Vagues de chaleur : quand il fait trop chaud, la productivité baisse, les pertes pour 2026 pourraient s’élever à 6 milliards d’euros

Selon Sciensano, pour la période du 18 juin au 16 août 2026, la Belgique a enregistré une surmortalité totale de près de 3000 décès à cause des vagues de chaleur liées au réchauffement climatique.
Mais ce n’est pas la seule conséquence, l’impact est également économique. Et que ce soit en Belgique ou ailleurs en Europe, cet impact économique est principalement dû aux pertes de productivité. Car la chaleur réduit l’efficacité des travailleurs et leurs heures de travail, en particulier dans les secteurs exposés à un travail physique intense et/ou à des températures extérieures élevées.
Une perte de productivité qui coûte cher puisqu'elle pourrait coûter à notre pays près de 6 milliards d'euros, rien que pour 2026.
C’est ce que met en avant aujourd’hui le CERAC dans son analyse qui s’appuie sur une série d’études qualitatives publiées au niveau européen et belge.
Au-delà de 30 °C, l’impact se reporte sur l’ensemble de la productivité
Si la baisse de cette productivité est davantage marquée dans les secteurs où le travail est physique et/ou en extérieur, ce ne sont pas les seuls à être impactés. Le travail physique modéré, comme le transport, la logistique, l’horeca ou encore le nettoyage ; peut être impacté.
Mais dès que l’on dépasse le seuil critique des 30 degrés, le travail physique léger et le travail de bureau subissent également certaines pertes de productivité, peut-on lire dans ce rapport.
Ces travailleurs "qui exercent dans des bureaux peuvent habiter dans des bâtis assez anciens. Ils peuvent donc souffrir de désagréments pendant la nuit, comme on a connu pendant les vagues de chaleur. Et donc, il se peut qu’il y ait quand même des pertes de productivité, même pour des gens qui travaillent dans des bureaux climatisés", explique Grégory Truong, économiste au CERAC.
Au-delà de ce seuil critique, à chaque degré supplémentaire, la productivité se dégrade, selon le CERAC qui cite une étude d’Allianz réalisée en 2026. On perdrait ainsi 3% de productivité à l’heure par degré supplémentaire au-dessus des 30 degrés lorsqu’elle se maintient pendant plusieurs jours.
La fréquence et la durée des vagues de chaleur jouent un rôle
Or, avec le réchauffement climatique, différentes études montrent que ces vagues de chaleur vont devenir de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues.
En Wallonie, par exemple, une analyse récente montre "que le nombre actuel de jours de canicule dans les environnements densément bâtis pourrait augmenter de 69% pour un réchauffement climatique de 2 °C et de 237% pour un réchauffement climatique de 3 °C. Le nombre de nuits chaudes pourrait augmenter de 40% et 128%", ajoute le rapport.
La Belgique connaît d’ailleurs "une hausse marquée des températures estivales moyenne. Bruxelles affichant désormais une température supérieure d’environ 2 °C à la référence de la période 1961-1990", selon l’Institut royal de météorologie (IRM).
Une perte qui pourrait atteindre 6 milliards d’euros en 2026
Le CERAC attire l’attention sur le fait que "la chaleur est désormais un risque structurel pour l’économie".
Le coût pour la Belgique, rien que pour 2026, pourrait d'ailleurs ainsi atteindre près d’1% du PIB, soit environ 6 milliards d’euros. Pour l’Europe, les pertes sont évaluées à 180 milliards d’euros (ces chiffres incluent l’impact des sécheresses, des feux de forêts, des défaillances des infrastructures et des décès causés par la chaleur extrême).
A titre de comparaison, "les dégâts climatiques pour les quatre dernières années au niveau européen ont été chiffrés à environ 50 milliards d’euros", précise Grégory Truong, économiste au CERAC.
Les secteurs les plus touchés sont : l’agriculture, le transport fluvial et l’énergie.
Il est encore temps d’agir
Pour le CERAC, il est donc temps d’agir car plus on attend et plus cela deviendra impayable : "Les investissements d’adaptation nécessaires sont aujourd’hui des montants qui sont relativement modestes par rapport au reste de l’économie. On parle, pour tous les aléas climatiques confondus, d’un besoin d’investissement de 0,2% du PIB pour la Belgique, chaque année. Ce sont des sommes qui sont quand même importantes, on est autour de 1,6 milliard d’euros, mais qui restent modestes face à l’ampleur des dégâts (1% du PIB juste pour les vagues de chaleur de cette année)", explique Grégory Truong. "Et donc, ne pas faire le plus tôt possible ces investissements d’adaptation au changement climatique tout en continuant l’atténuation, c’est se priver finalement de la capacité financière de le faire dans le futur parce que les dégâts climatiques vont progressivement rogner la capacité des États à s’adapter."
Et d'ajouter qu’il faut garder en tête "qu’on ne pourra pas s’adapter dans un monde qui continue à se réchauffer jusqu’à plus 3 ou plus 4 degrés".
Comment s’adapter ?
Quant à savoir comment s’adapter, voici ce qu’il répond : "Ce qui peut être adapté dans le travail, c’est techniquement l’isolation et la climatisation des bâtiments pour tout ce qui se fait à l’intérieur. Pour les travaux physiques lourds, il faut adapter les horaires et la législation du travail spécifiquement pour les cas où on a des étés pour lesquels on connaîtra des vagues de chaleur. On sait que des étés comme l’été dernier ne seront pas des incidents isolés. Et donc, il faut aménager les horaires de travail. Des personnes qui sont les plus exposées en extérieur, dans la construction, dans l’agriculture, mais aussi dans le transport, la logistique, etc. Par exemple, en veillant à ce que ces personnes puissent travailler plus tôt ou plus tard dans la journée, avec des pauses et des horaires de travail aménagés. Et dans une moindre mesure, les bâtiments peuvent être climatisés, etc. Mais il y a un changement plus fondamental de notre modèle économique à faire."
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