États-Unis: une victoire démocrate d’une ampleur rare dans l’histoire des midterms

Le Parti démocrate sort largement victorieux dans les deux chambres du Congrès américain à l'issue des élections de ce mardi 3 novembre. Une défaite cinglante pour l'exécutif, qui, si elle n'est pas inédite, reste assez rare dans l'histoire récente des États-Unis.
Certes, des enquêtes d'opinion en amont du scrutin prédisaient des résultats favorables aux démocrates, considérés comme bien placés pour prendre la majorité à la Chambre des représentants et donnés au coude-à-coude avec les républicains pour le Sénat. Mais nul ne s'attendait à ce qu'un véritable tsunami bleu inonde la carte du pays – un véritable « blunami », comme l'ont baptisé les médias du pays.
Le premier coup de tonnerre de la soirée est venu de Caroline du Sud, où une candidate républicaine, personnellement choisie par Donald Trump, a été battue. Mais les véritables surprises sont venues des victoires dans des bastions républicains comme le Texas, État rouge rubis, où James Talarico a battu le républicain Ken Paxton. Succès historique également dans le Kansas, en Caroline du Nord, dans l'Iowa et dans l'Ohio. Victoire aussi en Géorgie, l'État entrant dans l'histoire en élisant la première femme noire à un tel poste.
Autre succès et non des moindres, celui d'Abdul El-Sayed dans le Michigan. Issu de l'aile gauche du Parti démocrate, ce fils d'immigrés égyptiens devient le premier sénateur musulman des États-Unis, en battant le républicain Mike Rogers, qui avait pourtant reçu un soutien surprise, et de dernière minute, de la rivale démocrate d'El-Sayed lors des primaires. Trump avait évoqué les attentats du 11-Septembre et avait même qualifié El-Sayed de « jihadiste ». Rien n'y a fait.
Les batailles autour du redécoupage des circonscriptions électorales, qui ont fait la une des journaux pendant des mois, n'ont pas non plus été d'une grande aide. « Les gains réalisés par le Parti républicain durant l'ère Trump, notamment auprès des Latinos et dans les zones rurales, ont été anéantis en une seule nuit », tranchait CNN, en fin de soirée électorale.
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Des élections presque jamais favorables au président
Pour les républicains, la douleur ressentie ne tient pas tant à la défaite elle-même qu'à l'ampleur que celle-ci a prise. Les midterms sont régulièrement surnommées de « référendum sur le président ». Il est ainsi habituel, depuis la Seconde Guerre mondiale, que le parti en exercice perde des sièges au Congrès lors des élections de mi-mandat, ce qui ne le rend pas forcément minoritaire au Congrès.
« Si on en croit le grand révolutionnaire et scientifique américain Benjamin Franklin, "en ce monde, rien n’est certain, à part la mort et les impôts". À ce duo, on pourrait presque ajouter la défaite du président américain lors des élections de mi-mandat : depuis 1860 et la mise en place du duopole partisan entre démocrates et républicains, 37 des 40 midterms se sont soldées par un recul du parti du président à la Chambre des représentants, le seul organe du pouvoir à être intégralement renouvelé lors de ces scrutins », notait Mathieu Gallard, directeur d’études au sein du département Public Affairs d’Ipsos France, dans une tribune du Monde.
Depuis le milieu du XIXᵉ siècle, il n'y a eu en effet que trois cas où le parti du président a progressé à la Chambre : sous le mandat de Theodore Roosevelt en 1902, de Franklin Roosevelt en 1934 et de Georges W. Bush en 2002. Mais cette fois-ci, il ne s'agit pas seulement de la perte de quelques sièges, mais d'une véritable hémorragie, notamment dans certains de leurs bastions traditionnels. C'est surtout une claque pour Donald Trump : selon les spécialistes de la politique américaine, les élections de mi-mandat sont analysées comme telles : une réaction des citoyens américains aux deux premières années du président en poste et de son administration.
Ainsi, d'après un sondage de sortie des urnes réalisé par SSRS pour un consortium de médias américains, la moitié des électeurs ont dit considérer le scrutin comme une occasion de réprimander Donald Trump. Les trois quarts des sondés ont dit être « en colère » ou « insatisfaits » de la direction prise par les États-Unis, et 70 % des électeurs ont dit vouloir que le Congrès renforce son contrôle de l'exécutif et son rôle de contrepoids.
Il faut remonter à 2006, soit il y a vingt ans, pour voir un président perdre ses deux chambres. Cette année-là, sous la présidence de Bush, les démocrates remportent un large succès aux élections de mi-mandat : ils obtiennent la majorité à la Chambre des représentants, entièrement renouvelée, ainsi que le Sénat, une première depuis 1994.
Mais la victoire démocrate de ce 3 novembre 2026 est d'une ampleur rappelant plutôt les grandes vagues électorales de 1974. Il y a cinquante-deux ans, les démocrates remportaient une victoire historique face aux républicains sur fond de crise internationale aux conséquences économiques intérieures. Quelques mois plus tôt, la guerre du Kippour opposant la Syrie et l'Égypte à Israël avait amené les pays du Golfe à imposer un embargo pétrolier aux États-Unis pour leur soutien à Israël, avec des retombées concrètes pour les foyers américains : une perte du pouvoir d'achat.
L'année 1974 fut aussi le moment d'un vote-sanction, quelques mois après la démission du président républicain Richard Nixon, impliqué dans le scandale du Watergate, une affaire d'espionnage politique et de tentatives d'entraves à la justice.
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Des « raclées » électorales aussi pour le « parti à l'âne »
Les démocrates ont aussi connu pareil scénario : les midterms du premier mandat de Bill Clinton ont été pour eux un terrible fiasco, alors qu'ils étaient majoritaires depuis 1986 dans les deux chambres du Congrès. Ce 8 novembre 1994, le Sénat redevient républicain, mais aussi la Chambre des représentants, une première depuis les années 1950.
Plus récemment, en 2010, un tsunami rouge avait également déferlé sur l'aile sud du Capitole. En pleine poussée du Tea Party, qui préfigurait l'avènement des années Trump, les adversaires républicains de Barack Obama s'étaient emparés de la majorité à la Chambre des représentants. Le président américain avait lui-même à l'époque parlé de « raclée » électorale : son parti y avait perdu 64 sièges, sauvant de peu sa majorité au Sénat...
« On sait qu'historiquement, ces élections sont extrêmement difficiles pour les présidents en place, surtout pendant leur deuxième mandat, résume à RFI Jeremy Ghez, professeur d'économie et d'affaires internationales à HEC Paris. Le dernier à avoir progressé était Bill Clinton en 1998 [son parti avait obtenu cinq sièges supplémentaires à la Chambre des représentants, NDLR], et encore, c'était dans une Amérique qui était vraiment différente, dans un contexte économique réellement différent… »
Contrôler les deux chambres du Congrès pourrait toutefois s'avérer à double tranchant pour le Parti démocrate, alors que les électeurs devraient désormais se tourner vers lui pour répondre à leurs problèmes économiques et non pas simplement faire opposition à Donald Trump. Une fois la nouvelle législature installée, le 3 janvier prochain, le président républicain, qui conserve un droit de veto pour un ensemble de textes législatifs, pourrait en profiter pour blâmer les démocrates pour l'état de l'économie.
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