Des complications postpartum peuvent survenir bien après les premières semaines
Chez les nouvelles mères, des complications graves peuvent survenir jusqu’à un an après l’accouchement. Deux médecins de l’hôpital montréalais Sainte-Justine appellent à une meilleure reconnaissance de ces risques et au maintien d’un suivi au-delà des premières semaines suivant la naissance.
En novembre 2021, Maia Masuda a donné naissance à sa fille lors d’un accouchement où tout s’est bien déroulé, raconte-t-elle. Mais, sept semaines plus tard, elle s’est réveillée en pleine nuit, victime d’intenses douleurs abdominales et de violents vomissements.
Au fil des heures, son état s’est détérioré. « Je ne pouvais plus marcher jusqu’aux toilettes, je rampais sur le plancher », relate la femme aujourd’hui âgée de 39 ans. Mme Masuda a été transportée d’urgence à l’hôpital général du Lakeshore, dans l’ouest de Montréal.
Sur place, les médecins ont d’abord soupçonné une appendicite aiguë et l’ont conduite au bloc opératoire. Pendant la préparation, elle a toutefois développé un choc septique. L’intervention a révélé une grave inflammation de la membrane qui tapisse l’abdomen, causée par une infection à streptocoque. Résultat : Maia Masuda a dû passer dix jours aux soins intensifs.
Les chocs septiques peuvent survenir autour de l’accouchement et dans la période postpartum, explique la Dre Isabelle Malhamé, interniste en médecine obstétricale et chercheuse au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.
Le cas de Maia Masuda se distingue cependant par le fait que les complications se sont produites plus de six semaines après la naissance. Or, les risques pour la santé maternelle ne disparaissent pas une fois ce cap franchi, souligne la Dre Malhamé, qui est également chercheuse au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).
Dans sa pratique, la médecin voit de plus en plus de patientes aux prises avec des complications postpartum dites « tardives », c’est-à-dire qui surviennent plus de six semaines après l’accouchement.
Cette augmentation serait notamment liée au fait que les femmes ont désormais des enfants plus tard, explique-t-elle. Elles sont aussi maintenant plus nombreuses à présenter des problèmes de santé complexes, comme des maladies chroniques.
Des risques qui persistent
Même après le postpartum, certaines complications survenues pendant la grossesse peuvent avoir des répercussions sur la santé à plus long terme.
C’est notamment le cas de la prééclampsie, qui combine une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines. Les femmes qui en souffrent pendant la grossesse présentent un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires plus tard dans leur vie.
Même si cette information est bien connue des spécialistes en obstétrique, elle ne suit pas toujours les patientes lorsqu’elles se tournent vers des médecins d’autres spécialités une fois leur suivi de grossesse terminé, souligne la Dre Elisabeth Codsi, obstétricienne-gynécologue spécialisée en médecine fœto-maternelle au CHU Sainte-Justine.
Pour la Dre Codsi, les professionnels de la santé appelés à voir ces patientes doivent donc connaître leurs antécédents obstétricaux et les suivis qui peuvent en découler.
De façon globale, les femmes elles-mêmes devraient demeurer attentives à tout changement de leur état de santé mental ou physique jusqu’à un an après leur accouchement, soutient la Dre Malhamé.
Une meilleure détection des complications vise à améliorer la santé et le bien-être des patientes, mais aussi à prévenir les conséquences les plus graves, dont le décès de la mère, renchérit la Dre Codsi. « Tout décès maternel est inacceptable. C’est une tragédie. C’est toute une famille qui s’écroule. »
Des séquelles psychologiques
Pour Maia Masuda, les conséquences de l’hospitalisation n’ont pas été que physiques. Celle qui est orthophoniste au CUSM se remémore avoir vécu de l’anxiété et de la détresse dans les mois qui ont suivi son séjour aux soins intensifs.
« Durant mon congé de maternité, j’ai passé presque toute l’année à réfléchir à quel autre travail je pourrais faire, car je me disais que je ne pouvais pas retourner travailler à l’hôpital », relate-t-elle.
Après avoir eu du soutien, Mme Masuda a finalement pu reprendre son travail au CUSM. Elle n’exerce toutefois plus aux soins intensifs, où elle travaillait avant sa grossesse. « C’était trop pour moi. »
Elle estime qu’il faut parler davantage du postpartum et de la santé mentale, particulièrement lorsqu’une personne fait face à une maladie grave, à une complication ou à une hospitalisation. « Quand on essaie de raconter ça à un ami ou à un membre de la famille, c’est vraiment difficile pour quelqu’un de comprendre, vu que ce n’est pas connu. »
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