Venue du chef d’orchestre israélien Lahav Shani à Bozar : la polémique s’intensifie à deux mois du concert

Ce mardi 22 septembre, la Fondation Hind Rajab (HRF) a ravivé les tensions en publiant un rapport – relayé par le journal Le Soir – qui fait état des activités de Lahav Shani à la tête de l’Orchestre philharmonique d’Israël depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023. Car c’est bien son poste de directeur musical de la principale formation symphonique d’Israël qui a provoqué la levée de boucliers.
La HRF - asbl belge créée en 2024 et branche juridique de l’organisation pro-palestinienne March 30 Movement - évoque dans son rapport le concert intitulé "Salute to Israel", dirigé par Lahav Shani le 22 octobre 2023, soit deux semaines après les attaques du 7 octobre et le début des bombardements contre Gaza.
Selon le rapport, la programmation du concert (composée d’Hatikvah, l’hymne national israélien, de Fanfare to Israel de Paul Ben-Haim, et enfin de la Symphonie héroïque de Beethoven) et surtout sa mise en scène (selon HRF, des portraits d’otages israéliens avaient été placés sur les places au premier rang de la salle de concert), en faisaient "un acte de mobilisation nationale". La Fondation reproche également et surtout au chef d’orchestre israélien et à son orchestre d’avoir rendu hommage aux seules souffrances israéliennes, invisibilisant les victimes palestiniennes à Gaza. Même reproche pour l’œuvre "Fanfare of Hope" de la compositrice Bracha Bdil, créée en janvier 2025 par Lahav Shani. Les références musicales liées aux guerres d’Israël et à la patrie, sont vues, par HRF, comme une forme de propagande culturelle, mettant en musique "le traumatisme israélien et l’espoir du retour des otages" sans mentionner les souffrances du peuple palestinien.
Interrogé par le Soir, le 17 septembre dernier, Christophe Slagmuylder maintient sa position qu’il avait expliquée en mai dernier, deux semaines avant la présentation officielle de la nouvelle saison de Bozar, déclarant "regretter que ce concert soit source de polarisation", ajoutant : "Le débat autour d’un boycott culturel est légitime, mais Lahav Shani n’est pas ici en tant que représentant d’Israël, mais en tant que chef d’orchestre d’un orchestre allemand."
Une position que ne partagent pas les différentes "voix de la contestation", qui, citées par Le Soir, affirment que "dire qu’il ne vient pas avec son orchestre, c’est utiliser des nuances qui sont très légères pour légitimer une normalisation culturelle avec ce régime".
Dans un autre article publié par le journal Le Soir le 22 septembre dernier et titré "Lahav Shani ne doit pas venir à Bozar", le journaliste Baudouin Loos, spécialisé dans le monde arabe et Israël, affirme quant à lui, que "même si Lahav Shani condamne la guerre et ses atrocités, il doit être boycotté. Car comme directeur musical de l’IPO (ndlr. l’Orchestre philharmonique d’Israël), Shani, qu’il le veuille ou non, incarne l’Etat d’Israël à 100%", ajoutant : "Qu’il vienne à Bruxelles en novembre à la tête d’un orchestre allemand n’y change rien. L’IPO ne cache nullement qu’il est, comme le disait le 21 mai 2025 son secrétaire général, Yaïr Mashiach, "l’orchestre national de l’Etat d’Israël et son ambassadeur culturel dans le monde"".
Un raisonnement qui indigne Licra Belgique, Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, qui a déclaré, dans un communiqué publié sur sa page Facebook : "tenir un musicien pour comptable de la politique de son gouvernement, parce qu’il occupe un poste dans une institution culturelle de son pays, revient à lui faire porter une responsabilité collective". Dans ce communiqué, Licra rappelle qu’en septembre 2025, lors de la polémique autour de l’annulation de son concert à Gand, Lahav Shani s’était publiquement exprimé contre la guerre. En effet, dans un communiqué publié sur le site de l’orchestre munichois, le chef d’orchestre israélien avait alors déclaré : "Les images et les témoignages qui nous parviennent de Gaza sont profondément désolants, et il est impossible de rester indifférent à la souffrance des civils de Gaza face à la catastrophe que cette guerre leur a apportée. Tout doit être mis en œuvre pour mettre fin à la guerre le plus rapidement possible et entamer le long processus de guérison et de reconstruction pour les deux sociétés".
"Exiger davantage de gages politiques pour avoir le droit de jouer, c’est imposer à un artiste en raison de sa nationalité une condition qu’on n’impose à personne d’autre", juge Licra qui ajoute : "La douleur des civils palestiniens est réelle et doit être entendue, comme celle des civils israéliens. Refuser le boycott n’est pas l’ignorer. C’est refuser que la réponse passe par l’exclusion de personnes".
À deux mois du concert, l’affaire est donc loin d’être terminée.
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