Ils ont retrouvé une crotte de dinosaure : une minuscule plume pourrait expliquer pourquoi certains oiseaux ont survécu

Il y a 66 millions d'années, un grand astéroïde percutait la Terre. La dévastation et l'impact climatique que généra cette catastrophe font partie des facteurs qui participèrent à l'une des plus célèbres extinctions de masse de l'histoire de la Planète. Et pour cause, en mettant à terre le règne des dinosaures, l'extinction du Crétacé-Paléogène permit l'essor d'un autre groupe d'animaux, auquel nous appartenons : les mammifères.
Tous les dinosaures n'ont toutefois pas disparu lors de cette crise biologique. Certains sont parvenus à survivre et à prospérer à nos côtés, à tel point que nous oublions parfois qu'ils sont les lointains cousins des tyrannosaures et autres théropodes. Il s'agit des oiseaux.
Les Néornithes, seule lignée aviaire à avoir traversé l’extinction de masse
Les premiers représentants de la lignée des oiseaux apparaissent il y a environ 150 millions d'années. Ils descendent d'une branche de petits dinosaures théropodes à plumes, dont certaines lignées ont progressivement acquis les caractéristiques permettant le vol actif.
À la fin du Crétacé, vers 100 à 70 millions d'années, les oiseaux ressemblent déjà beaucoup plus aux formes actuelles, sans toutefois être déjà considéré comme des oiseaux modernes. Puis le couperet tombe. Comme les autres groupes de dinosaures, les oiseaux vont être frappés de plein fouet par la crise du Crétacé-Paléogène. Presque tous vont disparaitre.
Une seule lignée d'oiseaux, les Néornithes, a survécu à cette extinction de masse. Chaque oiseau que nous croisons aujourd'hui, de la poule au moineau en passant par l'autruche ou l'aigle, est l'un de leurs descendants. Comme pour les mammifères, la disparition des autres groupes de dinosaures va leur laisser le champ libre et permettre leur diversification massive à partir de 66 millions d'années.
Bien qu’identifié initialement comme l’ancêtre des oiseaux modernes, Archéoptéryx avait graduellement été déclassé, notamment en raison de doutes sur sa capacité à pouvoir effectuer un vol battu. Mais une nouvelle étude vient finalement clore cette partie du débat : oui, Archéoptéryx pouvait bien voler !... Lire la suite
Mais pourquoi les Néornithes sont-ils le seul groupe d'oiseaux à avoir traversé la crise ? Voilà une question qui intrigue les chercheurs depuis longtemps. Pour y répondre, les scientifiques étudient minutieusement les fossiles d’oiseaux. Mais c'est bien des plumes, retrouvées dans des conditions très particulières, que pourrait provenir la solution.
Asteriornis est un oiseau du groupe des Néornithes. L'unique fossile retrouvé est daté entre 66,8 et 66,71 millions d'années, soit tout juste avant la grande extinction de masse de la fin du Crétacé. © Daniel J. Field, Juan Benito, Sarah Werning, Albert Chen, Pei-Chen Kuo, Abi Crane, Klara E. Widrig, Daniel T. Ksepka, and John W.M. Jagt, Wikimedia Commons, CC BY 4.0
Une crotte de dinosaure fossilisé qui renferme de précieux indices
En 2016, des paléontologues découvrent dans la formation de Hell Creek, au Montana, « un nodule sombre et brun rougeâtre, d'environ la moitié de la taille d'une balle de golf », explique le chercheur David DeMar. Il s'agit en réalité d'un coprolithe, c'est-à-dire une crotte de dinosaure fossilisée. Ce type de fossile est extrêmement précieux pour les chercheurs, car il apporte souvent des indices autrement inaccessibles sur le régime alimentaire des dinosaures et sur leur environnement.
Des crottes fossiles révèlent pourquoi les dinosaures ont régné si longtemps
Comment les dinosaures ont-ils réussi à régner sur le monde pendant si longtemps ? Voilà une question qui continue d’intriguer les scientifiques. Une équipe de chercheurs révèle que leur régime alimentaire aurait pu jouer un rôle important. Une information qu’ils ont lu… dans des crottes fossilisées !... Lire la suite
Dans ce coprolithe, les chercheurs remarquent immédiatement quelque chose de spécial : une minuscule plume fossilisée ! L'analyse du coprolithe par imagerie 3D va d'ailleurs en révéler d'autres, ainsi que des écailles de poissons et des os. Ces derniers vont aider les chercheurs à identifier l'oiseau qui a servi de repas. Il s'agit d'un Hesperornithiforme, un groupe d'oiseaux aquatiques éteint, apparu il y a environ 100 millions d'années, très adapté à la plongée. Or, les Hesperornithiformes sont de proches cousins des Néornithes. Pourtant, ils n'ont pas survécu à l'extinction de masse.
Ces plumes pourraient-elles aider à identifier la subtile différence qui aurait permis aux Néornithes de traverser la crise, et pas les autres ? Peut-être que oui.
Le coprolithe de dinosaure avec une petite plume d'oiseau bien visible. © David DeMar, Jr
Isolation thermique des plumes : le facteur décisif ?
« Les Hesperornithiformes semblent avoir possédé un plumage présentant un mélange de caractères : certaines plumes, adaptées à la vie aquatique, étaient déjà modernes et imperméables, tandis que d'autres, plus petites et duveteuses, rappellent les plumes primitives des dinosaures et des énantiornithines », explique Jingmai O'Connor, auteur de l'étude, après avoir analysé les plumes retrouvées dans le coprolithe. Or, ces petites plumes corporelles jouent habituellement un rôle dans l'isolation thermique. Si le plumage des Hesperornithiformes et des énantiornithines était moins efficace pour conserver la chaleur que celui des Néornithes, cela aurait pu contribuer à leur disparition lors du refroidissement brutal qui a suivi l'impact.
L'une des plumes découverte dans le coprolithe. © O'Connor et al. 2026, Current Biology
Les Néornithes de cette époque possédaient-ils déjà un plumage complexe capable de mieux les protéger du froid ? Pour l'instant, rien ne permet de l'attester, mais ces nouvelles découvertes, publiées dans la revue Current Biology ouvrent, c'est certain, une nouvelle piste d'investigation.
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