InquirerLacson: At least 13 land titles cover 170 hectares of Laguna Lake encroachmentCNN TürkDevlet Bahçeli'den Gaziler Günü mesajı: "Gaziler bizim göz nurumuzdur"Bollywood HungamaYeh Prem Mol Liya: Himesh Reshammiya to launch title track of Ayushmann Khurrana, Sharvari starrer live with 25-piece orchestra on September 20וואלהגבר בן 28 נפצע באורח קשה באזור צומת ברטעהPunchJehovah’s Witnesses announce adjustment to blood transfusion policyThe Jerusalem Post'I say free Palestine to my children': Paloma Faith clashes with Ed Sheeran over Macklemore falloutVanguard2027: Atiku’s loyalist dumps ADC Reps ticket, declares for TinubuUOLSem ganhadores, Lotomania acumula e prêmio chega a R$ 3,5 milhõesCollider‘Ted Lasso’ Star’s Prime Video Miniseries Is Officially a 60 Day Sleeper HitSky TG24Banche, il Rapporto Abi: prestiti a famiglie e imprese in rialzo del 3,4%Daily MailFire breaks out at major hotel that has previously been used to house migrants as guests are evacuatedعالم التقنيةسامسونج تدعم هاتف Galaxy M56 بتحديث أمني جديد لشهر سبتمبر 2026
The Daily Newsstand · Free, Always
Saturday, September 19, 2026

L'écrivain Jean-Philippe Toussaint : "La Chine, c'est ma grande déception"

Translate

Pascal Claude : Votre narrateur s'appelle Jean Detrez et travaille à la Commission européenne dans le domaine de la prospective stratégique. Il vient de perdre son père et est empêtré dans une vaste affaire de fraude qui impliquerait les institutions européennes, la Chine et les autorités bulgares. Vous écrivez "Depuis que j'avais trouvé cette clé USB, je ne m'étais posé qu'une seule question. Je me l'étais posé jusqu'à la hantise. Je m'étais demandé si John Stavropoulos l'avait vraiment perdu ou s'il l'avait laissé tomber intentionnellement devant moi pour me piéger." La hantise est-ce que c'est une émotion qui vous traverse ?

Jean-Philippe Toussaint : Certainement. Je la définirais plutôt sous les termes d'inquiétude ou d'anxiété. Sous diverses couches, divers camouflages, il y a sans doute une anxiété qui sommeille. Mais dans le livre ça pouvait être la hantise de savoir si cette clé USB avait été perdue volontairement, la hantise de savoir si l'amour que le narrateur éprouve pour une femme est loyal ou déloyal, la hantise liée à la mort du père. Je trouve ça intéressant de laisser une part active au lecteur, de ne pas mâcher tout le travail, de ne pas tout expliquer. Je pourrais presque dire, "C'est à vous que je pose la question, c'est quoi la hantise de ce livre ?" Et chaque lecteur va répondre d'une certaine façon avec sa propre expérience, avec ses propres souvenirs, sa propre sensibilité. Je me rends compte que parfois on ne me laisse pas une place suffisante en tant que lecteur. Mais il y a certains livres où je sens ma place, que mon esprit travaille, que je collabore. Et il y a cette fameuse phrase attribuée à Voltaire, "Les meilleurs livres sont ceux que le lecteur fait à moitié."

J'ai toujours été élevé dans ce respect des valeurs de la démocratie.

"Dans toute l'Europe, je crains que la liberté d'expression ne recule. Mon père mettait son idéal plus haut que sa propre vie, l'Europe plus haut que sa personne". Le père de Jean Detrez est très attaché à l'Europe, aux valeurs humanistes et à la démocratie. Vous aussi ?

Oui, même si je suis un écrivain engagé surtout dans les questions liées à la littérature, je suis aussi un citoyen attentif et vigilant. Et je dois bien remarquer que depuis une dizaine d'années, voire une vingtaine d'années, la démocratie vacille un peu dans le monde entier. Il y a une sorte de tendance avec de plus en plus de régimes autoritaires ou autocrates par rapport à des régimes démocratiques.

C’est source d’inquiétude ?

Bien sûr. Je ne suis pas spécialement engagé politiquement, mais dans ce livre qui n'est pas du tout un livre politique, il y a cet arrière-plan. Ça, je le tiens de mon propre père. J'ai toujours été élevé dans ce respect des valeurs de la démocratie. Que la Russie ne soit pas démocratique, que la Chine ne soit pas démocratique, on y était habitués, mais c'est extrêmement inquiétant ce qui se passe aux Etats-Unis, en Amérique du Sud aussi, dans beaucoup de pays. C'est peut-être aussi en train de se jouer aujourd'hui en France, en Europe. Il y a quelque chose qui vacille. Et puis on arrive à ce chiffre qui peut faire peur, les années 30. Si on se réfère au XXe siècle, c'est à partir des années 30 que tout a vacillé puis basculé. Donc on peut, sans être paranoïaque, s'inquiéter et rester très vigilant sur ce qui va se passer dans les années 30 du XXIe siècle.

Aujourd’hui les émotions sont en train de prendre la place de la raison.

Ça représente quoi pour vous l'Europe ?

