Schmidtke.

Une éventuelle adhésion au programme européen interviendrait à un moment de grand stress financier pour les universités canadiennes, souligne en outre le professeur. Une situation liée à la diminution du nombre d'étudiants internationaux au Canada ces dernières années, qui paient généralement des frais de scolarité plus élevés, explique M. Schmidtke.

Il faudra par ailleurs que les provinces et l'Union européenne s'entendent sur les transferts de crédits pour les étudiants participants – une tâche qui n'a rien de simple.

Tous les membres d'Erasmus+ et les pays tiers associés appliquent le système européen de transfert et d'accumulation de crédits (ECTS), ce qui simplifie le processus d'équivalence universitaire.

Au Canada, même les transferts de crédits entre établissements d'une même province ne sont pas uniformes.

Volonté de rapprochement avec l’UE

Ce projet survient alors que le Canada cherche à renforcer ses liens diplomatiques et économiques avec le Vieux Contient, sur fond de tensions avec les États-Unis.

En septembre dernier, lors d'un discours devant le Parlement européen à Strasbourg, le premier ministre Carney a évoqué l'idée de devenir « membre associé » de l'UE, citant une éventuelle adhésion à Erasmus+ comme l'exemple le plus tangible d'un rapprochement avec le groupe des Vingt-Sept.

Le premier ministre Carney a été formel : les coûts liés à Erasmus+ ne freineront pas les ambitions du Canada.

Mark Carney et Ursula von der Leyen, souriants, assis côte à côte à une table.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, entend poursuivre l'idée que le Canada devienne le premier « membre associé » de l'Union européenne (UE), a-t-elle martelé lors de son passage à Montréal, le mois dernier.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Nous ne voyons pas cela comme une dépense, a déclaré M. Carney à Montréal, le mois dernier, à propos des coûts associés à une collaboration plus étroite avec l'UE. Nous voyons ça comme un rapprochement.

Malgré les complications potentielles, le professeur Schmidtke estime à son tour que l'intégration à Erasmus+ représentera une occasion inestimable pour les étudiants canadiens.

Le Canada a un certain retard lorsqu'il s'agit d'internationaliser les expériences étudiantes, la mobilité, et ainsi de suite, soutient le professeur.

Le programme Erasmus+ pourrait donc être un puissant incitatif pour élargir l'expérience internationale de nombreux étudiants canadiens.

Certaines universités canadiennes déjà engagées

L'Université de Victoria, l'Université de Waterloo, l'Université McMaster, l'Université Simon Fraser, l'Université de Toronto, l'Université de la Colombie-Britannique et l'Université de Calgary ont indiqué à CBC News qu'elles seraient ouvertes à l'idée d'explorer une participation – ou une participation élargie, certaines étant déjà partenaires d'Erasmus+ – à mesure que de nouveaux détails seront connus.

Le président de l'Université Western, à London, en Ontario, Alan Shepard, est enthousiaste quant aux débouchés qu'Erasmus+ pourrait créer.

Nous encourageons nos étudiants à se considérer comme des citoyens du monde grâce à des possibilités d'étudier, de mener des recherches et d'acquérir une expérience pratique partout sur la planète.

Fin octobre, la rectrice de l'Université Laval, Sophie D'Amours, et la présidente de Sorbonne Université, Nathalie Drach-Temam, ont cosigné une lettre ouverte dans La Presse incitant le gouvernement à intégrer les universités canadiennes au programme.

La Sorbonne est la plus ancienne université de langue française d'Europe. L'Université Laval est la plus ancienne université de langue française des Amériques. Nos traditions sont solides, tout comme notre capacité à contribuer à relever les défis de demain, lit-on dans la lettre.

En unissant nos forces, nous serons encore mieux positionnées pour promouvoir le bien commun que représentent les universités pour la société.

D'après un article de Sophia Laporte, CBC News

À lire aussi :

View the original on Radio-Canada →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.