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Friday, October 23, 2026

Présidentielle au Brésil: l’IA comme arme de propagande et de désinformation

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Au Brésil, le second tour de l’élection présidentielle aura lieu dimanche 25 octobre. Après un premier tour serré, les électeurs devront choisir entre le président sortant de gauche Lula da Silva et le sénateur d’extrême droite Flavio Bolsonaro. Alors que l’influence des réseaux sociaux dans ce scrutin est au cœur des débats, cette campagne électorale est marquée par la prolifération de contenus générés par intelligence artificielle. L’IA est utilisée par les candidats et leurs soutiens, à des fins de propagande électorale, mais aussi de désinformation.

La banalisation de l'utilisation de l’intelligence artificielle durant cette campagne électorale au Brésil se traduit d’abord par la diffusion de fausses informations ultraréalistes. Dernier exemple en date avec une fausse couverture de journal usurpant l’identité du magazine IstoÉ. On pense y voir un portrait flatteur de Flavio Bolsonaro avec ce titre « L'anti-Lula est né ». Vérification faite, l’hebdomadaire brésilien, qui a cessé ses activités en mai dernier, n’a jamais publié cette Une. L’outil de vérification de la société américaine OpenAI confirme que c’est son outil d’IA qui a permis de générer cette infox.

Cette fausse Une a été générée avec l'outil de la société américaine Open AI, à l'origine de ChatGPT.
Cette fausse Une a été générée avec l'outil de la société américaine Open AI, à l'origine de ChatGPT. © Capture d'écran OpenAI/ Montage RFI

Ce recours à l’IA entraîne également une diversification des modes opératoires, à commencer par la manipulation d’images. C’est le cas de cette photo censée montrer Renan Santos, arrivé en quatrième position au premier tour, faisant un L avec ses doigts, en soutien à Lula. En réalité, le candidat du parti d’extrême droite « Mission » n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour : ce cliché a été modifié à l'aide de l'IA.

En réalité, Renan Santos n'a pas appelé à voter pour Luiz Inácio Lula da Silva.
En réalité, Renan Santos n'a pas appelé à voter pour Luiz Inácio Lula da Silva. © Capture d'écran OpenAI/ Montage RFI

Il y a également des procédés plus pernicieux. Des journalistes de l’agence brésilienne Lupa ont par exemple identifié des avatars érotiques à vocation politique. Concrètement, des jeunes femmes générées par IA semblent apparaître dans des événements de campagne organisés par le camp Bolsonaro. Ces vidéos mensongères dépassent les 45 millions de vues.

« Ce qu’il faut rappeler, c’est que l’on n’a pas attendu l'IA pour fabriquer et diffuser des fausses informations. Cependant, l’IA permet l’industrialisation de cette désinformation. C'est la première campagne électorale au Brésil où l'IA peut être aussi facilement utilisée par tout un chacun », explique Allan Deneuville, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication.

Si les deux camps ont eu recours à l’intelligence artificielle dans leur propagande politique, leur usage est différent, note cet expert des infrastructures numériques brésiliennes. « La communication du camp bolsonariste utilise l’IA pour mettre en scène une certaine forme de virilité, de force, de puissance. On a ainsi pu voir Flavio Bolsonaro tirer avec un fusil, utiliser un lance-roquette ou bien conduire une voiture de sport. Cela en devient parfois caricatural. »

De faux bébés comme vecteurs de propagande

À la désinformation s'ajoutent les contenus artificiels présentés comme tels, mais diffusant de la propagande politique sous couvert d’humour. Nous avons ainsi identifié une série de vidéos synthétiques montrant de faux bébés commentant l’actualité. Ces clips enregistrent des dizaines de millions de vues.

Ces vidéos estampillées "IA" diffusent de la propagande politique sur TikTok.
Ces vidéos estampillées "IA" diffusent de la propagande politique sur TikTok. © Captures d'écran TikTok/ Montage RFI

Contrairement à ce que veut le proverbe, la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, d’autant plus lorsqu’ils sont générés par IA.

Un usage réglementé

Au-delà des règlements propres à chaque plateforme en matière de productions synthétiques, le Brésil est en avance sur l’encadrement de ces contenus. La résolution nᵒ 23732 adoptée par le Tribunal supérieur électoral (TSE), en février 2024, stipule que « l’utilisation, sous quelque forme que ce soit, à des fins de propagande électorale, de contenu multimédia synthétique généré par intelligence artificielle pour créer, remplacer, omettre, fusionner ou modifier la vitesse ou superposer des images ou des sons impose à la personne responsable de la propagande l’obligation d’informer, de manière explicite, visible et accessible, que le contenu a été fabriqué ou manipulé et de préciser la technologie utilisée ».

« Le Brésil a mis en place des mesures et un encadrement électoral qui est relativement ambitieux concernant les contenus synthétiques, analyse Allan Deneuville. Ce cadre n'existe pas partout dans le monde et pourrait même servir d’exemple pour certaines campagnes politiques à venir en Europe ou ailleurs. Ce qui est important, c'est qu'il existe un décalage considérable entre la vitesse de production des images et les capacités de contrôle des institutions.

Il y a aussi des difficultés techniques, notamment dans la détection des contenus artificiels. La question de la liberté d'expression des candidats se pose également, avec des usages de l’IA qui ne sont pas équivalents. Et puis il y a l’enjeu de la souveraineté de l'espace informationnel brésilien, avec le rôle joué par les plateformes, notamment Meta qui occupe une place centrale dans l'écosystème informationnel brésilien ».

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« Une société très polarisée »

Se pose aussi la question de l’impact de ces contenus artificiels sur le vote des électeurs. Une influence difficile à mesurer, selon Allan Deneuville. « La société brésilienne reste une société très polarisée. Un électeur qui va voter pour le parti travailliste ou un électeur bolsonariste ne va pas forcément être confronté aux informations qui viennent de l'autre camp. Cela ne va pas forcément reconfigurer l'espace informationnel. Mais ce qui est intéressant, c'est que cela peut permettre non pas de faire changer le vote d'une personne, mais de pousser à la mobilisation, de renforcer une certaine base électorale ».

Parmi les cibles prioritaires de cette mobilisation, il y a les abstentionnistes : ils étaient au moins 33 millions, soit plus d’un électeur sur cinq, au premier tour, bien que le vote soit obligatoire pour une majorité des électeurs. Leur vote potentiel sera donc crucial ce dimanche.

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