À Québec, le caucus conservateur entend «brasser la cage» de la science
Les troupes conservatrices n’épargneront aucun consensus dans leur volonté de « brasser la cage » à l’Assemblée nationale. Même la science n’échappera pas au débat, assure la leader parlementaire du parti, Maïté Blanchette Vézina, parce que « c’est sain que les gens se posent des questions ».
« La science, ce n’est pas UNE science parce que la science, elle évolue selon les études, selon ce qui se passe », affirme la nouvelle élue conservatrice de La Peltrie. « Ce n’est pas UNE science immuable. »
Accepter les conclusions scientifiques sur le climat, par exemple, ne constituera donc pas un minimum requis au sein du caucus conservateur. La leader fraîchement désignée de la députation conservatrice estime plutôt qu’« on peut débattre de tout » et qu’il ne faut plus étiqueter la société entre « les gens à gauche, à droite » ni entre « environnementalistes, climatosceptiques ».
« Je pense que de catégoriser les gens, c’est rassurant pour les citoyens, mais ça n’amène pas un dialogue », estime Mme Blanchette Vézina. « Débattre, c’est aussi remettre en question certaines idées qui sont véhiculées. Je ne dis pas qu’il faut complètement sortir du moule, mais moi, je trouve ça sain que les gens se posent des questions. On a besoin d’entendre ça aussi à l’Assemblée nationale, des gens différents », ajoute la députée.
« Être de bons parlementaires »
Au cours de la campagne électorale, plusieurs controverses ont éclaté dans les rangs conservateurs à propos d’opinions polémiques exprimées par des candidats et candidates. L’une d’elles, Marie-Josée Hélie, a affirmé que la vaccination obligatoire s’apparentait à un plan « génocidaire » et la science, à une « technocratie » où « les scientifiques font office d’oracles ».
« Marie-Josée, elle a sa place, puis les autres aussi, croit Maïté Blanchette Vézina. Remettre en question l’ordre établi, moi, je ne trouve pas ça mauvais. C’est important parce que chacun arrive avec son parcours de vie, sa façon de voir les choses. Je pense que c’est pourquoi les citoyens nous ont fait confiance, parce qu’on n’est pas non plus comme les autres. »
« Peut-être que les attentes sont basses » et que les troupes conservatrices partent « avec un défi de montrer ce qu’[elles ont] dans le ventre », estime la leader parlementaire. Attention, toutefois, à ne pas sous-estimer la députation conservatrice, ajoute-t-elle, car « les gens pourraient être surpris positivement ».
Mme Blanchette Vézina entend laisser à son caucus sa « liberté de penser » — une valeur, selon elle, « très conservatrice ». Hors de question, donc, de les « formater » pour les mouler « à ce que c’est l’Assemblée nationale ».
« Je veux qu’ils puissent garder leur couleur et leur créativité, affirme la députée désignée de La Peltrie. Si vous avez regardé le profil des gens qui sont avec nous dans le caucus, c’est des gens très brillants. Ils sont professionnels, ils ont tout ce qu’il faut pour être de bons parlementaires. Je pense que les gens vont juste apprendre à découvrir ces personnes exceptionnelles qu’on a autour de la table, qui méritent leur place et qui ont un professionnalisme très certain. Pour moi, ce n’est même pas inquiétant. »
Chaque membre de la députation conservatrice portera un dossier, assure la leader parlementaire. « L’objectif, c’est que tout le monde contribue à l’équipe, avance Maïté Blanchette Vézina. C’est des gens qui méritent d’être là aussi pour qui ils sont, parce qu’ils sont vraiment compétents. »
Ne pas « laisser les fonctionnaires tout gérer »
Le Parti conservateur croit aussi que les hommes et femmes politiques ont le devoir de s’ingérer dans les affaires de l’État afin d’éviter des fiascos semblables à ceux mis en lumière sous l’ancien gouvernement. « Il faut politiser les dossiers parce que, sinon, on peut avoir des SAAQclic, avance la députée désignée de La Peltrie. En général, dans les dossiers, on ne peut pas laisser les fonctionnaires, on ne DOIT pas laisser les fonctionnaires gérer tout ça. C’est notre rôle, comme représentants des citoyens, de jouer au chien de garde. »
La débâcle de SAAQclic a ébranlé la confiance conservatrice à l’égard de la capacité de l’État à mener à bien de grands chantiers. « Des fonctionnaires ont décidé de contrôler le message et de ne pas donner toute l’information au public pour ne pas que ça sache qu’il y avait des dépassements de coûts. Ça, pour moi, c’est inacceptable », affirme Maïté Blanchette Vézina. « Est-ce qu’on peut faire confiance à l’État pour gérer de manière apolitique les budgets, les dossiers ? Je ne sais pas… », répond-elle à sa propre question sur un ton qui laisse peu de doutes quant à sa méfiance envers la fonction publique.
Le caucus conservateur promet de travailler à réformer la mécanique de l’Assemblée nationale pour donner un plus grand rôle aux simples députés. « Personne ne veut être une plante verte, personne ne veut être une chair à vote », explique l’ancienne ministre de la CAQ. À propos de cette question et des changements promis au mode de scrutin, « l’arrivée des conservateurs va peut-être amener du progressisme ».
Unique « rescapée » de la CAQ de 2022 — des 90 députés élus sous la bannière de la Coalition avenir Québec cette année-là, seule Maïté Blanchette Vézina conserve aujourd’hui un accès au parlement —, elle estime que son ancienne formation « ne respectait pas » la confiance que la population lui avait accordée, entre autres sur le troisième lien Québec-Lévis.
« Je pense qu’on offre de l’espoir à certaines personnes qui l’avaient perdu et qui n’avaient plus confiance », dit-elle à propos de sa nouvelle famille politique. « C’est ça qui, je pense, doit demeurer au cœur de notre formation politique, mais aussi de notre Assemblée nationale aussi. Il faut garder cette connexion-là avec les gens — et c’est ça que la CAQ a perdu. »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.