Un idéal, la paix. Après la Deuxième Guerre mondiale, il y a certes eu quelques guerres en ex-Yougoslavie, mais en général, il y a eu la paix sur le continent. C’est quand même une valeur fondamentale. Un idéal aussi de respect des droits, de la liberté de la presse, de la liberté d'opinion. Un idéal européen humaniste qui ne devrait pas poser problème et qui, en fait, se laisse submerger par certaines facilités, certains discours passionnels, simplistes. J’ai appelé le roman précédent de ce cycle "Les Emotions", on se rend qu’aujourd’hui les émotions sont en train de prendre la place de la raison. Et il est évident que dans un pays comme les Etats-Unis, le discours est totalement émotif ou émotionnel et que la raison, les faits, sont en train de disparaître. Et ça, c'est évidemment très inquiétant dans un pays qui a été un modèle de démocratie pour le monde entier.

L'arrivée au pouvoir de Xi Jinping a marqué une fermeture à tous les échelons.

Le père de votre personnage principal, c'est un père qui reproche aussi à ses enfants leur complaisance et leurs compromissions vis-à-vis de la Chine. "Étions-nous naïfs, Pierre et moi, de croire en une évolution harmonieuse de la société chinoise ? C'est possible, mais à l'époque, en 2010, il était impossible de soupçonner que l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping marquerait de façon aussi nette un changement de nature de régime". Vous êtes souvent allé en Chine, quel est votre regard sur le pays aujourd’hui ?

Pour moi, la Chine, c'est la grande déception. J'ai cru, au début des années 2000, à quelque chose... Pour moi, la Chine, c'était le contemporain. C'était le monde tel qu'il évoluait, le monde tel qu'il bougeait, le monde d'aujourd'hui. J'ai eu la chance d'y aller quasiment tous les ans, d'avoir une relation privilégiée avec mon éditeur chinois, tous mes livres sont traduits en chinois. Il y avait une relation très forte. J'étais conscient, dès les années 2000, que pour les Chinois, et à plus forte raison pour les étrangers, il ne fallait pas aborder les questions politiques. Il ne fallait pas aborder les questions des droits de l'homme. Mais il y avait une liberté d'entreprendre, et en particulier dans les milieux culturels. Les gens qui travaillaient dans les milieux culturels pouvaient, avec une assez grande liberté, développer leurs activités.

Et ça, c'est terminé aujourd’hui ?

Oui c'est terminé, et c'est très inquiétant. L'arrivée au pouvoir de Xi Jinping a marqué une fermeture à tous les échelons. Même des gens qui ne s'intéressent pas à la politique, ceux qui développent simplement des activités culturelles ne peuvent plus le faire. Très récemment, on a appris que les résidents chinois devront justifier leur déplacement à l'étranger, voire passer un entretien pour quitter le pays. La Chine se referme et c'est très inquiétant.

L'année 2016 est une année balise de votre cycle romanesque. Qu'est-ce qui s'est joué, selon vous, en 2016, pour l'Europe et pour le reste du monde ?

Quand j'ai décidé de consacrer un livre à Bruxelles, j’ai choisi cette année 2016 parce que c'est une année de rupture. Le Brexit, l'élection de Trump, les attentats de mars. C'est une année où, d'une certaine façon, l'idéal européen humaniste que défendais mon père et le père du narrateur Jean-Yves Detrez, commissaire européen, a vacillé. Mon père est mort en 2013. Et dès qu'il est mort, j'ai remarqué que je n'avais jamais parlé de Bruxelles dans mes livres. Je me suis dit que c’était le moment était de m'aventurer sur ce territoire de mon père et de faire une sorte d'acte de filiation en reprenant un peu ses idées. Il fallait choisir une année pour situer cette action, 2013 n'est pas particulièrement intéressante, mais 2016 l'est à cause de ces éléments, de ce tournant, de cette rupture.

La littérature n'a pas besoin du monde réel, du monde politique, du monde social.

La figure de votre père est présente dans tous vos derniers livres. Est-ce qu'on en finit un jour avec la question du père ?

J'ai commencé tard, j'ai attendu qu'il soit mort pour vraiment me pencher sur la question, je pense que tout être humain y est confronté. Freud en savait quelque chose. J'aime cette relation qui a pu être tendue, voire conflictuelle, qui est maintenant complètement apaisée, qui se transforme en un hommage et en une admiration. Finalement, je pense que c'est un beau retour des choses.

 "Je ne suis pas (pas ma connaissance) particulièrement courageux" déclare votre narrateur. Être un écrivain courageux, ce serait être quel type d'écrivain ?

Il n'y a pas besoin de courage ou de lâcheté quand on écrit. Il faut de la persévérance, de la conscience, de l'abnégation. La question du courage ne se pose pas particulièrement. En tout cas pas dans la littérature au sens où je l'entends. Il pourrait être courageux d'écrire certains essais politiques dans certaines situations de pays autoritaires, par exemple. Il faudrait être courageux pour écrire un essai politique en Chine actuellement.

 Retrouvez l’intégralité de l’entretien de Jean-Philippe Toussaint en podcast ci-dessus ou via le player ci-dessous !

View the original on RTBF Info

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.