Intelligence artificielle | Des élus étudieront les risques de l’IA au Parlement

(Ottawa) Un comité de la Chambre des communes lancera cette semaine une étude sur les risques de l’intelligence artificielle (IA) pour les institutions démocratiques du Canada.
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Des députés fédéraux se pencheront sur « les possibilités, les risques et les répercussions institutionnelles découlant de l’intelligence artificielle » pour le Parlement fédéral et, notamment, pour le travail des élus.
L’enquête du Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre visera aussi la capacité de surveillance du Parlement, l’intégrité des élections fédérales et tiendra compte « des pratiques exemplaires pertinentes à l’échelle internationale et provinciale », dont les parlements qui ont le système de Westminster.
Le Comité fera rapport de ses conclusions et recommandations à la Chambre et demandera « au gouvernement de déposer une réponse globale au rapport ».
Cette étude survient alors que l’utilisation de l’IA a bondi au Parlement fédéral dans la dernière année.
Une récente analyse du magazine The Economist révèle que 20 % des mots prononcés dans le cadre des débats parlementaires aux Communes ont été rédigés à l’aide de l’IA.
Puis, La Presse a révélé que chaque parti politique avait des règles à géométrie variable et que le Bloc québécois avait les règles les plus rigides du Parlement. Cela n’a d’ailleurs pas empêché un de ses députés d’utiliser à répétition l’IA dans de longs discours.
Les membres du comité ont adopté une motion lors d’une rencontre à huis clos le 24 septembre. Au moins quatre réunions doivent être consacrées à cette étude.
« C’est une des rares études dont je ne connais pas déjà l’orientation », a déclaré le président du comité, le libéral Chris Bittle, par courriel. M. Bittle n’a pas voulu accorder d’entrevue avant le début des audiences, disant vouloir laisser le comité faire son travail. « Il semble y avoir de l’intérêt de tous les partis dans cette étude », a-t-il écrit.
Une variété d’usages
Dans les derniers jours, La Presse a communiqué par courriel avec plus d’une centaine de députés fédéraux du Québec, de l’Atlantique et de l’Ontario pour connaître leurs habitudes de travail et celles de leurs employés avec l’intelligence artificielle. Aucun député bloquiste n’a répondu à nos demandes, et la majorité des réponses obtenues provenaient de députés libéraux du Québec.
Ce sont surtout les outils ChatGPT, Claude et Copilot qui sont utilisés par les députés qui nous ont répondu.
Ils m’aident principalement à préparer des ébauches de discours, à mettre en mots et à organiser les idées que je dicte verbalement, ainsi qu’à conserver les réflexions qui me viennent lors de mes déplacements.
Il ajoute que pour lui, l’IA est un outil « d’aide au travail » qui ne remplace ni son jugement ni sa responsabilité à l’égard des décisions qu’il prend.
« Merci pour votre question. Ce message a été créer [sic] en 15 secondes par ChatGPT », a-t-il ajouté.
Son collègue de l’Île-du-Prince-Édouard Robert Morrissey a répondu qu’il n’utilisait aucun outil d’intelligence artificielle et son bureau a précisé que la rédaction de ses interventions se faisait sur « papier » ou par « courriel ».
« Le député Roman Baber n’a jamais eu recours à l’IA pour ses discours ou ses questions à la Chambre des communes, a pour sa part répondu le bureau du député conservateur de North York. Cela ne signifie pas pour autant que d’autres ne devraient pas utiliser cette technologie comme bon leur semble. »
Au fil des réponses obtenues, on constate que la lourde charge de travail des députés et les délais serrés auxquels ils sont confrontés les incitent à employer ces outils.
C’est le cas du député libéral d’Honoré-Mercier, Éric St-Pierre, qui dit utiliser ChatGPT « très rarement ». L’outil, souligne-t-il, est particulièrement utile lorsqu’on lui demande de faire un discours de dernière minute en Chambre. « Il y a une possibilité que ce discours ait été développé par un employé qui a utilisé l’IA », écrit-il.
Le président de la Chambre, Francis Scarpaleggia, refuse de commenter l’usage de l’IA dans les débats qu’il préside aux Communes.
« L’utilisation éventuelle de l’intelligence artificielle par les députés et leurs bureaux relève de chacun d’eux individuellement et ne fait pas partie des responsabilités de la présidence », a déclaré son porte-parole, Olivier Duhaime.
Stratégie nationale
L’IA occupe bien des conversations dans la capitale fédérale depuis que le premier ministre Mark Carney en a fait une priorité pour augmenter la productivité du gouvernement fédéral.
Ottawa a d’ailleurs annoncé une stratégie nationale sur l’IA, parlant d’« un plan pragmatique, ambitieux et réfléchi pour garantir que toute la population canadienne sera en mesure d’utiliser une IA sûre et souveraine ».
Vendredi, M. Carney a annoncé un nouveau conseil qui formulera des conseils indépendants et pratiques à l’égard de la transformation du Canada en matière d’IA.
Le Conseil national du premier ministre sur l’intelligence artificielle est composé d’experts des secteurs public et privé et formulera des recommandations quant à l’évolution de la stratégie d’IA du gouvernement, notamment pour accélérer son adoption de l’IA et « mettre en place une infrastructure souveraine en matière d’IA ».
Ce conseil sera notamment composé du spécialiste en la matière, Yoshua Bengio, de l’ancienne conseillère en sécurité nationale du premier ministre Justin Trudeau, Jody Thomas, de l’ex-PDG de la Banque Nationale Louis Vachon et de l’ancien dirigeant chez Google Patrick Pichette.
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