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Wednesday, September 30, 2026

IA : la peur au service des géants de la tech ?

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Alerter sur les risques de l'IA, c'est une manière de rappeler à quel point ces modèles sont devenus puissants et ainsi renforcer leur attractivité auprès des investisseurs. Faut-il pour autant y voir une stratégie savamment orchestrée ?

Pas nécessairement. Les risques existent et les inquiétudes peuvent être sincères tout en servant, dans un même temps, les intérêts de ceux qui les mettent en avant. 

Le double discours des géants de l’IA s’inscrit avant tout dans une réalité économique : la course à l’IA coûte extrêmement cher.

Car derrière les mises en garde répétées, c’est aussi la question de la rentabilité de leurs modèles qui se joue. "Toutes ces entreprises sont dans le rouge parce qu'elles ont fait des investissements gigantesques", analyse Hugues Bersini, professeur et directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de l’ULB. Puces, centres de données, énergie, puissance de calcul… les géants américains ont investi des sommes colossales dans le développement de leurs modèles. "Et pour l'instant, la seule manière de les rentabiliser, c'est de les commercialiser." 

Or, cette course à la rentabilité se heurte à l'arrivée sur le marché des modèles chinois, plus ouverts et surtout moins chers. "Les Chinois ont une stratégie commerciale totalement différente, puisque c’est l’État qui finance le développement de ces modèles. Ils mettent à disposition des modèles gratuits qui sont pratiquement à hauteur de performance avec les Américains. Vous imaginez donc le manque à gagner pour ces sociétés américaines, vu les investissements considérables", détaille Hugues Bersini. Comment dès lors convaincre les utilisateurs de payer pour un modèle propriétaire américain face à des alternatives ouvertes et beaucoup moins chères ? 

En faisant de la sécurité un argument de vente ? C'est l'analyse du directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de l’ULB : "Ils sont très effrayés par cette concurrence gratuite qui mettrait à mal tout leur modèle économique. Ils ont tendance à dire aux investisseurs : prenez nos modèles parce que vous aurez une espèce de garantie de sécurité. Nous qui développons ces modèles, nous sommes les seuls à pouvoir les maîtriser, les contrôler."

En insistant sur les risques liés au développement de l’IA, les entreprises américaines peuvent aussi peser sur la manière dont cette technologie sera régulée. "À chaque fois qu'on rajoute des règles, des organes de contrôle... ça a tendance à favoriser les très gros acteurs qui sont, eux, capables de supporter ça. Et donc, ça freine aussi l'émergence de petits acteurs qui vont avoir du mal à se mettre en conformité avec les législations existantes", analyse Benoît Frénay, professeur en intelligence artificielle et apprentissage automatique à l’UNamur. 

Certains spécialistes vont plus loin et y voient une tentative de capturer le marché par la régulation. Invité le 16 septembre à une conférence organisée par Sciences Po, le Français Yann LeCun, ancien directeur scientifique de Meta, président exécutif d’Advanced Machine Intelligence (AMI) et professeur à la New York University, résumait la position de Dario Amodei, patron d'Anthropic comme ceci : "Régulez l’IA et interdisez l’Open Source, [mais] bien sûr ne nous régulez pas nous, parce que, nous, on est intelligents et on sait comment gérer l’IA". Comprendre ici : imposer des régulations aux modèles ouverts, qui seraient moins sécurisés, tout laissant une marge de manœuvre aux géants de l'IA avec leurs modèles privés. 

"Ça part d’un complexe de supériorité insupportable, mais surtout d’une volonté de capturer le marché par la régulation, en convainquant les gouvernements de par le monde que l’IA est intrinsèquement dangereuse. Or, c’est faux" poursuivait alors Yann LeCun lors de cette conférence. 

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